Ep. 24 Voix-off
Marine Maïwa

Découvrez Marine Maïwa, comédienne voix off et chanteuse, qui prête sa voix aux marques, documentaires et publicités. Elle nous dévoile les coulisses d’un métier où chaque intonation, émotion et rythme permettent d’incarner un message. Entre castings, studios et projets variés, Marine raconte son quotidien et les défis d’une professionnelle de la voix. Un échange poignant sur la liberté, la créativité et l’importance de trouver sa voie malgré les doutes. Un épisode qui vous fera redécouvrir toutes ces voix que l’on entend chaque jour sans jamais les voir.


SARA (S) Bienvenue Marine Maïwa …sur PodTaf. Marine, peux-tu nous dire quel est ton métier ?

MARINE (M) Merci. Oui, je suis comédienne voix off.

S Alors en quoi consiste ce métier de comédienne voix off ?

M C’est quelqu’un qui va prêter sa voix pour incarner des projets, des marques, des messages dans plein de contextes. Donc ça peut être de la publicité, ça peut être du documentaire, des répondeurs téléphoniques, ça peut être de l’institutionnel. Aujourd’hui, il y a énormément de communication qui se fait via des vidéos. En fait quand on y réfléchit, il y a vraiment de la voix partout, tout le temps dans notre quotidien, même dans le bus. Voilà, ça consiste en ça essentiellement.

LAURA (L) Et est-ce que tu adaptes ta voix à chaque projet ?

M Oui, oui, complètement. La façon de poser sa voix, plus aiguë, plus grave, très rapide, très dynamique, posée, moins….enfin, ça, on peut le modifier et donc l’adapter en fonction de ce qu’on va « vendre », entre guillemets. On ne va pas utiliser, je peux dire, la même voix si on va vendre un produit de luxe, que si on vend, je ne sais pas, un yaourt on ne va pas poser sa voix de la même manière, mais mon timbre, ça va être ma signature en fait et c’est pour ça qu’on va me choisir moi plutôt qu’une autre comédienne.

S Et on imagine que tu n’as pas une journée type.  

M Non, c’est vrai.

S Peux-tu nous parler de, peut-être, de projets récents ? Sur quoi tu travailles en ce moment ?

M En ce moment, je travaille sur pas mal de projets différents. Lundi, il peut y avoir une publicité. Donc là, je vais aller en studio avec les clients, avec la production pour enregistrer la publicité. Le mardi, je vais faire un documentaire. Donc là, ça peut être dans les mêmes studios, mais ce ne sera pas du tout les mêmes équipes.

Et la séance sera beaucoup plus longue parce que forcément, un documentaire, ça dure cinquante minutes, soixante-dix, quatre-vingt-dix minutes. Donc il y a énormément de commentaires. Ça va durer deux, trois heures où on va parler tout le temps, tout le temps, tout le temps. Alors qu’une publicité, il y a peut-être une phrase à dire, même parfois juste le nom de la marque à la fin, on appelle ça le packshot.

Ça peut durer deux heures, mais en fait, on va le dire trois, quatre fois et ensuite, on va parler avec les clients, dire : « Alors là, je pense que… Là, on va, on va laisser plutôt comme ci. » C’est beaucoup de réflexion autour de ce que moi, j’ai livré derrière le micro, mais pas tellement de temps effectif derrière le micro. Ça peut être de la fiction, ça peut être aussi sur les réseaux sociaux.

Il y a énormément de contenu. Par exemple, je travaille pour une société qui fait en marque blanche des petites publicités pour des livres qui sortent. Donc, c’est pour des maisons d’édition. Et donc il y a des petits spots, pour vanter un roman, un thriller, une BD pour enfants. Enfin voilà. Donc là aussi, il faut adapter le ton. Évidemment, je ne vais pas avoir le même ton si c’est un livre pour adultes ou pour enfants, si c’est une comédie romantique ou une enquête ou un thriller, voilà. C’est très très varié.

L Du coup, les entreprises te contactent, ils te donnent un texte, tu dois l’apprendre, tu dois le modifier et ensuite, tu enregistres. Qu’est-ce que tu dois faire ?

M Alors, c’est très varié aussi parce que je peux être contactée effectivement en direct par des sociétés, mais c’est quand même assez rare. Souvent, il y a pas mal de maillons entre le client et moi. Donc il peut y avoir soit un studio son ou une agence de pub ou une agence de communication globale. Si c’est de la pub, je vais être mise sur un casting. L’agence va me dire : « Bien, est-ce que tu es dispo tel jour à telle heure pour tel type de projet, tel budget ? Oui, non ». Si c’est oui, elle va me proposer en casting, mais avec d’autres voix. Là, le client choisit.

Et bien, soit c’est oui, soit c’est non. Donc, le refus fait aussi partie vraiment de mon métier. Je peux recevoir en une journée, trois refus ou trois « oui, t’as été sélectionnée ». Après, pour d’autres sphères, on peut ne pas être en compétition avec d’autres et juste être sélectionnée. Et puis là, on m’envoie un texte ou on me fait venir en studio. En général, on ne me demande pas trop mon avis sur le texte et il ne vaut mieux pas le donner si on ne me le demande pas. Parce que souvent, les boîtes, ça fait quand même des mois qu’ils travaillent sur ces projets. Donc, nous, on arrive au dernier moment: « Ah, au fait, votre texte, il est un peu pourri, non » 

S ce ne serait pas bienvenu,  

M Non, non, voilà, c’est pas du tout bienvenu. En revanche, parfois, à l’écrit, on ne se rend pas forcément compte de la fluidité d’un texte. Et nous, c’est aussi notre rôle de dire : « Bien, peut-être que là, on peut le dire dans ce sens-là » ou alors on ne modifie pas le sens, bien sûr, mais parce que ce sera plus fluide à l’oral, plus intelligible à l’écoute.

Dans le documentaire, ça arrive très souvent, quand on bute sur une phrase, souvent, c’est qu’elle n’est peut-être pas très bien construite ». Donc on cherche ensemble et le rôle de la voix aussi du comédien, c’est d’être force de proposition et de dire : « Bien, tiens, attends, on peut peut-être le dire dans ce sens-là ou utiliser un autre mot qui va dire la même chose, mais ce sera, plus fluide ». Après, je passe au micro ça peut être un one shot. 

L Bien joué. 

M Ouais, parce que c’est très bien écrit, on sait exactement où ils veulent en venir et ce qu’ils veulent entendre. On en fait toujours deux ou trois par sécurité. Et puis même si on se dit : « Ouah, la première prise canon, c’est génial. » Bon, on en fait deux, trois, histoire de justifier le fait qu’on soit tous là pendant une heure et tout, après, ça peut aussi arriver que ce soit plus difficile pour plein de raisons, parce que les clients ne savent pas exactement ce qu’ils veulent, parce que toutes les propositions sont super, donc il faut choisir.

Plus on a de choix, plus c’est difficile de choisir aussi. Là où c’est aussi mon rôle de pas faire cent cinquante prises parce que je sais que ça ne leur rend pas service, notamment pour des packshots de marques. Donc quand on va juste dire le nom de la marque Si on en propose 15 et que les 15 sont bons, ben waouh, comment on choisit, quoi ?

S Et tu as le visuel quand tu fais la voix ? Ça, c’est important pour toi de, je ne sais pas moi, tu vois le pot de yaourt qui vole dans les airs.

M Ouais alors ça, c’est pareil, ça dépend. Parfois, on a le visuel qui est définitif. Parfois, on ne l’a pas du tout. Parfois, on est même à blanc, il n’y a même pas la musique. Parfois, ils ont besoin de construire le spot autour de la voix. Si c’est par exemple du motion design, ben ils vont tout construire autour du rythme, de la voix, etc. Donc ça, c’est challengeant aussi parce qu’en fait, on n’a rien.

L Tu as évoqué le fait que on a la voix qu’on a. Tu as dit aussi que tu pouvais adapter ta voix à des projets. Donc est-ce que tu travailles ta voix ? Est-ce que tu en prends soin ? C’est ton outil de travail. Et qu’est-ce que tu fais pour l’adapter ? Et est-ce que tu t’entraînes à faire des intonations ? Parce que ta voix, finalement, tu arrives quand même un peu à la modifier.

M Comme j’ai un autre métier qui est donc chanteuse aussi, je me chauffe la voix avant les prestations, mais live. En fonction de la nuit que j’ai passée, de la journée que j’ai eue la veille, si j’ai une séance à 10 h du mat’, forcément, je vais me chauffer un petit peu la voix, même si c’est pour parler.

La voix, c’est un muscle. Je vais faire des exercices vocaux pour me chauffer la voix. Je vais m’hydrater, je vais me mettre en condition, même aussi travailler autour de mon souffle. Et puis petit à petit, ma voix, elle va être là. Le pire, en réalité, ce n’est pas tellement la voix, parce que comme je vous disais, c’est un muscle et ça se chauffe, c’est quand on est malade et qu’on parle du nez. Ça, moi, c’est ma hantise. L’hiver, quand on parle du nez, on ne peut rien faire. Ça s’entend.

S Demain je vais faire une publicité de Yaourt. Je me chauffe et j’y vais quoi. 

M Exactement. 

L Si la syntaxe est bonne, tu peux venir. 

M c’est ça que je trouve génial dans ce milieu, c’est qu’on s’en fout de ton parcours. On ne va pas regarder si tu as fait cinq ans de conservatoire ou quoi. Ce qui compte, c’est ta voix. 

S Et même ton physique, on s’en tape, en fait. 

M Complètement. C’est ce que tu transmets, c’est ce que tu arrives à amener comme modulation et à passer comme émotion juste avec ta voix.

L Tu es peut-être justement l’invitée la plus célèbre qu’on a enregistré. Tout le monde te connaît par ta voix et jamais personne ne t’a vu. 

M Tout le monde, je ne sais pas, mais…

S Ah tu es anonyme un peu par la force des choses.

M Ouais, exactement. Et c’est vrai que moi, j’aime bien cet aspect-là, en tant que chanteuse, on me voit sur scène. J’ai un parcours qui fait que j’ai été exposée un peu à un moment et je n’ai pas trop aimé ce truc-là en fait, parce que, encore plus quand on est une femme, on va beaucoup regarder, la tête que tu as, tu es maquillée, tu n’es pas maquillée, quel sac à main tu as, quelles baskets tu as.

Et ça, ça me gonfle, en fait. Et donc c’est vrai que d’avoir choisi un métier de l’ombre, mais quand même en utilisant ma voix, parce que je ne sais faire que ça, ça m’apporte beaucoup de sérénité et de liberté, en fait. Parce que je n’ai pas cette contrainte physique. Et puis je peux arriver en séance, tant que ma voix est là, on s’en fout complètement de la gueule que j’ai, en fait. Et ça, ben même avec l’âge, avec voilà, les mauvaises nuits avec les enfants et tout, tant que la prestation, elle est là, tant que la voix, elle est là- 

S C’est une liberté de dingue. 

M Ouais. 

S Et même pour la santé mentale, je trouve que c’est… intéressant.

M Ouais. Ben voilà, c’est vrai que dans le milieu de la musique, moi en tant que chanteuse, j’ai été quand même vraiment confrontée à des problèmes d’ego, avec l’âge, voilà, moi j’ai 43 ans, je n’ai plus envie de vivre ça en fait. J’ai envie que ce soit des bons moments, j’ai envie de kiffer avec les gens à qui je travaille et d’être jugée parce que j’ai trois kilos de trop, parce qu’en fait j’ai accouché, machin. Enfin, c’est déjà tellement compliqué la vie, en général.

Si en plus dans son métier, enfin moi c’est un métier passion, c’est un métier ressource. Quand je vais bosser, je suis contente d’aller bosser, je passe des bons moments avec les gens et je n’ai pas envie qu’on me juge sur mon apparence et tout ça quoi.

S C’est futile et on s’en tape.

M Ouais, exactement.

L Mais en fait, tu étais chanteuse avant de devenir voix off

M Ouais, moi, je viens vraiment de la musique et j’ai commencé à l’âge de ma fille, en sixième, à être sur scène, à faire du spectacle musical, à jouer aussi, bien sûr, à faire du théâtre, à chanter, à jouer sur scène. Et la musique ne m’a jamais quittée. Je suis dans une famille aussi de musiciens, donc j’étais très vite sur scène. Et puis ça marchait. Et on a commencé à me rémunérer un petit peu pour faire ça. Donc ouah, trop génial quoi. Et puis en fait, ça s’est construit comme ça. Et j’étais chanteuse à 15, 16, 17 ans. Je gagnais un peu déjà ma vie avec ça.

S Et du coup, tu termines le lycée, tu as 18 ans, tu ne poursuis pas des études secondaires. 

M Non. 

S La réaction de tes parents, de la famille, c’était comment ?

M Ça faisait un petit moment que je chantais déjà hein, mon premier spectacle musical, j’étais en cinquième, donc j’avais 12 ans, 13 ans. À quinze ans, seize ans, je faisais déjà des dates dans des groupes le week-end et tout ça. Donc c’est vrai qu’au moment du bac, déjà, j’ai eu mon bac juste, juste parce que pour l’anecdote, je faisais partie d’un groupe qui a été sélectionné pour faire la première partie d’un très gros groupe à Bercy. Et je révisais mon bac d’histoire géo dans les loges de Bercy.

S C’était le concert de qui, du coup ? 

M De Texas. 

S Oh, c’est– arrête ! super bien !

L Excuse-moi, c’est un peu célèbre quand même. 

M Pour l’histoire, c’était mon premier cachet d’intermittente de toute ma vie.

L L’année de ton bac. Au moins, je t’en souviens, hein.

S Comment s’appelle la chanteuse de Texas ?  

M Charlene Spiteri. 

S Elle est trop stylée. 

M Ouais. Et donc on a… c’était la fin de leur tournée, donc on a fait la date à Paris Bercy avec eux. Seize mille personnes quand même. On a fait une deuxième date à Bordeaux avec eux.

S Incroyable. Pendant que tu révisais ton histoire géo, les fleuves et les rivières.

M Exactement. Donc je n’ai pas eu une super note au bac, mais l’important, c’est de l’avoir. 

S On s’en fout, on s’en fiche.

M Mais donc c’est vrai qu’après, à mes dix-huit ans, j’ai travaillé tout de suite, des petits boulots quoi, et tout en commençant à faire des castings pour des comédies musicales. Et puis, j’ai rencontré quelqu’un en 2008, qui m’a proposé de chanter pour un spot télé, pour une voiture, la Honda Jazz. Le spot était diffusé dans toute l’Europe et c’était un spot incroyable parce qu’il y avait pas de voix off. C’était juste ma voix chantée sans musique et juste des claps comme ça et juste ma voix.

S Ouais, vas-y, tu peux nous la refaire du coup ? Tu t’en souviens encore ?

 M Alors ça s’appelait «  I Can » et c’est « First time we met sounds like I can and second time was just the same ». Voilà, un truc comme ça. Et pendant 

L Tu m’as fait vibrer. C’est beau de voir ça en live devant nous. 

M Trente secondes, c’était ça.

S Que tu avais composé ou qu’on avait composé pour toi ? 

M Non, en fait, avec l’agence. Je ne sais même plus comment il m’a connue. C’était il y a longtemps. Mais voilà. Et donc, je me suis dit : « Waouh, j’adore faire ça ». Tu es en studio, en plus, t’es avec un musicien, il y a l’équipe. Puis on réfléchit, on cherche, on fait des chœurs, on se dit : « Ah non, là, peut-être plutôt cette note-là » et tout, mais t’as pas la pression du live où c’est one shot. Et là, on passait, on a passé peut-être deux, trois jours en studio à chercher. Et ça, c’est génial. Ça a été un gros succès.

S Est-ce que tu te rappelles avoir vu le spot à la télé la première fois ?

M Ouais, carrément. Ben, c’était incroyable. Et même encore aujourd’hui hein, quand je vois un de mes spots qui passe, alors que bon, j’en ai des dizaines et des dizaines, mais ça fait toujours quelque chose.

S Peux-tu nous parler de projets assez connus sur lesquels tu as travaillé ? Peut-être qu’on pourrait reconnaître ta voix. 

M Bien sûr. 

S Qu’as-tu fait ?

 M Alors, le projet que je cite le plus, parce que c’est celui que mon conjoint adore. Parce qu’on s’est rencontrés quand je faisais ce projet, donc la voix chantée d’Hollywood Chewing-Gum, c’était « fraîcheur de vivre Hollywood Chewing-Gum ».

Et puis après, en voie parlée, j’ai fait un très beau spot pour Porsche. J’étais la voix de Monsieur Bricolage pendant six, sept ans. Donc je faisais le packshot, la voix off. Là, c’est vraiment…

S Tu faisais quoi ? Tu disais quoi ? 

M Ben, en fait, certaines pubs, tu as une petite comédie: « Dis donc, Jean-Marc, tu veux ça ? Ah bah oui, bah dis donc, tu sais que moi, pour neuf euros quatre-vingt-dix… » Et puis moi : « Et oui, avec cinq euros quatre-vingt-dix, pensez à truc-truc et votre bricolage. Monsieur Bricolage, truc, truc, truc, truc, truc, truc. 

S D’accord. Je vois très bien.

M J’ai travaillé pour Honda, j’ai fait la marque chinoise BYD pendant deux ans. J’étais la voix d’une émission de télé pendant six ans, d’une téléréalité.

S Arrête, laquelle ? 

L C’était quoi ?

M Les Princes de l’amour. Ils sont six princes aux multiples conquêtes. tu vois,   …le soleil se lève à Ibiza. 

S Waouh ! 

M Et donc j’ai fait six saisons, quatre-vingt épisodes pour chaque saison. L’émission a eu beaucoup de succès parce que c’était vraiment une des premières émissions de dating.

En documentaire, j’ai fait un magnifique documentaire l’année dernière que j’adore, coproduit par France Télévisions, sur la grotte Chauvet. « Au cœur de l’Ardèche se trouve l’une, se trouve l’une des plus belles gro… », ben je ne vais pas réussir à le dire  C’est le réalisateur qui m’a contactée. Je ne le connaissais pas, mais il avait entendu, justement, ma voix sur le spot Porsche, qui était un spot très en douceur, le sport, très comme ça, tu vois, parler- 

L Suspendu. 

M Voilà, exactement. Et lui, ce n’est pas trop commun dans le documentaire de faire des voix comme ça. Parce qu’une heure et demie de ça, tu t’endors un peu, quoi. Mais il avait vraiment ce brief. Il avait en tête un peu Charlotte Gainsbourg, tu vois, c’était son truc. Parce que, la grotte Chauvet, c’est de la spéléo, personne n’a accès.

Tu n’as pas le droit de rentrer en fait dans la grotte Chauvet. Mais lui a pu rentrer avec l’équipe dans la grotte à un milliard de conditions, etc. Ils ont créé de la technique, des micros, des caméras spéciales pour le doc. Et donc les images déjà sont incroyables. La musique est magnifique. La musique, ça joue beaucoup dans ces contenus-là.

Du répondeur téléphonique, je n’en ai pas fait beaucoup, mais un petit peu, ça, c’est marrant à faire. « Bienvenue chez Immobilière 3F. Nos bureaux sont actuellement fermés. Merci de rappeler ultérieurement ». 

L Trop bien.

M Et là du coup sur une séance, tu vas faire tous les messages. « on est ouvert, on est fermé, tapez un, on est ouvert de quinze heures à dix-sept heures, vous avez un problème technique, appuyez sur un, vous avez un machin, appuyez sur deux » et c’est une séance et après eux, ils vont…

S Est-ce que toi, tu rentres le soir chez toi la nuit, ton mari t’entend « taper deux ».

M Alors, sur des projets où c’est une séance comme ça, pas forcément. En revanche, c’est vrai que quand c’est des séances chantées Et que je vais chanter un petit jingle… Mais j’ai fait un spot pour   les fruits de mer, c’est vingt secondes. Donc la voix chantée, tu chantes une phrase et puis bon comme c’est chanté, on va le redire plein de fois, plein de fois, plein de fois, plein de fois. 

S C’est quoi ? genre : « crevette, moule, la-la-la-la ». 

M Franchement, on n’est pas loin de ça. Pareil, je pourrais vous l’envoyer. Et là, ben c’est sûr que quand je repars sur mon scooter, le truc, j’ai dans la tête  … Ou pareil, j’ai fait– alors ça, c’est un peu drôle parce que j’ai fait un spot pour Sector Alarm, il y a deux, trois ans.

Et c’était, on doublait en chantant les comédiens à l’image. Donc là, c’était marrant parce qu’il fallait enregistrer avant. Et j’imagine que sur la pub physique, ils avaient notre enregistrement chanté pour que les comédiens respectent… Et c’était: « Vous êtes mal tombés, on est protégés. Et aux voleurs, on dit ciao, on dit ciao, ciao, ciao ». Voilà. Donc ça, clairement, tu repars de la séance, tu l’as dans la tête pendant trois jours.

S Merci. On l’a dans la tête aujourd’hui, d’ailleurs. 

M Avec plaisir. Et ça, mes filles me le chantent à longueur de journée. Elles adorent.

S C’est la berceuse du soir. 

M « Maman, tu peux nous, nous remontrer la pub Sector Alarm ? » Ah oui, « on dit ciao, on dit ciao, on dit ciao, ciao, ciao, Sector Alarm agit aussitôt… »

S Est-ce que tu regrettes un projet ?

M Il y a un truc que j’ai fait il y a très longtemps. Sur le coup, c’était peut-être un peu dur parce que c’était un petit peu politique, mais, en réalité, c’était quand même une blague un peu second degré. Donc ça a été, mais c’était au moment des élections présidentielles. C’était une agence de pub qui voulait faire un peu un buzz et qui avait fait croire qu’une jeune chanteuse était fan de Jean-Luc Mélenchon. Et donc ils avaient fait un clip avec une mannequin qui faisait semblant de chanter et c’était moi qui chantais. Et ça a pris des proportions. Donc c’était genre : « Prends le pouvoir sur moi, Jean-Luc ». 

S&L [rires]

M Donc je vous invite à réécouter. La chanson elle est géniale. Moi, je l’adore. Donc ils avaient fait un clip, on voyait la… 

L C’est second degré. 

M C’est hyper second degré, mais en fait, à l’époque, ça avait fait un peu polémique, ce n’était pas très clair. Donc il y a évidemment l’opposition qui avait dit que c’était du temps de parole de Jean-Luc Mélenchon quand on parlait de ce spot.

S En effet, on dit son prénom et son nom de famille.

M Il y a eu plus d’un million de vues hein, c’était un truc énorme. Et donc nous, avec l’agence, on était là: « Waouh ! » Et puis même, il y avait un peu des détracteurs qui commençaient à chercher sur la mannequin, parce qu’elle, elle était exposée. Et en fait, au bout d’une dizaine de jours, on a fait un « reveal » parce que ça allait trop loin et on a dû dire : « Non, mais c’était une parodie, c’était une blague ».

L C’est incroyable cette histoire. 

M C’est elle qui chante. C’est, voilà. Donc ça, je ne me suis jamais dit : « Waouh, je regrette, ça m’a, ça m’a…je suis blacklistée ». Pas du tout. En plus, musicalement, elle est géniale. Moi, j’adore la mélodie, j’adore la chanson. Je trouve que c’est super bien, les chœurs sont super. Enfin, vocalement, pour moi, c’était super intéressant et tout. Mais voilà, dans un contexte un peu tendu, quoi. 

S Un peu de lourdeur. 

M Voilà. Mais voilà, on a fait le reveal et puis c’est vite passé, ça a vite été oublié. Mais, voilà, c’est… c’est marrant parce que tu vois, ça t’emmène faire des projets, très variés, très différents. Et voilà, en général, moi, je suis plutôt toujours partante pour bosser quoi.

S Est-ce que tu utilises ton talent pour te sortir de situations dans la vie personnelle ? 

M Non. Non, non, je ne suis pas la voix connue d’un comédien. Je serais la voix de Julia Roberts. Hyper familière quoi, la voix de Tom Hanks qui fait aussi, des Disney, le génie dans Aladdin. Enfin, c’est des voix qui ont vraiment bercé notre enfance et c’est pour ça qu’on– c’est un vrai sujet aujourd’hui, l’IA, parce que est-ce que nos enfants, ils vont être attachés à des voix-robots comme ça ?  

Est-ce que franchement, on va avoir ce sentiment-là, cette sensation-là avec des voix qui ne sont pas réelles ?

S Toutes identiques en plus.

M Et c’est tellement génial quand il y a des interviews de ces personnes-là. J’imagine que vous avez vu Emmanuel Curtil aux Césars, qui est la voix…

S Ah oui, de Jim Carrey.

M De Jim Carrey et qui est la voix de Chandler et de le voir physiquement, on est là : « waouh ! »

S Le mec, tu le kiffes de toute façon. 

M Mais ouais, parce que tout d’un coup, il…

L Il y a quelqu’un derrière cette voix

M Ouais, et puis il fait tellement partie de notre construction, de notre enfance, de notre adolescence.

L De notre culture. 

M De notre culture. Et c’est lui. C’est hyper précieux, ça.

S Fais-tu ce métier pour la gloire ou pour la fortune ?

M Oh là là, ni l’un ni l’autre, hein, dis donc. La gloire, pff, je n’ai pas ce besoin de reconnaissance absolue. Et tu sais, quand j’étais plus jeune, j’ai– alors ça, encore un truc que je ne vous ai pas dit. J’ai participé à une émission de télé-crochet, de chant quoi, où t’es vraiment mis en avant, un concours, tout ça.

L C’était quoi l’émission ?

M Nouvelle Star. J’ai fait quelques « prime » et tout, j’ai été éliminée et tout. Et donc c’est vrai que dans cette expérience-là, qui était quand même incroyable, c’était très regardé à l’époque. Enfin, c’était… il n’y avait pas The Voice, il n’y avait pas tout ça hein. C’était vraiment très suivi. Ça revient un peu à ce que je disais tout à l’heure, le côté être physiquement jugé pour des choses que tu ne peux pas modifier en fait. Tu vois ? Ben moi, j’ai la gueule que j’ai, j’ai le corps que j’ai.

S Du coup, on t’a dit des remarques désobligeantes à la télé ?

M, On m’avait mis un peu dans la case  … Bon, j’avais vingt-trois ans la petite jolie qui chantonne et tout ça. S’il y a bien un seul truc qui me sert de la Nouvelle Star, c’est que de me dire, j’ai été capable de survivre à la pression du théâtre. Donc c’est vrai que la voix off Le métier de l’ombre, moi, ça me convient très bien.

L Et où est-ce qu’on peut retrouver justement ton site internet, pour la voix off ?

M Pour la voix off, c’est marinemaiwa.com. Donc là, si vous avez la curiosité, ben, il y aura, il y a Hollywood Chewing-gum, il y a la chanson Jean-Luc Mélenchon. Enfin, il y a tous les projets sur lesquels j’ai travaillé, que ce soit des projets très institutionnels, peut-être moins fun, mais aussi toutes les pubs qu’on voit, qu’on écoute, qu’on entend.

S Est-ce que tu es fière de tout le parcours parcouru ?

M Ouais, franchement, je ne connaissais vraiment personne dans ce milieu-là et j’ai réussi à me faire une petite place. Je suis fière d’avoir persévéré dans les moments un peu difficiles au début, quand personne ne me répondait, quand je n’avais pas de projet.

Ma première séance où on m’appelle, je me souviendrai toute ma vie, c’était pour la marque Diesel. Et je me dis : « Ouah, un truc de fou, Diesel pour le parfum Loverdose » et tout. J’ai passé une heure et demie, en séance derrière le micro. C’était la première fois, vraiment, où j’étais engagée pour … J’avais envoyé mes démos, mais c’était des fausses pubs. Enfin, c’était une démo quoi. Et pendant une heure et demie, je me disais : « À tout moment, il va appuyer sur talkback et il va me dire : Mais T’es pas comédienne, non ? C’est la première fois que tu fais ça, non ? » Et vraiment, j’étais dans cette angoisse et tout.

Je suis fière, mais c’est important d’être fier de son parcours, je trouve, parce que qui va l’être pour nous sinon ?

L C’est une belle conclusion. 

S Ouais, c’est beau. Mais ce que je retiens aussi, c’est parfois, on a peur de faire des choses, mais en fait tant que tu ne le fais pas, tu n’y arriveras pas, quoi.

M Ouais, ça, c’est sûr. Je le vois beaucoup là avec mes filles, qui ont parfois un peu peur, de se lancer dans des choses qu’elles ne savent pas faire. Mais je leur dis : « Mais ce n’est pas que tu ne sais pas faire, ce n’est pas que tu es nulle, tu es débutante.

Quand on commence, on est un peu hésitant, on ne sait pas, mais si tu ne le fais pas, tu ne sauras pas. Tu ne sauras pas si ça te plaît, tu ne sauras pas si ça ne te plaît pas, 

L Et tu n’auras pas le temps de l’apprendre, surtout. 

M Ouais, exactement.

L On a une dernière question qu’on aime beaucoup poser. Quel métier aimerais-tu découvrir dans PodTaf dans un prochain épisode ?

M Moi, j’ai trois enfants et je côtoie les maîtresses tous les jours et je suis en admiration devant ces métiers où on travaille avec des enfants. Je serais intéressée d’avoir le témoignage. De comment on y va le matin alors qu’on est crevé, que on… Enfin voilà, de qu’est-ce qui se passe à l’intérieur de la maîtresse. Ça m’intéresserait vachement, ouais. 

S Métier exceptionnel. 

M Ouais. 

S Défi accepté. 

L Défi totalement accepté.

S Merci infiniment.

M Ben merci à vous. C’était très chouette.

L Merci d’avoir prêté ta voix dans PodTaf.

S Et maintenant, on écoutera différemment tout ce qu’on entend passer à la télé ou sur les téléphones, tout ça.

M Et ben super. 

S C’était trop chouette.

M Merci.

L Merci beaucoup.