Ep. 18 Médiatrice en archéologie
Elodie Rotté

À travers le parcours d’Elodie, nous découvrons comment se transmet l’archéologie au grand public. Par exemple elle nous explique concrètement comment fonctionne une fouille archéologique : de la prospection sur le terrain à l’aide de drones ou de relevés pédestres, jusqu’à l’archéologie préventive, déclenchée avant les grands travaux d’aménagement. Élodie revient également sur son propre parcours, entre études d’archéologie, expériences de terrain en Égypte, remise en question académique et découverte de la médiation culturelle. Une trajectoire qui illustre la diversité des chemins possibles dans les métiers du patrimoine.


SARA (S) Bonjour Elodie Rotté !

ELODIE (E) Bonjour.

S Peux-tu me dire, Elodie, quel est ton métier ?

E Je suis médiatrice en archéologie.

S Qu’est-ce que ça veut dire ?

E En fait, je conçois et j’anime des ateliers d’archéologie pour faire découvrir les techniques et les métiers de l’archéologie et aussi les civilisations du passé et les modes de vie du passé. Des ateliers sur les techniques de fouille, donc, j’invite les participants à pratiquer par eux-mêmes une sorte de fouille archéologique.

LAURA (L) Est-ce qu’on peut s’arrêter là ? Tu nous expliques comment on fait une fouille.

E Donc la première étape, c’est la prospection. On va chercher des chantiers de fouilles, des indices qui peuvent nous laisser penser que sous le sol, il y aurait des sites archéologiques. Donc on peut faire de la prospection aérienne. Aujourd’hui, ça se fait avec des drones. On va envoyer des drones au-dessus des champs, cultiver des champs en culture et en fait, en fonction de la présence ou non de vestiges sous le sol, les cultures vont pousser plus ou moins haut. Et ça va, du ciel, laisser des traces qui pourront nous indiquer la présence de restes de bâtiments sous le sol.

Et on peut aussi faire de la prospection pédestre. Donc on y va à pied et on marche dans les champs. Là, on y va après les labours parce que les machines de labour, en retournant la surface du sol, vont faire remonter des vestiges archéologiques. Il y en a en dessous. Et donc si on en trouve en marchant dans les champs, ça peut indiquer la présence d’un site archéologique sous nos pieds.

L Et qu’est-ce qu’on espère trouver ?

E En général, on retrouve des tessons de poteries. Surtout, c’est ça qu’on retrouve 

S Des quoi ?

E Des tessons, des morceaux de céramique, de poteries cassées. C’est ça qu’on va retrouver le plus. On peut retrouver parfois des monnaies. On peut retrouver un peu de matériel lithique, donc du matériel en pierre et des morceaux de silex taillés, des choses comme ça.

L Et imaginons, il y a un gros chantier. Il y a un bâtiment qui va être construit, donc ils vont creuser très profondément et ils vont trouver alors une fresque cachée, 

S Ou une cuillère.

E Alors ça, c’est la deuxième façon de trouver des sites archéologiques. Ça s’appelle l’archéologie préventive. Donc, en fait, quand on va construire quelque chose, que ce soit un bâtiment public ou privé, ça peut être, par exemple, pour les lignes de chemin de fer, les autoroutes ou bien n’importe quoi, une piscine municipale, un supermarché, un parking, n’importe quoi. On va devoir, avant de fouiller, faire ce qu’on appelle un diagnostic.

Donc, il y a des archéologues qui vont être invités à venir sur le chantier pour faire des sondages. Donc, ils vont creuser des trous pour voir si on trouve des vestiges ou pas. S’il n’y a pas de vestige au moment du diagnostic dans les sondages, on fait les travaux et il n’y a pas de problème. Si au moment du diagnostic, dans les sondages, on trouve des vestiges, on va prescrire une fouille archéologique qui va avoir une durée fixée à l’avance. Donc ça peut être quelques semaines à quelques mois. Et une fois que le délai est passé, c’est terminé, qu’on ait fini de fouiller ou pas, le chantier peut, 

S Reprendre

E Le chantier prend le dessus.

L Donc possiblement on perd le site qui était peut-être, avec une fouille incroyable.

E Alors après, si au moment de la fouille, il y a des découvertes plus importantes que prévues qui sont faites, on prolonge, on peut prolonger la fouille. Et très exceptionnellement, il y a un dispositif qui permet à l’État de préempter le terrain. Donc de dire, je récupère le terrain et je vous en donne un autre à la place. Mais ça arrive extrêmement rarement. Il faut qu’on fasse vraiment une découverte exceptionnelle pour pouvoir préempter un terrain comme ça.

Pendant la fouille, on va donc étudier le terrain qu’on trouve. Et au fur et à mesure, prélever les objets qui sont découverts. On va les marquer, les laver, les conditionner correctement et ensuite, dans un deuxième temps, ces objets vont être, après la fouille, une fois que la fouille est terminée, étudiés par différents spécialistes, soit d’une période, soit d’un type de matériaux. Donc, il y a des spécialistes pour la céramique, des spécialistes pour les monnaies, d’autres spécialistes pour le verre, pour le bois. Chaque type de vestige a son spécialiste attitré et ensuite, les connaissances de tous les spécialistes vont être mises en commun pour générer un rapport de fouille qui va répondre aux questions qu’on s’était posées au début de la fouille.

S Si on revient sur la terminologie de ton métier. Donc, médiatrice en archéologie, médiatrice, ça veut dire quoi ?

E Alors un médiateur, on en trouve dans plein de domaines. C’est quelqu’un qui fait le lien entre un objet d’étude et un public. Donc, le but, c’est de transmettre des informations scientifiques à des publics qui sont complètement novices.

L Et étais-tu archéologue avant d’être médiatrice en archéologie ?

E Exactement, moi, j’ai fait des études d’archéologie. C’est un domaine qui me passionne depuis que je suis toute petite. J’ai toujours voulu être archéologue et même égyptologue. Donc j’ai fait des études d’égyptologie. J’ai, pendant mes études, travaillé en Égypte sur des sites de fouilles. 

Et à ce moment-là, je me suis dit que je vais m’orienter vers l’enseignement. Donc je me suis dit : je vais tester. J’ai fait un remplacement dans l’enseignement secondaire pendant six mois et je me suis rendu compte que ce n’était pas pour moi. Après, j’ai fait, pour compléter mes études, un master en administration de projets culturels, durant lequel j’ai fait un stage. À l’époque, c’était le conseil général de l’Essonne où j’étais en charge d’aider à l’organisation des journées de l’archéologie qui sont au mois de juin, tous les ans et des journées européennes du patrimoine au mois de septembre pour la mise en valeur d’un site archéologique de préhistoire qui s’appelle Étiolles, qui est situé dans le 91.

Et c’est comme ça que j’ai découvert la médiation, parce que le conseil général travaillait avec une association qui faisait de la médiation en archéologie. Et j’ai trouvé ça génial. Je me suis dit, quand j’aurai fini mon master et mon stage, c’est ça que je veux faire.

S Est-ce que tu peux nous parler de cette expérience en Égypte ? Qu’est-ce que tu as fait là-bas ? Est-ce que tu as découvert une pyramide ?

E [Rires]

L J’espère qu’elle était déjà découverte quand même.

E Alors je n’ai pas découvert de pyramide en Égypte. J’ai fouillé dans plusieurs sites. La première fois que je suis allée, c’était dans le Sinaï sur un site qui s’appelle Tell el-Herr. J’y étais allée pour étudier des figurines de terre cuite en argile parce que c’était ma spécialité à cette époque-là. Ce sont des ouvriers égyptiens qui fouillent. Donc finalement, nous, on reste surtout pour étudier le matériel, s’occuper des photos, du tri, du conditionnement, du nettoyage, des choses comme ça.

L On imagine qu’en fait, tu es beaucoup sur le terrain et que presque tu rentres ensuite en France pour peut-être étudier.

E On est dans la maison de fouilles, mais on reste beaucoup dans les laboratoires et on va très peu sur la fouille.

S Est-ce que c’est une sorte de documentaliste d’objets trouvés ?

E Non, c’est plus que ça. Non, non, en fait, en archéologie, ce ne sont pas les objets en eux-mêmes qui sont intéressants. C’est le contexte dans lequel on les découvre. C’est-à-dire qu’un objet sorti de son contexte perd tout intérêt. C’est pour ça qu’on lutte contre les détectoristes qui se contentent de creuser des trous pour ressortir les objets métalliques. En fait, les archéologues n’utilisent jamais les détecteurs de métaux parce qu’on n’en a pas besoin.

De toute façon, on est obligé de fouiller tout le site pour trouver le reste des objets qui ne sont pas métalliques. Tous les objets qui n’ont plus de contexte ne nous servent à rien. On ne sait pas d’où ils sortent. On ne sait pas de quand ils datent. Ce qui est important en archéologie, c’est le contexte archéologique. Dans quel contexte ? Avec quels autres objets on les a trouvés ? Associés à quelle structure ? Associé à quel autre objet qui nous permet de dater ou qui nous permet de comprendre à quoi ça pouvait servir ? Mais un objet isolé n’a aucun intérêt.

S Est-ce que tu peux nous partager une anecdote ou un moment qui t’a marqué dans ton passé d’archéologue ?

E Dans mon passé d’archéologue ? Sur le chantier gallo-romain que j’ai fait, on fouillait un bâtiment en ruines et dans une pièce, on avait dégagé le sol. La terre était marron partout, normale, et au milieu, elle était rouge. Donc on s’est dit : c’est bizarre. Si la terre est rouge, c’est pour une bonne raison. Donc on a fouillé d’abord toute la terre marron. On a gardé la rouge pour la fin et on a trouvé dans cette terre rougie un couteau de boucher, une grande lame de couteau de boucher. Comme, c’était métallique, ça avait, du coup, rougi la terre autour.

Et en fait, on l’a mis en relation avec un autre bâtiment qui avait été fouillé avant et qui datait à peu près de la même époque et dans lequel avaient été découverts des vestiges qui pouvaient laisser penser qu’il y avait une boucherie. Donc on s’est dit que ce couteau de boucher venait du bâtiment d’en face et avait été, pour une raison ou une autre, abandonné au milieu de notre pièce qui a priori, n’était pas une boucherie. Nous, on était dans un bâtiment qui a priori, était une boutique au rez-de-chaussée avec un habitat à l’étage.

Donc il n’y avait pas tellement de raison que ce couteau soit là, en plein milieu. Et puis sur ce chantier, on a trouvé.  Ça, c’est un moins bon souvenir. On trouvait beaucoup de clous, en fait. Il y avait une toiture qui était clouée sur la charpente et le bâtiment avait été détruit par un incendie. Et donc on a retrouvé des centaines et des centaines de clous. On n’en pouvait plus, on bouffait du clou toute la journée. Normalement, quand on trouve un objet, on lui donne un numéro. On le met dans un sachet à part. Les clous, on les trouvait par centaines, par milliers. Donc on faisait des sachets avec des lots de clous parce que sinon, on ne s’en sortait pas. Des lots, des clous et des tuiles. On a passé un été entier à trouver des clous et des tuiles. On n’en pouvait plus, des clous et des tuiles…

L Est-ce qu’on peut s’ennuyer sur un chantier ?

E Oui ! Oui ! Justement, on peut s’ennuyer sur un chantier. Ça peut être extrêmement répétitif, on trouve rarement des trucs extraordinaires. Ce n’est pas ça qui nous maintient en activité. Les découvertes extraordinaires sont assez rares.

L Alors qu’est-ce qui te donne envie de continuer à faire ce métier si tu ne découvres pas grand-chose ?

E Bah parce que le but d’un archéologue, ce n’est pas de trouver des objets. On ne cherche pas des trésors, en fait. C’est ça que j’explique aussi souvent aux enfants, ils s’imaginent que les archéologues cherchent des trésors, des pierres précieuses, voire des dinosaures.

Donc les archéologues, en fait, leur but, c’est de trouver des vestiges pour comprendre comment vivaient les humains du passé. Et comme les dinosaures ont disparu plusieurs millions d’années avant l’apparition des premiers humains sur la Terre, eh bien, on ne s’occupe jamais des dinosaures.

Donc ce sont les paléontologues qui étudient les dinosaures. Ils ont effectivement les mêmes méthodes de travail que nous. Donc ils vont fouiller des sites paléontologiques, pour le coup, pour rechercher des vestiges et essayer de comprendre le passé. Mais du coup, eux, le passé avant les humains. Et nous, le passé à partir du moment où il y a des humains. Donc on ne cherche pas de dinosaures et on ne cherche pas non plus de trésors. D’ailleurs, je précise que les archéologues ne gardent pas les objets qu’ils trouvent. Donc on ne s’enrichit pas. Tout ce qu’on découvre appartient à l’État. Donc pas à nous-mêmes. Donc on ne garde pas les objets qu’on trouve et on ne s’enrichit pas sur les découvertes que l’on fait. 

L Donc Indiana Jones, c’est moins glamour dans la vraie vie ?

E Déjà, je ne l’ai jamais vu sur un chantier de fouilles.

L Non ?

E Voilà, moi, j’ai essayé de fouiller avec un fouet. Ça ne marche pas. Indiana Jones, si il est archéologue de très, très, très, très loin, tout comme Lara Croft, d’ailleurs…

L C’est bien le savoir parce qu’on avait tous en tête cette vision-là de l’archéologue. 

S Donc il ne faut pas être en short. 

E Alors on peut être en short, c’est bien, mais je ne le conseille pas. Ce n’est pas l’équipement le plus confortable pour fouiller. J’aime bien aussi expliquer que parce que tout le monde s’imagine que les archéologues fouillent avec des pinceaux, en fait, les archéologues, ils doivent généralement décaisser des mètres cubes et des mètres cubes de terre. Donc si on y va au pinceau et à la petite cuillère, ça prend une éternité. En fait, le pinceau sert juste à dépoussiérer les objets qu’on trouve. On fouille rarement avec des pinceaux, à moins qu’on fasse de l’archéologie funéraire, où il faut y aller très minutieusement pour les squelettes, là, on y va au pinceau et à l’outil de dentiste. Mais ce sont des spécialistes qui fouillent le funéraire. Ce n’est pas tous les archéologues.

Oui, d’ailleurs sur le chantier gallo-romain où j’ai fouillé. L’année avant que j’arrive, donc ce sont des anecdotes qu’on m’a racontées, un fouilleur, du coup, dégageait des pierres à la pioche et s’est rendu compte qu’il y avait une pierre qui était un peu bizarre. Et en fait, c’était une statue gallo-romaine, d’une petite déesse de la fécondité. Et un récipient en verre aussi s’est pris un coup de pioche et donc aurait pu être sorti intact de la fouille et est sorti en petits morceaux.

S Tu as eu d’autres expériences à l’étranger ou en France sur des sites d’archéologie ?

E Mes premières expériences étaient en France parce que quand on fait des études d’archéologie, on nous invite dès la première année à faire des chantiers de fouilles le plus tôt possible pour découvrir la réalité du terrain. Donc j’ai commencé par un chantier de préhistoire. J’ai fait un peu de médiéval et je suis allée plusieurs fois sur un site gallo-romain à côté de Poitiers, où je me suis fait beaucoup d’amis. Et c’est pour ça que j’ai commencé mes études à la Sorbonne. Et après, je les ai terminées à Poitiers.

S Est-ce que tu pourrais revenir sur tes années d’études à la Sorbonne ?

E Donc, j’ai fait à la Sorbonne un DEUG en deux ans. Du coup, c’était ce qui s’appelait histoire de l’art et archéologie. C’était à la Sorbonne, Paris IV. Après, j’ai fait donc la licence qui était, du coup, un an de plus que le DEUG. Et comme entre-temps, j’avais fouillé à Poitiers et je m’étais fait des amis sur le site archéologique à côté de Poitiers. Ils m’ont dit : « viens à Poitiers, il y a un master d’antiquités et on fait de l’égyptologie. Il y a une prof qui fait de l’égyptologie donc envoie-lui un mail, tu verras, peut-être qu’elle voudra bien te prendre ». Et donc j’ai contacté cette prof qui m’a prise en master.

L Quel était le sujet de ta thèse ? 

E Alors, le sujet de la thèse était « Transfert culturel et représentation dans l’imagerie de terre cuite de l’âge du fer au début de l’époque hellénistique en Égypte et ses confins ».

L Je n’ai pas compris ton titre, est-ce que tu peux nous simplifier ?

E Alors en fait, je travaillais sur des figurines en terre cuite. Donc, ce sont des petites figurines en argile qui sont fabriquées en Égypte. On en trouve à peu près tout au long de l’histoire de l’Égypte. Mais voilà, moi, je me concentrais sur la fin de l’histoire de l’Égypte.

S Suite à cette thèse, qu’as-tu fait ?

E J’avais envie de faire, j’ai trouvé un master en administration de projets culturels parce que j’avais depuis longtemps une idée qui me trottait dans la tête de monter des ateliers d’archéologie.

S Tu t’es lancée dans l’entrepreneuriat directement après le master ?

E Non, c’est venu progressivement. J’ai travaillé chez Archéolite [Association à But Non Lucratif] et en fait, j’ai fait toutes les associations de médiation en archéologie qui existent en Île-de-France. Ça m’a permis d’acquérir beaucoup d’expérience et de voir plein de façons différentes de travailler parce qu’en fait, chacun fait un peu à sa sauce. Donc ça m’a permis de voir ce qui me convenait, ce qui ne me convenait pas. Et puis petit à petit, l’envie de créer ma propre structure est devenue de plus en plus présente. Quand j’ai fait le master en administration de projets culturels, ils nous demandaient au cours de l’année d’études, de faire ce qu’ils appelaient un grand projet. J’avais monté un projet que j’avais appelé « l’archéo-truck ».

L’idée, c’était de faire des ateliers d’archéologie itinérants dans un petit camion, en fait. Et du coup, quand j’ai monté ma structure, je n’avais pas l’argent pour acheter un camion aménagé. C’était un trop gros investissement. Donc j’ai fait des ateliers itinérants que je transporte dans ma voiture et j’ai transformé « l’archéo-truck » en « les archéotrucs ». Ça fait aussi référence au fait que quand j’animais mes ateliers avec les différentes associations dans lesquelles j’ai travaillé, à chaque fois que j’arrivais avec les enfants, ils me demandaient toujours : « Qu’est-ce qu’on va faire comme truc d’archéologie aujourd’hui ? » Du coup, ce nom avait un peu de sens.

L Moi, je connais la petite copine de ma fille. Elle s’appelle Cléa. Sa copine est passionnée par l’Égypte et les fouilles archéologiques. Est-ce qu’on peut se le dire à sept ans qu’on veut faire ça ?

E Tout à fait. Moi, il me semble que dans mon souvenir, j’ai été passionnée d’Égypte à quatre ans. Dans mon souvenir, mes parents m’avaient abonnée à un petit magazine que je recevais tous les mois avec une histoire à l’intérieur. Une fois, il y a eu une histoire qui parlait de l’Égypte ancienne et ça m’avait complètement fascinée. Ça s’appelait Les belles histoires, et puis après, il y a eu Tintin et les Cigares du pharaon, puis je me suis coltiné tous les reportages qui passaient à la télé sur l’Égypte. J’adorais ça. Voilà.

S Est-ce que tu peux nous enseigner trois termes qu’on ne connaît pas ?

E Oui, alors en préhistoire, on découpe le temps artificiellement en périodes. Les plus connus sont le Paléolithique, l’âge de la pierre ancienne dite pierre taillée, et le Néolithique, l’âge de la pierre nouvelle dite pierre polie.

Donc, au Paléolithique, c’est l’époque des chasseurs-cueilleurs. Le Néolithique, c’est la période où on devient sédentaire. On construit des habitats fixes, les premiers villages, et en fait, entre ces deux périodes, il y a une grande période de transition qui s’appelle le Mésolithique, qui veut dire techniquement l’âge de la pierre du milieu, entre les deux.

S Dis donc, ils ne se sont pas foulé !

E Non, mais c’est ça, en fait. On a calqué le nom. On a voulu garder la même forme avec lithique, et puis on a collé entre Paléo, ancien, et Néo, nouveau, on a mis Meso, le milieu. Donc, l’âge de la pierre intermittente du milieu, 

S Mésolithique.

E Mésolithique. Voilà. Et donc, il y a plusieurs innovations à cette époque-là qui est une époque très méconnue. Donc, il y a toute l’évolution des techniques de taille de silex, déjà, pour passer de la pierre taillée à la pierre polie. On va commencer à créer des arcs, des flèches et des pointes de flèches, parce que le climat va se réchauffer, les forêts vont pousser. Donc on ne peut plus chasser à la sagaie comme on faisait dans les grandes plaines auparavant. La faune aussi va changer. Il y a des animaux qui vont disparaître, notamment le mammouth qui va remonter beaucoup plus au nord et qu’on ne trouvera plus sur le territoire qui est actuellement la France. Le mégacéros va aussi disparaître. C’est une espèce de cerf avec des bois immenses. Il n’est plus adapté à la vie en forêt, donc il disparaît aussi. Voilà donc tous ces changements se produisent au Mésolithique.

S Deuxième mot.

E Un autre mot sur l’archéologie : un coprolithe.

S Laura, tu as l’air de savoir ce que c’est.

L Alors pas du tout ! Laissons un grand blanc pour nos auditeurs qui réfléchissent : coprolithe, coprolithe, c’est un mot rigolo. 

E Alors lithos, c’est la pierre en grec ancien et copro, c’est le caca, les excréments. Donc un coprolithe, c’est un caca fossilisé.

S Voilà, il y a des quelques caca fossilisés ?

L La question est de savoir, je pense, c’est « comment un caca ne se désintègre pas et se fossilise ». En fait. Je pense que c’est ça, la vraie question.

E Alors, je ne suis pas spécialiste

S Ils n’expulsaient pas de la pierre, a priori… 

L Je ne sais pas. Il faut des bonnes conditions. Il y a quand même des conditions spécifiques. 

E Alors, je ne suis pas un paléontologue, comme je l’ai déjà dit. Donc les fossiles concernent les paléontologues. Souvent, les gens confondent fossiles et vestiges. Donc un fossile, c’est un être vivant ou un matériau organique qui, dans des conditions particulières de chimie et de pression, petit à petit avec beaucoup, beaucoup de temps, se transforme en pierre ou laisse une empreinte dans de la pierre. Ça, c’est un fossile et un vestige, du coup, c’est un objet laissé par les humains du passé.

S Du coup, après Mésolithique, coprolithe…

E Carpologie, vous vous en souvenez ? Donc la carpologie, c’est l’étude des graines en archéologie. Comme on l’a dit, les matériaux organiques dans des conditions normales, ça ne se conserve pas. Donc, techniquement, les graines, ce n’est pas censé se conserver, tout comme le bois, la peau d’animal, le cuir, ce sont des matériaux qui, comme les aliments, disparaissent avec le temps.

Et donc les matériaux organiques ne se conservent que dans trois ou quatre conditions : soit dans des milieux sans eau, donc extrêmement secs, soit dans des milieux dits anaérobies, c’est-à-dire sans oxygène. Donc on va retrouver des épaves de bateaux, par exemple, sous la mer qui se seront conservées parce qu’il n’y a pas d’oxygène, profondément sous l’eau. On peut retrouver les matériaux organiques aussi dans les milieux très froids, donc pris dans la glace. Donc là, on va surtout retrouver, du coup, des mammouths qui se sont réfugiés au nord.

Donc des petites graines carbonisées, on pourrait croire que ça n’a aucun intérêt. En fait, c’est très important, en archéologie. Les milieux qui sont les plus intéressants pour les archéologues, ce sont, on va revenir sur le caca, les dépotoirs et les latrines, en fait, parce qu’on retrouve plein de trucs hyper intéressants dans les dépotoirs, c’est-à-dire les poubelles, tout ce que les gens ont jeté. C’est fascinant. On retrouve tout un tas de trucs et dans les toilettes, on va retrouver des choses que les gens ont perdu. On peut avoir des informations sur la santé des gens, qu’est-ce qu’ils avaient comme maladie, comme parasite, qu’est-ce qu’ils mangeaient ? en étudiant les excréments.

L Là, on parle vraiment de valorisation des déchets. C’est bien.

S Les fouilles aquatiques, c’est de l’archéologie ?

E Les fouilles subaquatiques, oui. Alors par contre, ce sont des archéologues très spécialisés. Il faut ses brevets.

S Il faut savoir nager.

E Il faut savoir plonger. Il faut avoir le brevet de plongée sous-marine pour pouvoir faire de l’archéologie subaquatique et sous-marine. Ce sont des méthodes qui sont très spécifiques parce qu’effectivement sous l’eau, il ne faut pas remuer la vase sinon, on ne voit plus rien. 

S Ce n’est pas le pinceau…

E c’est différent. 

L La pioche, on n’y va pas à la pioche.

E Il faut… Il faut gérer quelque chose qu’on a moins à gérer en archéologie qui passe sous l’eau, c’est-à-dire la stabilisation des vestiges qu’on découvre. Parce que je vous disais, les matériaux organiques se conservent très bien sous l’eau, mais quand on les remonte à la surface, ils se retrouvent en contact avec l’oxygène et l’humidité, la décomposition commence immédiatement. Donc il faut avoir anticipé la conservation des objets dès qu’ils sortent de l’eau, en fait, surtout quand ils sortent de la mer ou ils sont pleins de sel. Et le sel va venir les ronger immédiatement. Donc si on n’a pas anticipé le dessalage et la conservation des matériaux dès le bateau, le temps qu’on les ramène sur terre, c’est déjà dégradé, quoi ?

L Quel est ton site Internet et quel est ton compte Instagram et Facebook ?

E Alors vous me retrouverez sur Internet, sur le site lesarchéotrucs.com et sur Instagram et Facebook. Ça s’appelle aussi les Archéotrucs. C’est facile.

Je travaille depuis quelques années avec le musée d’histoire naturelle de Bourges qui organise tous les deux ans un week-end en préhistoire avec plein d’intervenants. Donc si vous êtes du côté de Bourges, n’hésitez pas. Alors cette année, il n’y aura pas parce que c’était l’année dernière, mais du coup, en 2027, il y aura le week-end en préhistoire à Bourges.

En plus des ateliers, je propose des boxes d’archéologie qu’on peut commander et recevoir à la maison. Alors il y en a six. Il y en a une sur les Celtes, une sur l’invention de l’écriture, une sur les modes de vie au Paléolithique, une sur la vie au Néolithique, une sur une spécialité d’archéologie qui s’appelle la carpologie. C’est l’étude des graines et les connaissances qu’elle nous apporte sur l’alimentation et le climat des populations du passé. Et la dernière sur les momies. Et donc moi, il y en a deux que je préfère, c’est celle sur l’invention de l’écriture avec des activités sur les hiéroglyphes et l’écriture cunéiforme. C’était l’écriture qui est apparue en Mésopotamie, qu’on gravait sur des petites tablettes d’argile. Et la deuxième que j’aime beaucoup, c’est celle sur le Paléolithique, parce qu’on fabrique les petites maquettes de campement préhistorique que je trouve vachement chouettes.

Donc, au départ, elles étaient individuelles et on s’est rendu compte qu’il y avait des établissements qui étaient loin de nous où on ne pouvait pas aller animer ou qui avaient des budgets un peu plus serrés et qui ne pouvaient pas nous faire venir en animation. Et on s’est dit qu’on pouvait leur proposer, du coup, les boxes pour qu’ils animent eux-mêmes leur atelier en version collective. On peut en acheter. Alors il faut me contacter pour obtenir un devis ou pour combien d’élèves c’est. Et ensuite, je vous mets tout le matériel dans un carton pour l’ensemble du groupe.

S Élodie, quel métier aimerais-tu découvrir dans un prochain épisode de PodTaf ?

E Je ne sais pas, la police scientifique ou les enquêteurs dans la police. Voilà. Ou bien il y a une autre passion que j’ai dans la vie, c’est la généalogie. Notamment ceux qui travaillent pour les successions, les notaires, dans les successions et qui cherchent…

S Qu’on souhaite tous être contactés par eux.

E Voilà.

L Trop bien, défi accepté. Merci beaucoup, Elodie, pour ton temps.

E C’était un grand plaisir. 

S On a voyagé avec toi dans le temps et dans l’espace. C’était super intéressant.

L On a vraiment fouillé là où il fallait. 

S Maintenant, il faut qu’on essaie de caler les mots : carpologie, Mésolithique et coprolithe, 

L Coprolithe, c’est mon préféré. Je le garde. 

S Sur ce, merci beaucoup.