Ep. 5 Producteur de musique
Simon Gardaix
Aujourd’hui, on plonge dans les coulisses de la création musicale avec Simon Gardaix, producteur passionné qui “invente de la musique” au quotidien. Entre composition, sound design et collaboration artistique, Simon explique comment il transforme des idées, des textes ou même de simples émotions en chansons. Simon partage aussi les réalités de son métier, notamment le fait qu’une grande partie de son travail reste invisible, avec seulement une petite fraction de ses créations qui voient le jour.

LAURA (L) Bonjour Simon. Peux-tu nous dire quel est ton métier ?
Simon Gardaix (SG) Je vais inventer de la musique. Voilà. Inventer des chansons, des sons, des bruits, je peux créer plein de choses différentes. C’est surtout d’essayer de rentrer dans qui est la personne avec qui je crée pour que ça parle. Et tu fais avec ce qu’on apporte ou parfois on apporte des paroles. Parfois on t’apporte des bouts de trucs enregistrés. Ça fait « mmmmmmmh, comme ça ». Et après, on part de là. Ça peut être n’importe quoi, vraiment. Ça peut être une chanson sur « je te fais écouter et tout, machin » et on s’inspire. Moi, ce que je fais, c’est de la musique. Et c’est ça qui me permet de me connecter avec l’humain et l’humanité parce que ça me parle. C’est mon truc.
SARA (S) Peux-tu nous parler d’un projet qui illustrerait parfaitement ton travail ?
SG Je me suis retrouvé au chômage, je suis un peu tout seul. Je ne sais pas ce que je fais, tout, et j’appelle Marlène Schaff. Ça fait un moment qu’on ne s’est pas parlé. Et je lui dis : « Écoute, Marlène, j’ai mon studio. J’ai envie de bosser des sons et tout, mais je ne sais pas quoi faire ». « Et Marlène, ce qui est dingue, c’est qu’elle arrive à me dire : « Attends, mais quoi, tu as ton studio ? ». Je dis : « Ben, j’ai un studio qui commence tranquille, mais j’ai mis en place ça et ça ». Elle dit : « Mais pourquoi tu ne m’as pas appelée avant ? Parce que de toute façon, c’est simple, moi, si tu refais de la musique, il y a une seule personne avec qui j ai envie de travailler, c’est toi ». Et là, tu fais ok, déjà tu te remets un peu en question. Tu te dis ça fait du bien parce qu’en vrai, j’étais à un moment de donner de ma life, clairement la confiance en moi était à zéro. C’était très compliqué. Et du coup, elle me sort ça. Ok, cool. Et je crois, deux jours après, elle me dit : « Tu connais Laura Laune ? », « Ouais, grave. Je connais Laura depuis le début, mais même avant qu’elle fasse La France a Un Incroyable Talent. Je la connaissais sur YouTube ». Et je dis : « Oui, carrément ». « Écoute, elle a peut-être un projet de sortir des chansons. Je te tiens au courant ». Et vraiment, ça a commencé comme ça.
Bref, passe le temps et je rencontre Laura Laune. On est chez Marlène. Laura, elle est quand même assez connue à ce moment-là, elle a son spectacle. Elle a fait trois ans de tournée. Elle pèse dans le game, mais c’est la première fois de sa vie qu’elle veut faire des chansons pour elle, au premier degré. Et donc, elle me montre ses textes. C’est la première fois qu’elle montre des textes à quelqu’un d’autre. Et moi, j’ai ce privilège. Il faut le faire. Tu vois, faut avoir confiance. Et j’ai senti qu’elle avait confiance, tu vois, déjà en moi, au-delà de savoir ce que je faisais vraiment. Alors elle a écouté, tu vois, on écoute un peu ce que j’avais fait, deux trois trucs. Mais moi, c’est le début, je n’avais presque rien à faire écouter.
Elle me montre quand même des textes qui sont assez forts et que j’aime bien. Donc j’ai des textes et là, je crée un truc à partir d’un texte qui s’appelle « Voldemort« . Pardon, ça me touche un peu. J’ai composé dessus un peu. La première fois que tu l’entends en live, c’est dur.
S Et toi tu savais le derrière de l’histoire
SG C’était une chanson hyper forte. Ça a commencé comme ça. Et après, c’est son humour et tout, tout coïncide parfaitement. Elle fait cette petite chanson et les gens se prennent une grosse patate dans la tête parce qu’ils ne s’attendent pas à ça.
C’est là où j’ai compris, je me suis dit : « Il y a un truc, elle écrit trop bien. » Et j’ai commencé à me dire : « Ok, là ça m’inspire et tout ». Et donc, l’épreuve du feu, qui est un peu stressante, ça a été de proposer. Parce que tu sais, elle te laisse les textes, ça fait ok, on part sur deux ou trois textes et on se revoit dans deux mois
S sans te donner d’indication,
SG sans rien. Donc moi, j’ai deux mois à peu près, et puis je fais trois, trois, quatre chansons différentes. C’est un peu comme des appels d’offres.
Et heureusement, il y en a quand même plusieurs qui plaisent, tu vois. Sur les trois ou quatre propositions, même s’il y en a une déjà, tu as gagné, parce qu’au pire, sur un album ou sur un EP, des fois il y a plusieurs compositeurs, plusieurs producteurs, qui ont fait deux chansons sur l’album. Au pire, j’en aurais fait une, mais ce n’est pas grave. Mais il y en a une. Et en fait, on a une, deux ou trois et tout. Et là, ça part. Donc je commence à travailler ces chansons. On fait des allers-retours sans cesse pendant bien un an et demi. Ça a mis beaucoup de temps avant de trouver des trucs. En faisant l’album, on s’aperçoit que « Voldemort », du coup, cette chanson a été faite pas du tout dans le cadre de l’album qu’on voulait faire et elle l’a été mis dans son spectacle. Et en fait, ça a pris un tournant de dingue. Et après, finalement, je me suis mis à faire d’autres chansons d’humour dans le spectacle. Et après, j’ai fait aussi la BO, c’est-à-dire l’intro du spectacle.
On a travaillé plein de sons comme ça. Dans le métier, il y a la composition musicale. Mais il peut y avoir aussi du sound design. Ça va être : il faut une explosion partie ci, un truc par là. Musique de spectacle. Et après, on a continué pour son album perso. Ça m’a fait faire plein de choses différentes, parce que j’ai aussi fait juste de l’instrumental et les chansons qui sont sorties, là, dans le vinyle qui est disponible à la fin des Zénith. Laura, c’est une personne formidable, vraiment.
L Si tu regardes tout ce que tu as produit, tu estimes à combien le pourcentage de ce qui est sorti ?
SG C’est genre 10 % de ce que je fais est sorti. Ah oui, mais c’est un iceberg de fou.
S A t’entendre, ton travail prend une place très importante dans ton quotidien. Comment dirais-tu que tu gères cet équilibre entre la vie pro et la vie personnelle ?
SG Finalement, prendre des vacances, je m’en fous un peu. Quoi ? Parce que pendant deux jours, je peux dormir jusqu’à 1h si j’ai envie, quoi ? Et ça, c’est une liberté de fou. Quoi ? J’ai appris à aimer cette façon de faire, mais qui n’est pas conventionnelle dans le monde.
L Tu fais ça pour la gloire, pas pour la fortune ?
SG Pour moi, ça fait partie de l’un de mes rêves de dire que je suis compositeur et arrangeur, de vivre de ça. Tu sens que tu es « drivé » par ce que tu aimes faire et que, en fait, tu accumules des connaissances parce que tu aimes ça et tout. Et la confiance en soi, elle vient dans ce que tu aimes faire. Pour moi, c’est vraiment ça le truc.
L On aimerait bien maintenant parler de ton parcours. Donc c’est la section « top chrono ». T’as fait quoi ? Dans quelle école as-tu étudié ?
SG J’ai passé le MIMA. (avant, c’était le FNEIJMA). C’est en gros musicien, interprète des musiques actuelles. Voilà. Tu as un diplôme certificat de niveau quatre. Donc ça veut dire que tu as le bac, entre guillemets. Voilà.
L c’est en post-bac que tu fais cette école.
SG Ouais, c’est en post-bac, mais moi, je n’ai pas mon bac. Je suis parti directement faire de la musique. Ça, c’est mon premier diplôme. J’étais dans une école qui s’appelle l’EDIM, à Cachan qui est une superbe école. Moi, j’ai appris beaucoup de choses là-bas et après, j’ai fait ce qu’on appelle les DEM, les diplômes d’études musicales, qui sont les derniers diplômes du conservatoire.
S Et quelle a été la réaction de ta famille quand tu leur as annoncé que tu voulais te lancer dans la musique ?
SG Moi, j’ai eu de la chance d’avoir deux réactions différentes dans le sens où j’ai compris que c’était vraiment ça que je voulais faire. Par la réaction de mon père, qui avait une réaction indifférente, et de ma mère, pour qui c’était carrément : « Vas-y, let’s go, on y va, c’est génial. »
Et le papa, lui, a réagi comme déjà quand je l’ai dit pour le bac et que je ne l’ai pas eu, donc il était un peu dégoûté, en fait, parce que lui c’était « putain, mais tu n’es pas con » ». Et donc, lui, pour lui, ça a été un échec. Il a quand même été « bon, en même temps, c’est peut-être un truc qu’il aime bien ». Donc ça va, tu vois ? Donc il était un peu entre deux. J’ai vu que finalement, j’allais plus parler de tous ces trucs-là à ma mère qu’à mon père, tu vois ? Parce qu’en fait, j’avais besoin de soutien et pas de trucs à moitié, tu vois ?
S Je crois que ton message là, il est essentiel dans un parcours professionnel, surtout quand il y a des moments de doute là, s’entourer de personnes bienveillantes, inspirantes, c’est fondamental pour tenir.
L Passons à un tout autre sujet : le monde de la musique aujourd’hui. Voilà. Je ne suis pas chanteuse pour un sou. Est-ce que, grâce à toi, je pourrais le devenir ?
SG Oui.
L Wow.
SG Il y a un autre truc qu’il faut savoir, c’est que l’IA commence à s’imposer dans la musique. Il faut savoir que du coup, elle peut faire chanter vraiment n’importe qui, parce que maintenant, l’IA… elle prend ton timbre de voix. C’est-à-dire que toi tu vas enregistrer, là, comme on fait. J’enregistre ma voix qui fait « na na nein », plusieurs petits mots, plusieurs trucs. Il va capter ton timbre et va te faire chanter avec ta voix, le timbre de ta voix donc n’importe qui peut chanter. L’IA la plus connue dans le milieu de la musique, ça s’appelle Suno. C’est au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Vous pouvez créer des chansons de A à Z et vous avez les droits en plus
L alors que tu n’auras ni écrit la musique, ni les paroles, ni prêté ta voix.
SG oui
L J’ai vu un article récemment justement qui disait que 97 % des gens sont incapables de reconnaître un tube créé par l’humain d’un titre qui a été créé par IA. Est-ce que ça peut être la fin des artistes comme toi ?
SG Alors je pense que c’est la phobie de tous les artistes, globalement, de tout le milieu de l’art. De toute façon, l’IA, elle va être là, il va falloir qu’on fasse avec. Je suis dans un discours qui n’est pas noir ni blanc. Je suis très gris, quoi. Parce que l’IA, elle permet franchement des fois de faire des choses qui sont hyper relou, des tâches pour lesquelles on n’a pas besoin de se prendre la tête.
S Remplir les formulaires URSAFF ?
SG Par exemple ! Ce que je veux dire, c’est qu’en fait, l’IA une possibilité de faire des choses hyper positives.
L Est-ce que c’est indispensable de modifier un petit peu la qualité de la voix du chanteur ?
SG Ouais. Parce que le studio, c’est, comment dire ? C’est que, tu vois, en live, par exemple, en live, on est dans l’ambiance. Des fois les chanteurs ou les chanteuses peuvent être un peu « bleus », c’est-à-dire en gros chanter la note, mais elle n’est pas exactement là où il faudrait qu’elle soit pour qu’elle soit juste. Par contre, en studio, tout est hyper précis. Et toi, tu dois le mettre sur un album, le finir et l’envoyer partout, et tout doit sonner. Et franchement maintenant, tu n’entendras jamais comme avant, il y a pu y avoir des albums où c’est faux, genre, la voix était un peu fausse. Tu vois ? Maintenant, il y a des logiciels qui vont corriger ta voix, le plus connu c’est Melodyne, tu vas pouvoir dire « tiens, ma note là, j’ai chanté mon truc, mais juste le ton est parfait. C’est exactement ce que je veux ». Mais ta note a foiré à la fin, tu as fait un truc qui est un peu bas. Et bien, tu prends la note et j’ai juste à le remonter et ça ne s’entend pas du tout.
L De mon côté, je suis plutôt optimiste. La musique en live reste quelque chose de très humain. Et au fond, c’est surtout l’émotion que l’on recherche.
SG Ça aussi, ça commence à se perdre, il faut dire que tous les live maintenant, c’est sur session. C’est-à-dire, en gros, tu as un ordinateur. Ils ont des ears, c’est les retours dans les oreilles, et tu as le clic dans les oreilles, tout ce que tu veux en équilibre. Moi, je veux que la guitare, que le machin, que le truc…Tu as les « top ! ». Il y a des mecs qui peuvent te parler pour dire « Fais attention ! Là, il y a le pont, là il y a le Si. Là on fait attention au break, parce que là, après, tu t’en souviens – pause- là, vous partez ». Il y a quelqu’un qui s’occupe de ça, qui a un ingénieur son… ce que je veux dire, c’est que maintenant, les machines sont présentes tout le temps.
S En gros, pendant un concert, s’il y a une coupure de courant, c’est la fin.
L Si quelqu’un nous écoute et qui songerait à suivre cette carrière de producteur de musique comme toi, tu l’as fait. Tu lui dirais quoi ? Quel conseil tu lui donnerais ?
SG Je te dirais : « Si tu aimes ça, fonce ». Voilà, c’est tout. Mais il me semble qu’il y a un truc. Je crois que c’était Confucius qui disait » trouve un travail que tu aimes et tu n’auras pas à travailler de toute ta vie ». Je te jure que cette phrase, et c’est écrit, il y a… moi je n’aime pas souvent ce genre de phrases philosophiques de comptoir, tu vois ? Mais c’est le cas, genre, vraiment, c’est le cas, de dire qu’en fait, est-ce que tu aimes ça ? Et en fait, on est capable de déplacer des montagnes quand on aime les choses.
S Ce serait cool si tu pouvais nous parler des artistes avec qui tu travailles aujourd’hui.
SG Dans le panel d’artistes, il y a plein de styles différents. J’ai quand même 80 %, 90 %, des artistes indépendants. De gens formidables qui ont une musicalité qu’on aimerait écouter partout. Donc il y a Hugo Elien, il va sortir là en 2026 son EP. Il y a Palomia, qui fait du reggaeton, rap urbain. Il y a Nina Leane, qui fait de la chanson française, que l’on peut retrouver sur les plateformes. Marlène Schaff, avec qui je travaille encore beaucoup. Je vais faire la musique de son spectacle aussi. Clara CCK, de la Star Academy. J’ai travaillé aussi pour la Big Berta, une drag-queen, Loïc, qui est formidable.
L Et pour ceux qui nous écoutent, artistes ou non, où est-ce qu’on peut retrouver ton travail ?
SG Beaucoup sur Instagram aussi. Il y a un truc pour dire à la nouvelle génération, il y a énormément, énormément de parts de travail et de mise en avant qui se fait sur les réseaux. Donc, Instagram : Simon_Gardaix. Et sinon, j’ai mon site aussi vitrine : https://trxprod.fr
S Si tu pouvais découvrir un métier dans un prochain épisode de PodTaf, lequel ce serait ?
L On ira à la recherche de cette personne. On se met au défi.
SG Des travailleuses du sexe. Parce que c’est un sujet qui est assez passionnant et qui provoque de la discorde, même au sein du féminisme, globalement, parce qu’il y a des travailleuses du sexe qui se revendiquent justement féministes et qu’on leur laisse la possibilité de vivre ça.
L Défi accepté. C’était super intéressant, Simon. Merci beaucoup d’avoir partagé ton métier-passion de producteur de musique.




