Ep. 20 Libraire Carole Fréchou-Favre

Dans cet épisode, Carole raconte son parcours de scientifique devenue libraire et la création de sa librairie indépendante Passeurs d’Histoires à Igny en 2024. Elle explique que le métier de libraire ne consiste pas seulement à lire, mais aussi à sélectionner les livres, gérer les commandes, organiser des événements culturels et conseiller les lecteurs. Elle souligne également l’importance du lien humain dans son travail : les clients viennent souvent chercher bien plus qu’un livre, en partageant leurs histoires et leurs émotions. Pour elle, la librairie est un lieu de rencontre, de découverte et de transmission entre les auteurs et les lecteurs.


LAURA (L) Bonjour Carole. Carole Fréchou-Favres qui est libraire à Igny. La librairie s’appelle Passeurs d’histoires.

SARA (S) Carole, est-ce que tu peux nous parler de ton métier ? Qu’est-ce que tu fais ?

CAROLE (C) Bonjour, euh, ben actuellement, je suis libraire. Euh, j’ai ouvert une librairie début octobre 2024 à Igny, dans l’Essonne. C’est une librairie généraliste indépendante.

S Et en quoi consiste ton métier de libraire ?

C Alors, plein de choses. Un libraire, en fait, c’est hyper polyvalent, et c’est ça qui est chouette dans le métier de libraire. Et d’être en plus gérant d’une librairie ajoute encore à cette polyvalence. Le premier métier d’un libraire, c’est de valoriser les livres et de vous offrir une diversité de choix qui correspondent non seulement à nos goûts propres et puis à vos attentes, à vos attentes aussi.

Et il faut savoir quand même qu’un libraire ne passe pas sa journée à lire, malheureusement. On aimerait bien, mais la lecture, pour nous, c’est en dehors de la librairie en général. Et j’avais un formateur qui nous disait toujours : « Si vous arrivez à lire dans la journée de travail, c’est que vous avez oublié de faire quelque chose ». Et à l’époque, je ne l’entendais pas trop et maintenant que j’y suis tous les jours, je comprends beaucoup mieux

L Du coup, si tu ne peux pas lire tous les livres, on l’imaginait bien, comment tu fais pour conseiller les livres que tu ne lis pas ?

C Moi, j’étais passionnée de lecture. Je lisais vraiment beaucoup, mais je lisais comme une lectrice. Et quand on est libraire, on a une vision un petit peu différente. C’est-à-dire que quand on lit un livre, on l’aborde, de différentes façons. On peut l’aborder par la maison d’édition parce qu’il y a des maisons d’édition qui ont des lignes éditoriales très claires, soit par l’auteur.

Dans la librairie, on a ce qu’on appelle le fonds. Ça, c’est, ça donne la couleur à la librairie, c’est-à-dire c’est les livres qui sont déjà sortis, qu’on connaît un peu et qu’on a envie d’avoir pour pouvoir les conseiller. C’est presque 50 % de ce qui est dans la librairie. Et ensuite, la deuxième partie, ça va être ce qu’on appelle, nous, l’office ou les nouveautés. C’est ce qui va sortir, dans les mois à venir ou qui est sorti dans les douze derniers mois. En gros, les nouveautés pour nous, dans une librairie, c’est ce qui se concentre entre maintenant et six à douze mois avant. Et en fait, ces nouveautés-là, on en prend connaissance deux à trois mois avant qu’elles ne sortent par l’intermédiaire soit d’un catalogue, soit d’un représentant qui va venir nous voir.

Le livre commence à prendre vie grâce à l’auteur qui va l’écrire et l’envoyer à une maison d’édition pour savoir si ça plaît et si cette maison d’édition est capable de sortir ce livre.

Donc correction, travail sur la charte visuelle de la couverture, boulot sur le résumé, retravail quelquefois sur les chapitrages du livre. Et ensuite l’éditeur va confier le livre à ce qu’on appelle un diffuseur. En fonction de la taille de la librairie, soit on reçoit un représentant qui va venir nous parler de tous les livres qui vont sortir dans deux, trois mois et on va faire un choix, nous, parmi tout ce qui sort de ce qu’on va mettre sur nos étagères. Et puis deux trois mois après, grâce à un distributeur, donc qui va lui s’occuper de la chaîne logistique, on va recevoir les cartons avec les livres qu’on a choisis

Donc ce boulot de choix, il se fait soit avec ce représentant, soit juste sur un catalogue. Et c’est quelquefois compliqué parce qu’on a accès juste au nom de l’auteur, à un résumé, quelquefois un argumentaire avec éventuellement un plan média si le diffuseur prévoit un plan média.

Une fois qu’on a fait ce choix, il y a un vrai challenge derrière. Et le challenge, c’est d’arriver à lire le plus possible parce qu’on vend toujours mieux un livre qu’on a lu.

L Et donc tous les livres qui sont là, j’imagine que tu ne les vends pas tous. Non. Donc qu’est-ce qui se passe dans la suite du cycle du livre ?

C Un livre qui ne s’est pas vendu pendant douze mois, on peut bien imaginer qu’il ne se vendra jamais. Sauf certains grands classiques qu’on conserve forcément, les Victor Hugo, les Camus, les Homère, etc. Ça, forcément, on le conserve. Et puis ceux qui ne se sont pas vendus, les nouveautés qui n’ont pas marché, au bout de trois mois, en général, on fait un point et on les retourne. Et il faut savoir que quand on retourne un livre en fait, il part directement au pilon, c’est-à-dire qu’il est détruit. On n’a pas le droit de solder un livre.

Il y a une loi en France qui s’appelle la loi Lang, qui a été promulguée en 1981 par Jack Lang, qui a fait une chose très importante, c’est qu’elle a fixé le prix du livre, unique. C’est-à-dire que quel que soit l’endroit où on achète un livre, que ce soit en librairie indépendante, en grande surface spécialisée, sur Internet, un livre neuf a le même prix partout et on n’a pas le droit de changer le prix d’un livre.

C’est un jeu perpétuel, en fait, de choix. Combien on achète ? Qu’est-ce qu’on achète ? Et les retours aussi, c’est un crève-cœur pour nous parce que si on a pris un livre pour le mettre en magasin, c’est qu’on y croyait.

L Tu nous as parlé des choix que tu fais pour choisir les livres. Ça, c’est une toute petite partie de ton travail, j’imagine.

C Ouais, on a une grosse partie du travail en librairie qui consiste à faire de la manutention. Il faut savoir qu’on reçoit des cartons tous les jours, parce que les nouveautés arrivent et puis aussi parce qu’on a une obligation, toujours dans la loi Lang, de faire de la commande à l’unité. C’est-à-dire que si vous venez dans la librairie et que je n’ai pas le livre que vous recherchez, j’ai une obligation de vous le vendre. Donc, pour vous le vendre, il faut que je le commande. On déballe le carton, on compte exactement pour vérifier que le contenu du carton correspond au bon de livraison. On enregistre dans le logiciel. On range les commandes clients d’un côté et puis on range les nouveautés. Et ça, c’est une grosse partie du travail aussi, c’est-à-dire que nos étagères, elles bougent tout le temps.

Je pense que cette réception-là, les gens ne se rendent vraiment pas compte du travail que ça représente. On peut recevoir dans une journée, vingt cartons, c’est vraiment un travail physique. Et puis, ce que les gens ne voient pas, je pense, c’est que les nouveautés, on les reçoit toujours la veille.

On travaille beaucoup, beaucoup avec notre mémoire. En général, quand un libraire connaît bien la librairie, il va chercher un livre sans aller vérifier sur le logiciel.

Mais le côté très satisfaisant dans tout ça, je trouve, par rapport à sûrement d’autres métiers, c’est qu’on a un retour sur investissement qui est, hyper réjouissant. Enfin, moi, quand une cliente ou un client rentre en me disant : « Oh là là, le livre que vous m’avez conseillé la dernière fois était absolument— je me suis régalé, c’était génial » …

S Ce qui est particulier avec les livres, je trouve que c’est…enfin, moi, la première, je lis un type de livres. Par exemple, je lis beaucoup de BD. C’est les BD, c’est mon truc. Et j’ai du mal à m’ouvrir, en fait, au reste. Alors de temps en temps, on va m’offrir un livre, je vais le lire. Donc je trouve que ce n’est pas évident de conseiller quelque chose en dehors de la zone de confort de lecture d’une personne. Est-ce que toi, tu tends vers ça ou tu sais que ça ne marche pas et on a des habitudes, des goûts, des couleurs ?

L C’est un jeu, ça. 

C Enfin, moi, en tout cas, je le prends comme un jeu. C’est-à-dire que j’essaye de me tenir à quelque chose qui est : bon voilà, un client va me demander un conseil, je vais lui poser des questions et je vais essayer de lui faire deux, trois, quatre propositions et après je m’arrête.

Parce que si au bout de ces trois, quatre propositions, je ne lui ai pas proposé quelque chose qui collait, c’est que je ne vais pas y arriver. Puis après tout, il a son libre arbitre, il a le choix, il peut regarder tout seul. Enfin voilà, j’essaye de pas trop insister. Il y en a qui demandent mais… Et quelquefois quand même, je me dis, enfin en fonction de la manière dont on me répond, j’arrive à me dire quand même : « Là, je vais essayer d’aller sur un truc vraiment complètement nouveau »

Après, je le fais plus souvent avec des clients que je commence à connaître.

L Par exemple, toi, Sara ?

C Non, Sara, elle est facile.

S Livres enfants et BD.

C Non, mais je sais que Sara va aller sur des choses un peu originales. Je sais que c’est une de celles qui va me prendre des choses où quand elle va sortir, je vais me dire : « Ah chouette, elle a pris celui-là ». Ouais, mais c’est vrai. 

S Moi, je suis touchée par les illustrations déjà. Et ça, souvent, tu me le conseilles. Tu dis : Celui-là, il est très beau et ça ne rate jamais en fait.

L Pourquoi faudrait-il acheter en librairie indépendante aujourd’hui ?

C On offre un vrai service de conseil. On offre un lieu où vous pouvez prendre le temps de flâner, de repérer, de choisir, etc. Et puis on est aussi un lieu culturel, il ne faut pas oublier ça. On est un commerce, mais c’est un peu particulier parce que on est là pour défendre des auteurs, des maisons d’édition et on organise des rencontres avec des auteurs, on organise des rencontres avec des illustrateurs.

Et les gens, en général, quand ils viennent découvrir ça, il y a toujours un enrichissement et ça va dans les deux sens. C’est-à-dire que les gens qui viennent assister à la rencontre sont enrichis, mais l’auteur qui est là, est toujours ravi de discuter avec ses lecteurs et de parler de son livre.

Et moi, en tant que libraire, c’est mon rôle en fait d’être cette liaison entre l’auteur et les lecteurs.

S En quelle année tu as ouvert ta librairie

C 2024.

S Alors si on revient en arrière, en 2024, concrètement, Carole, tu dis : « Bon, je vais ouvrir ma librairie, ça a l’air plutôt sympa. » Ça a été quoi tout le cheminement, les étapes, les gens avec qui tu as pu travailler pour qu’aujourd’hui, tu aies cette librairie physique ?

C En fait, j’ai démissionné de mon ancien travail, en octobre 2022., J’ai fait des études scientifiques, DUT de mesures physiques. À Toulouse. Licence et maîtrise de chimie. Un doctorat d’études approfondies en géosciences de l’environnement, puis une thèse, à l’Institut de protection et de sûreté nucléaire. Et j’ai commencé ensuite à travailler au Commissariat à l’énergie atomique où j’ai travaillé vingt ans. J’adorais mon travail, j’aimais beaucoup mes collègues, mais le métier et l’environnement a évolué et ça ne me plaisait plus ce qu’on me demandait de faire. Je travaillais avec des gens à l’international. Enfin, voilà, je travaillais sur de la métrologie à la fin et à un moment donné, je me suis rendu compte que je n’y allais plus avec plaisir alors que, enfin, voilà, encore une fois, j’étais passionnée par ce que je faisais et l’endroit où je travaillais, c’était vraiment pour moi le Graal. Enfin, c’était l’endroit où je voulais travailler depuis que j’avais ma thèse.

J’y ai mis beaucoup moins d’enthousiasme et je me suis dit : « Je ne peux pas montrer ça à mes enfants » en fait. J’ai démissionné en ayant beaucoup réfléchi. Voilà, je n’ai pas démissionné du jour au lendemain. La librairie, ça a toujours été une blague, mais vraiment, quand on sera vieux, on ouvrira une librairie-tarterie. Enfin, mais vraiment ! 

S Tarterie ? Où sont les tartes ? 

C Voilà, c’est ça. Ça a toujours été la blague. Et en fait, à ce moment-là, je me suis dit : « Bon maintenant, il faut y réfléchir vraiment ». J’avais toujours eu un livre dans les mains, enfin, d’aussi loin que je me souvienne. Ma mère s’est ruinée en m’achetant des livres, quoi. Vraiment… Oui-Oui et la gomme magique, quoi, Fantômette…

Enfin, j’ai commencé par ça et puis après, j’ai toujours, toujours lu. J’ai des souvenirs de moi au lycée à ne pas dormir de la nuit quasiment ou à me coucher à 4 heures du mat’ pour finir un bouquin. Alors, ce n’est pas la même chose que d’être libraire, mais pour moi, c’était une espèce d’idéal, un rêve, etc. Donc, je me suis renseignée j’ai fait une formation à l’École de la librairie. C’est une école spécialisée à Maisons-Alfort. J’ai fait la formation Créer ou reprendre une librairie.

J’ai fait un stage à la librairie Le Pavé du Canal à Montigny-le-Bretonneux, qui est une très grosse librairie. Ensuite, j’ai fait un stage à la librairie Arborescence à Massy, là, on rentre dans une toute petite librairie par rapport au Pavé du Canal. Mais voilà, c’est une librairie qui a à peu près la même taille que la mienne, où on apprend un métier qui est dans la polyvalence absolue comme ici.

Et une fois que j’ai eu fini ma formation, là, il a fallu monter le dossier. Pour la banque, pour les organismes qui peuvent nous subventionner, etc. Enfin, il faut tout justifier. Il faut s’attaquer à l’identité visuelle (Studio Pigmence), il faut d’abord trouver le local. Il faut s’attaquer à, tout ce qui est aménagement.

Et puis après, il faut faire l’assortiment, c’est-à-dire qu’il faut choisir tous les livres qu’on va mettre dans le magasin.

S C’est un boulot dingue d’ouvrir une librairie. 

C C’est monstrueux. Ouais, c’est monstrueux. Ça m’a pris neuf mois et c’est une des périodes de ma vie où j’ai le moins dormi, ouais. Moi, je m’occupais de projets avant dans mon boulot précédent, donc ce n’était pas insurmontable, mais c’était costaud.

S Est-ce que tu as des anecdotes à nous raconter de clients, clientes qui viennent dans la librairie ? Et il se passe des belles histoires.

C J’ai une cliente qui vient régulièrement aussi et qui un jour me dit :  « Ah, faut que je m’achète un livre. » Puis elle commence à discuter, puis elle m’explique qu’elle va être hospitalisée. Puis elle me dit qu’elle a quelque chose sur les poumons. Et puis, de fil en aiguille, elle m’explique ce qu’elle a en me disant :  « En fait, je ne l’ai dit à personne. »

Et en fait, en librairie, c’est souvent ça aussi. C’est-à-dire que les gens viennent pour parler. Ils s’habituent à venir discuter avec nous de choses qui finalement sont peut-être plus profondes que ce que l’on croit, quand on parle d’une envie de livre, voilà. On rentre dans l’intimité des gens, quoi. Et donc elle m’a raconté ce qu’elle avait. Donc maintenant, quand elle passe, je lui demande comment ça va, si elle a récupéré, etc.

J’ai plein de gens qui viennent me dire : « Ben voilà, moi, il me faut un livre pour ma sœur qui est malade, pour ma fille qui vient d’être quittée par son mari » ou alors c’est pour une naissance.

L’autre jour, il y a une dame qui est venue et qui voulait un livre parce que je pense que c’est sa petite-fille ou son petit-fils qui était né prématuré. Elle m’a dit : « Il faut absolument que sa maman lui lise, qu’il entende la voix de sa maman. Il faut qu’elle lui lise un livre. » Donc, euh, elle venait chercher un album.

S Oh, c’est beau ça.

C Ben ouais, ouais. Donc c’est des choses qu’on a tous les jours. Et on a aussi des clients quelquefois un peu pénibles, mais comme dans tous les commerces. Mais je me dis : « Ouais, je devrais en fait les noter et les mettre dans une petite boîte, toutes ces anecdotes », parce que, voilà, les jours où c’est plus dur, faudrait que je m’en souvienne, enfin, ou que j’arrive à… voilà. Je m’en souviens, mais que j’arrive à me replonger dedans.

S Carole, que me conseilles-tu si j’ai envie de rire ?

C Alors moi, le dernier livre qui m’a fait rire, c’est Les derniers jours de la pesanteur de Fabcaro. Ça parle de la dernière année de lycée d’un lycéen dans les années quatre-vingt-dix. C’est plein d’anecdotes, mais vraiment. ‘Fin, voilà, la mobylette, les références musicales, la soirée où tu ne peux pas aller parce que tes parents ont décidé de faire autre chose et c’était la soirée de l’année. Enfin, voilà. Donc là, vraiment, c’était un vrai plaisir. Et Fabcaro m’a fait mourir de rire avec Zaï Zaï Zaï en BD, qui est vraiment le bouquin qui m’a fait éclater de rire. Mais c’est une BD, ce n’est pas un roman, mais voilà, absurde au possible et vraiment, moi, que je trouve excellent.

L Un livre sur un thème d’actualité fort ?

C L’homme qui lisait des livres de Rachid Benzine. C’est sur Gaza. C’est sur l’histoire d’un journaliste reporter de guerre qui doit aller prendre des photos dans les endroits les plus reculés de Gaza , et qui tombe sur un libraire devant la porte de sa librairie en train de lire. Et il veut le prendre en photo et le libraire refuse et lui dit : « Ben non, en fait, on ne se connaît pas, donc vous ne me prenez pas en photo, mais par contre, si vous voulez, on discute. Et là, une fois qu’on aura fait connaissance, vous pourrez prendre la photo. » Et il lui parle de livres.

S Quel livre me conseilles-tu pour commencer à lire des mangas

C Bride Stories le dessin est hyper travaillé et il est beau. C’est de la dentelle, ce manga. Donc, c’est un vrai format manga.

L Un livre pour enfants qui a la plus belle illustration ?

C Le Secret de Makiko Toyofuku qui raconte l’histoire de deux petits chats qui ont des goûts pas normaux pour des petits chats. Enfin, en tout cas, eux, ils pensent que ce n’est pas normal. Et chacun de leur côté, puis le jour où ils se rencontrent, ils se rendent compte que finalement c’est bien d’être différents et ils vont devenir amis.

L Et peux-tu nous conseiller un roman qui est à la fois pour la jeunesse et l’adulte ?

C Ça s’appelle Toby Lolness de Timothée de Fombelle. C’est un roman qui parle d’un petit personnage. Ils vivent tous dans un arbre et le papa de Toby va faire une découverte scientifique majeure et il ne veut pas la partager parce qu’il estime que c’est trop dangereux. De fil en aiguille, ils vont être expulsés de leur communauté. Ils vont devoir aller vivre dans les bas-fonds de cet arbre et on va découvrir Toby qui veut sauver sa famille, et cetera. J’ai trouvé l’écriture magnifique. Et Timothée de Fombelle a sorti, là, en janvier, un magnifique livre aussi. Mais là, dans la [Collection] blanche [Gallimard], pour adultes. Je suis, je suis assez fan de ce monsieur.

L Le meilleur roman policier ?

C L’Affaire de la rue Transnonain. Je ne résiste pas. C’est une affaire qui a vraiment existé. C’est une affaire d’État. Et ce livre reprend cette affaire d’État en la documentant très exactement, de manière très réaliste. Et l’auteur a décidé de n’y introduire qu’un personnage de fiction qui est un policier qu’il a imaginé issu des brigades de Vidocq, donc qui est assez sombre. Mais en fait, on est plongé dans le Paris du 19ème à la poursuite de la seule personne qui a réchappé de la tuerie de la rue Transnonain, qui est une femme. Et on va du coup découvrir Paris et les premiers journaux féministes, toute l’ambiance à l’époque. On va redécouvrir qu’est-ce qui se passait politiquement à cette époque-là aussi. C’est vraiment le coup de cœur que j’ai eu l’année dernière qui a eu le Grand Prix des lectrices ELLE. J’ai reçu l’auteur, etc. Et pour moi, c’est un super polar.

S Quel auteur ou autrice aimerais-tu recevoir à ta librairie ?

C Cécile Coulon. Qui a écrit, La langue des choses cachées, notamment, qui est une autrice, qui gère aussi une collection de poésie, à l’Iconoclaste [Editions] qui s’appelle l’Iconopop et qui est quelqu’un qui aime aussi beaucoup courir. Et je trouve que ça se ressent dans son écriture. Et je suis toujours très impressionnée quand je lis ses bouquins. Elle a une façon très particulière d’imager son univers et de le faire ressentir. C’est à la fois très sombre et très poétique et haletant. Enfin, voilà, j’ai une admiration profonde pour cette femme.

S C’est quoi ton top trois des rencontres que tu as pu ou des événements que tu as pu mettre en place ici.

C Le premier, c’était la rencontre avec Jérôme Chantreau, qui a écrit L’affaire de la rue Transnonin. C’est arrivé parce que la maison d’édition dans laquelle il a publié venait de naître. Et je me suis dit : « Ah, je vais demander un service presse à la maison d’édition ». J’ai reçu le bouquin, je l’ai lu, je pense, pendant les vacances de Noël et j’ai adoré le bouquin et j’ai envoyé un petit mot en disant : « Ben, je serais ravie de l’accueillir ». On tente, hein, souvent…

S Bouteille à la mer.

C Voilà, bouteille à la mer. Elles m’ont dit oui tout de suite, ces deux éditrices elles sont venues avec lui et on a fait une rencontre absolument géniale.

L Il y a une question qu’on aime bien poser dans PodTaf : quel métier rêverais-tu de découvrir ?

C C’est les gens qui travaillent sur les œuvres d’art, soit ceux qui restaurent les œuvres d’art, soit ceux qui les analysent, qui passent Toutankhamon aux rayons X, qui vont chercher derrière les tableaux, qu’est-ce qui se cache derrière la première couche de peinture, etc.

S Merci beaucoup, Carole. C’était très intéressant et vraiment, enfin, on découvre vraiment le métier de libraire comme on ne le soupçonne pas.

L Merci beaucoup, Carole.

C Merci à vous.