Ep. 29 Responsable de la qualité des contenus
Marion Mélin-Weiss

Dans cet épisode Marion Mélin-Weiss nous emmène dans les coulisses de la qualité des contenus dans le e-commerce. Son métier : vérifier photos, descriptions, informations légales et règles de mise en ligne avant que les produits arrivent sous nos yeux.

Elle revient sur son parcours dans la mode, les transformations du e-commerce et l’arrivée de l’IA dans son quotidien. Un épisode qui montre tout ce qu’on ne voit pas derrière une simple fiche produit.


LAURA (L) : Il y a des métiers que l’on remarque seulement quand ils ne sont plus là. La qualité en fait partie. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Marion Mélin-Weiss, responsable qualité des contenus dans une entreprise renommée de e-commerce. Un métier discret, mais essentiel, qui veille chaque jour à ce que tout fonctionne bien et que tout fonctionne encore mieux, souvent sans que personne ne s’en aperçoive. Bonjour Marion !

MARION (M) : Bonjour.

SARA (S) : Alors Marion, peux-tu nous dire c’est quoi déjà le titre exact de ton métier et en quoi ça consiste ?

M : Alors, mon métier, c’est responsable qualité des contenus. Mon rôle, en fait, c’est de veiller à la qualité des catalogues en ligne. Des catalogues produits, la qualité des photos et la qualité des descriptions produits.

L : Quel type de produits, en fait, vous pouvez vendre ?

M : Alors, on vend de tout. C’est, voilà. On vend de la mode, des accessoires, des bijoux, de la gastronomie, du vin. Voilà. Donc, on a une palette très large.

S : Du coup, toi, tu n’es pas en train de vérifier la qualité des produits vendus. Tu es sur la qualité des contenus digitaux qui vont être mis en ligne sur une application ?

M : c’est cela

S : sur un site ?

M : Sur une application et un site. Les marques nous envoient tout leur contenu, finalement, nous envoient leurs photos, nous envoient leurs descriptions. Et moi, j’ai plusieurs niveaux de qualité. Donc la première est la conformité légale. Donc toutes les informations que je dois mettre en ligne pour vendre mon produit légalement. Et après, c’est tout le contenu qui peut aider à vendre le produit, en fait, au consommateur. Donc on crée ce qu’on appelle nous en interne des guidelines [lignes directrices], donc des cahiers des charges, c’est valable pour toute l’Europe parce qu’en fait, on travaille sur plusieurs plateformes.

Donc on a à peu près cinq pays qui sont en Europe, donc la France, l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, l’Autriche et le Benelux. Et donc évidemment, les réglementations ne sont pas les mêmes. Il faut pouvoir, établir des guidelines qui soient en accord avec les réglementations de tous les pays et effectivement de donner en fait des lignes directrices en disant : pour vendre un produit, le minimum qu’on doit avoir, c’est une photo au minimum évidemment et ces informations-là.

Au fur et à mesure, voilà, on dit : « Bah ce serait bien qu’on ait cinq à sept photos, ce serait bien qu’on ait telles et telles informations ». Le service commercial, par exemple, va me remonter des informations qu’ils aimeraient avoir sur le site pour vendre tel produit. Si je vends une table de salle à manger, ce n’est pas pareil que de vendre du vin, ce n’est pas pareil que de vendre un bijou très cher sur notre site. Donc il faut pouvoir, aussi avoir des informations, on va dire marketing, pour pouvoir vendre le produit. Donc on a quand même des règles assez strictes. Pour vous donner un exemple, un mannequin en plastique qui porte un maillot de bain, c’est non. 

L : D’accord.

M : Voilà. 

L : C’est dans le cahier des charges. 

M : Voilà. Donc on préfère que le maillot de bain, il soit à plat, voilà, soit sur un mannequin vivant. Mais le mannequin en plastique, c’est non.

L : Et quelles sont justement ces règles absolues à mettre sur ton site internet pour que ça soit légal ?

M : Eh bien il y a plein de choses et il y a différents niveaux de règles par secteur, on va dire, par grand secteur. Par exemple, la mode, ben la composition du produit. Est-ce que mon produit, il est en 100 % coton ou est-ce qu’il y a du lin, etc. Ça, c’est une information qui est essentielle pour le membre parce qu’il doit connaître exactement le produit qu’il achète. Et comme il ne peut pas le toucher, regarder l’étiquette, etc. Nous, on doit pouvoir lui donner le plus d’informations possible et surtout, évidemment, qu’il n’y ait pas d’erreur, et que tout soit très transparent.

S : Alors, comment tu vérifies qu’on te donne des, des vraies informations et que ce n’est pas 100 % laine de coton du petit mouton de Bretagne, alors que pas du tout ?

M : Alors, ben, c’est un défi, je ne vous cache pas. Mais bon, voilà, on travaille avec des marques qui sont renommées, qui sont évidemment aussi très contrôlées. Et puis en France, on a quand même beaucoup de réglementations autour de la transparence des produits pour les consommateurs et ensuite, on a des moyens aussi de vérifier puisque les marques, elles ne travaillent pas qu’avec nous, donc elles travaillent avec d’autres plateformes, Marketplace, etc. On peut savoir si c’est vrai ou pas. Et puis, en interne, on a des moyens de contrôler.

S : En rentrant dans ton quotidien, Marion, tu arrives le matin toute fraîche et pimpante. Qu’est-ce que tu fais ?

M : La première chose, je vais sur le site pour lequel je travaille et je parcours les ventes. Voilà, je regarde, quelles sont les nouvelles ventes du jour. Je regarde celles qui vont attirer mon œil, on va dire les ventes les plus stratégiques, parce qu’on a des ventes plus stratégiques que d’autres. Et puis voilà, je parcours, je fais un petit check qualité, on va dire, rapide. 

L’idée aujourd’hui, c’est de pouvoir, élargir et automatiser notre manière de contrôler, évidemment, parce qu’il y a beaucoup de ventes qui sortent en ligne. On a beaucoup de produits à vendre tous les jours. Donc évidemment, je ne peux pas faire ça manuellement avec ma petite équipe, voilà. Donc on va travailler en transverse sur des projets, et notamment aujourd’hui, ben, l’intelligence artificielle, hein. Je pense que c’est dans toutes les têtes et dans tous les sujets. Et aujourd’hui, en fait, mon rôle va être de créer des agents IA pour pouvoir mener un contrôle qualité automatique sur un nombre de références exponentiel quoi. 

L : Est-ce que ça pourrait supprimer des postes ? 

M : C’est souvent une question de réflexion que j’entends. Moi, je ne le vois pas comme ça dans notre travail, chacun, chacune, on a des tâches qui n’ont pas de grande valeur ajoutée. Moi, le fait d’aller voir les ventes en ligne, ça me fait plaisir, j’aime bien. Bon, je ne vous cache pas que des fois, ça me fait acheter encore plus, donc ce n’est pas top, mais voilà. Mais en soi, c’est quand même une perte de temps entre guillemets et ce n’est pas une grosse valeur ajoutée. 

Donc l’idée, c’est de venir automatiser ces tâches qui n’ont pas de forte valeur ajoutée, évidemment, ça transforme les métiers. Je ne vais pas vous mentir, évidemment, que pour les graphistes, par exemple, ça a été une vraie révolution. Maintenant, pour écrire un prompt qualitatif et pour sortir une image qualitative, c’est technique. Et je vais prendre juste un petit exemple parce que j’ai vraiment aimé, cette exposition de David Hockney à la Fondation Louis Vuitton.

S : Qui était fabuleuse !

M : Qui était fabuleuse, voilà. Ouf, d’ailleurs. Oui. Et on voit David Hockney dans son travail qui, à la fin, travaille avec l’iPad. Et ben en fait, c’est toujours le travail de David Hockney. Et ça n’a pas supprimé David Hockney, le peintre. 

En fait, c’est juste un outil, pour son travail et son expertise. Et ben moi, c’est comme ça que je vois l’IA aussi dans le travail. Donc évidemment, voilà, ça va transformer des métiers. Je pense qu’il ne faut pas en avoir peur. Il faut y aller, il faut accepter le changement, comme on dit.

L : Toi, tu dois vérifier la qualité. Donc quel est l’intérêt d’aller voir les ventes ? 

M : Mon rôle, il est très transverse. C’est-à-dire que moi, je suis, à des points clés de la production, parce qu’on appelle en fait cette partie pour faire les ventes qui sortent, on appelle ça la production des ventes. J’interviens à des moments clés, c’est-à-dire au moment où toutes les marques nous envoient leur contenu. Donc, on va avoir un contrôle qualité pour dire si on a tout ce qu’il nous faut, si c’est complet, si c’est correct, etc. Une fois que ça, c’est bon, les équipes de production travaillent.

On a un contrôle en sortie de production, en fait, comme une usine, finalement et on va aussi contrôler que tout ce qu’on a fait, tout ce qu’on a travaillé pour produire la vente est correct et que notre vente, elle est qualitative au global. Et ensuite quand la vente elle sort, en ligne, mon rôle c’est d’aller aussi regarder comme une consommatrice finalement, de voir si j’ai toutes les informations à ma disposition pour acheter le produit et que ce soit clair. Et voilà. Et parfois, on a des erreurs en ligne. C’est aussi pour ça que mon rôle existe.

L: J’essaye de récapituler. Les commerciaux signent les Marques. 

M : Oui

L : Ils décident ensemble du nombre de produits qu’ils vont mettre en ligne pour la durée définie de la vente éphémère. Et ils te donnent à toi la liste des produits et après la Marque t’enverra toutes les informations avec la guideline, la charte, le process que tu as mis en place. Avec toutes les informations demandées. 

M :  c’est cela

L : Mais tu ne décides pas en tout cas, de cette durée ou des produits qui doivent être mis en ligne. 

M : Non.

L :  Tu peux juste les conseiller si finalement tu trouves que ce n’est pas visuellement poétique, imaginons, ou que ça ne « fonctionne » pas sur le site. Ça fait partie de ton boulot, j’imagine, de donner ton avis sur la qualité visuelle, de ce que ça rend sur site. Tu ne t’occupes pas, en tout cas de choisir les articles.

M : Comme tu le dis, c’est effectivement les commerciaux qui négocient une offre et un stock. Ensuite, on a une équipe de « Campaign managers » qui sont dans tous les pays, ils sont presque 200. Voilà, pour produire les ventes. Qui eux sont en relation avec les Marques, une fois que leur offre est intégrée dans nos outils, qui vont demander à la Marque tous leurs « in-put », donc les photos, les descriptions et plein d’autres choses.

Les Campaign managers récupèrent tous ces in-put, font déjà à leur niveau un mini contrôle Qualité que l’on a établi ensemble, en disant « il faut regarder ci, il faut regarder ça, il faut t’assurer que tu as bien telle info, etc » et ensuite ils établissent un « brief » et passent ces informations à la « Digital Factory » qui est vraiment l’équipe qui va produire la vente, qui va mettre les photos dans le bon ordre, qui va raccrocher des photos aux descriptions, qui va corriger les descriptions s’il y a des erreurs.

Pour construire en fait, la page catalogue qui est une photo/un titre/une description. Ensuite, une fois que la Digital Factory a fait son travail, il y a un « livrable » et le Campaign Manager revient, regarde le livrable. On fait aussi des contrôles Qualité. Moi, j’ai contribué à chaque fois, à chaque étape de la production, de mettre en place des contrôles qualité en fonction des guidelines etc, et en fait ensuite, la vente est quasi prête.

Le Campaign Manager fait son travail de « merchandising », il va venir créer un univers, une arborescence, il va mettre des pictogrammes sur les images. Il va travailler les tailles des produits, les mettre dans un menu déroulant, faire plein de petites actions pour que le catalogue soit terminé et ensuite on met en ligne. 

S : Moi, je m’interroge, c’est quoi les compétences requises pour ce que tu fais pour être doué dans ce que tu fais ?

M : Déjà, avant toute chose, je pense qu’il faut une appétence, en tout cas une sensibilité aux produits. Tout l’univers des marques, le storytelling des marques, tout ce que les marques peuvent porter pour vendre leurs produits, leur histoire, etc., après, la qualité, ce qui n’est pas évident, c’est que ça peut être très subjectif. Donc notre rôle aujourd’hui, c’est d’essayer de le rendre objectif. Donc il faut quand même une capacité d’analyse et de raisonnement pour essayer de raccrocher ça à du concret.

S : Et en dehors de l’IA, est-ce qu’il y a d’autres types de projets transverses qui peuvent toucher différentes équipes dans ton entreprise sur lesquels tu vas travailler ?

M : Donc je travaille beaucoup avec les équipes juridiques de tous les pays aussi. Donc c’est comprendre les lois, savoir comment on les applique dans l’entreprise, savoir si parfois le risque versus le coût de production que ça va être pour l’entreprise de se mettre en conformité n’est pas évident. 

Et puis un projet qui était aussi intéressant, qui m’a beaucoup plu, avec l’équipe RSE, c’est de veiller aussi à la diversité des modèles et des mannequins représentés sur notre site. Donc toutes les diversités.

L : Et est-ce qu’il y a un engagement auprès des marques pour leur imposer peut-être une éthique environnementale ? 

M : Évidemment, on a toute une chaîne, une traçabilité, en tout cas avec les marques avec lesquelles on travaille, qui elles-mêmes doivent avoir une charte pour les entreprises et les usines avec lesquelles elles travaillent aussi. Il y a une loi qui s’appelle la loi AGEC en France, qui oblige à mettre en ligne les informations de traçabilité du produit. Donc, où est-ce que c’est fabriqué, où est-ce que c’est tissé, où est-ce que c’est teinté, etc.

S : Est-ce que tu as déjà eu une expérience sur ce poste-là où tu t’es dit : « On peut pas vendre ça en ligne. » ?

M : Ah oui. Et typiquement sur le secteur des sex toys. Voilà, parce que c’est un secteur qui marche très bien. Voilà. Mais alors, ce qu’on peut recevoir en termes de photos ou même en termes de textes, évidemment, c’est très…

S : C’est vrai que tu ne peux pas…-

M : Chaud 

S : …tout montrer.

M : Exactement. Et en plus, voilà, on travaille aussi parfois avec des marques qui, en tout cas à l’époque, n’avaient pas de site e-commerce. Donc au final, au départ, il fallait créer du contenu.

S : Du coup, ils t’envoyaient quoi ? Des photos de la voisine ? 

M : Des trucs horribles. 

L : Les Micheline, le retour. 

S : Ou Michelin !

M : Et c’est drôle parce que, voilà, je travaille dans un open space et des fois, quand on m’envoyait quelque chose à valider, puisqu’on a une chaîne interne où chacun envoie des questions et nous dire : « Est-ce que ça, c’est bon ? Est-ce que ça passe Est-ce qu’on valide ? Est-ce qu’on ne valide pas ? » Et quand j’ouvrais les photos sur mon ordi en open space, ok. Ah non, je vais tout fermer là !

S : Ton VPN est bloqué. 

M : Exactement.

L : Limite c’est toi qui as honte, qui te caches parce que les gens ils pensent que tu regardes des sites un petit peu non appropriés.

M : Voilà, des petites anecdotes comme ça où justement, où même pour faire les guidelines, les directives, ce qu’on fait, c’est qu’on fait du benchmark aussi. On va regarder ce que font les autres. À un moment, je passais un peu ma vie sur les sites sex toys, etc. Marc d’Orcel…  et du coup, c’était rigolo.

Il y a des choses que l’on doit prendre en compte.  Un exemple, l’actualité fait que parfois, il faut mettre en place une guideline spécifique. La guerre entre l’Ukraine et la Russie, si vous avez un t-shirt avec un gros drapeau de la Russie, on va se poser la question de savoir si on le met en ligne ou pas. C’est typiquement des choses comme ça.

On ne veut pas d’enfants en sous-vêtements, par exemple, sur nos ventes. Donc on ne veut que des sous-vêtements à plat. On ne veut pas vendre de la fourrure animale, donc ça, c’est interdit. On a aussi interdit beaucoup de cuir. On a plein de guidelines comme ça en disant il y a tel et tel produit qu’on ne veut pas vendre.

L : Et comment tu arrives à faire ce poste ? 

S : Revenons en arrière.

M : Déjà, ça fait 17 ans que je suis cette entreprise.

S : Waouh !

M : À l’époque, on faisait toutes les photos, c’est-à-dire qu’on avait des studios photo dans notre entreprise, on en avait énormément et on produisait tout pour les marques. Donc c’est comme ça que je suis arrivée dans cette entreprise en tant que responsable shooting. 

Après le COVID, finalement, les marques se sont beaucoup plus digitalisées. On s’est dit : « Voilà, il faut un poste de responsable qualité pour valider ou non ce que les marques nous envoient. Et donc, je me suis portée volontaire et ça s’est fait, donc c’est génial. Et avant, en fait, j’ai travaillé dans la mode en tant que styliste de mode.

L : Tu travaillais avec qui dans la mode ?

M :  Je travaillais avec plein de marques, notamment des marques de sportswear. Rip Curl, Eider, Converse.

L : Et avant la mode, que s’est-il passé ? Tu es jeune. Tu es encore jeune.

M : Je suis encore jeune !

S : Tu es encore jeune. 

L : Tu es très jeune encore, mais tu étais vraiment toute petite et tu te questionnes sur ton avenir. Qu’est-ce que tu fais ?

M : J’ai voulu très tôt être styliste. J’avais toujours dit ça à mes parents : je serai styliste, c’est ce que je veux faire. Mon papa était militaire, on était en Normandie et il a été muté à Tours. Et à Tours, en fait, quand mes parents sont arrivés, ma mère me dit : « Ah, mais tu sais qu’il y a une filière ici arts appliqués ». Ah, j’ai dit : « Génial ». On se renseigne un petit peu et on voit que ça peut ouvrir des portes pour le stylisme de mode. J’ai passé un bac arts appliqués. Ensuite, j’ai fait un BTS de stylisme de mode à Tours. Et ensuite, j’ai fait une licence en infographie textile près de Lyon. Ça appartenait à l’Université Lumière de Lyon. Et c’est une petite entité qui était à Roanne, donc qui est une ville très spécialisée dans la maille, dans le textile, Roanne, juste à côté de Lyon et ça s’appelait Createc.

S : C’est quoi l’infographie textile ?

M : Alors, c’est tout ce qui a trait au design de l’imprimé on va créer des imprimés, on va créer des prints, on va créer des logos, on va créer– et à l’époque, c’était le début de l’informatique. C’était les débuts d’Internet, c’était les débuts d’utiliser un ordinateur dans le travail. Donc, c’était très porteur de savoir dessiner sur ordinateur les produits, les collections, de faire les fiches techniques des vêtements, etc, sur ordinateur.

S : Donc déjà, tu étais dans le digital.

M : J’étais dans le digital très tôt. C’est ça.

S : Du coup, tu as fait des stages qui t’ont ensuite permis de rentrer dans certaines entreprises ?

M : Ouais. Donc je commence à Hossegor avec Rip Curl. Ensuite, je vais chez Eider à Annecy, super chouette aussi. D’autres contraintes, voilà. Là, on est à la montagne, on a des explorateurs qui testent les produits, etc pour nous, qui nous reviennent avec des vestes complètement destroys et qui nous disent : « Là, la couture, elle n’a pas tenu, la poche, ça, ce n’est pas utile, etc. » Donc génial. Et ensuite, je pars dans le sud, à Valence, pour un importateur textile, qui lui travaille avec les grandes centrales de distribution, et qui crée des collections, ce que vous voyez par exemple chez Leclerc ou chez Auchan, toutes ces petites collections textiles, voilà. 

Et donc c’est très chouette. Je suis contente. À 24 ans, on me dit : « Tu pars 15 jours en Inde, au Bangladesh, voir les usines et tout ». Donc je voyage, c’est top. Et puis cette, cette entreprise achète une licence pour utiliser une marque de streetwear qui, à l’époque, est portée par un rappeur assez connu.

S : C’était qui ?

M : Sully Sefil. Et donc sa marque Royal Wear connaît un succès fulgurant. Je pense que dans l’entreprise, je suis jeune, donc on me met sur ce projet. Moi, je suis très contente. 

S : Le pont est rapidement fait.

M : Voilà.

L : Comment tu pars de ce projet-là ? Qu’est-ce qui se passe ?

M : Il se passe que, en fait, sur ce projet, je rencontre mon mari. Il habite à Paris. Moi, jusqu’à présent, vous avez vu, j’ai esquivé Paris. Voilà. Et puis je me dis : « Bon, il faut que j’aille à Paris ». Et puis à Paris, d’autres portes s’ouvrent à moi. Je travaille dans une petite entreprise, rue du Cherche-Midi qui s’appelle Diplodocus. C’est une petite marque féminine, c’est chouette. Et puis voilà, je m’essouffle un petit peu, 10 ans dans la mode. La mode, ce n’est pas évident, c’est cyclique. Dans les bureaux de style, etc, ça change beaucoup. Je suis un petit peu fatiguée de ça. Et puis c’est les débuts du e-commerce et je me dis quand même, c’est assez chouette. Moi, j’ai une connaissance et j’ai envie de faire autre chose.  Donc voilà.

S : Est-ce que tu peux un peu nous plonger dans l’histoire, l’évolution du e-commerce. Parce que 17 ans que tu es dans cette boîte.

M :  Mmh. 

S : Donc t’as vu les tout débuts. 

M : Mmh.   

S : et maintenant, évidemment, c’est autre chose qui était inimaginé auparavant. Comment tu l’as vu grandir, cette, cette industrie ?

M : Eh bien au début, c’était une vraie petite start-up. Donc tout est exponentiel, tout va super vite, on fait des chiffres incroyables. Donc évidemment, moi, je rentre dans cette entreprise avec des conditions qui sont dingues, avec tous les matins– en plus, voilà, moi, j’suis dans le service shooting, donc tous les matins, le petit déj’, les photographes, les mannequins, les coiffeurs maquilleurs, un truc de dingue. Donc c’est vraiment cette petite usine, cette petite fourmilière.

Et puis au fur et à mesure, en fait, on se processe et en même temps, on s’alourdit un petit peu. Le fait de processer, etc, de mettre des règles, on est un peu moins agile. Alors c’est plus ordonné, on contrôle mieux justement, nos coûts, etc. Mais en même temps, ça devient parfois un peu trop administratif. 

Donc je dirais que c’est un peu ça, cette évolution, c’est qu’à un moment, on s’est retrouvé un peu lourd. Il y a eu le Covid aussi. Donc là, gros changement, finalement. C’est ce que je vous disais tout à l’heure. Les marques, il y en a beaucoup qui n’étaient pas spécialement digitalisées, qui n’avaient pas encore vraiment de site e-commerce. Voilà, Covid, les marques commencent à nous envoyer tous leurs contenus digitaux.

Et là, il faut effectivement aussi se transformer. Il faut se dire : « OK, maintenant, on produit moins ». Donc il faut déconstruire, en fait, des services. Il faut effectivement faire partir des gens, etc. À l’époque, j’étais manager. On avait un gros service de 200 personnes. Bon, il faut trouver, soit en interne, soit en externe, des mobilités pour les gens. Et ça, ce n’est pas forcément évident.

S : Et question un peu touchy, mais que dirais-tu à des personnes qui sont sceptiques, critiques du e-commerce et qui disent que c’est un peu à cause de ça aussi que toutes les petites boutiques ferment dans les centres-villes ?

M : C’est une façon de consommer et je pense que aussi à nous d’être aussi un peu responsables. Vous avez des outils à votre disposition, c’est aussi à nous de faire attention à comment on utilise ces outils. Moi, j’achète sur internet, mais ce n’est pas pour autant que je ne vais pas acheter dans les petites boutiques. Moi, quand je vais dans une boutique, je ne vais pas pour le même service, vous voyez. Et en fonction des sites e-commerce, je ne vais pas sur les mêmes sites e-commerce en fonction de ce que je veux avoir.

Si je veux un conseil personnalisé, si je veux un contact humain, si je veux vraiment un conseil, oui, je vais aller en boutique. Maintenant, si je sais ce que je veux et je veux acheter, je vais sur le site e-commerce. Et je pense qu’on est un peu tous comme ça.

S : Il y a quelques mois, il y a une plateforme d’e-commerce étrangère qui avait mis en ligne des poupées horribles.

M : Bah oui.   

S : Est-ce que toi, tu as une responsabilité éthique ? 

M : Bien sûr. Bien sûr, on a travaillé justement… et d’ailleurs, on a revu. Enfin, on a re-regardé nos guidelines en se disant : « On a bien fait les choses. Mais on a travaillé en fait une guideline avec justement les équipes commerciales qui s’appelle Product Selection, en disant : « Il y a des produits que vous pouvez vendre et d’autres, c’est non ». Donc, par exemple, des produits très spécifiques, par exemple, il y avait un commercial, là, qui avait eu un business d’arbalète de plongée. En fait, une arbalète de plongée, c’est associé à une arme. Donc ça, ce n’est pas possible. Donc en fait, à chaque fois qu’on peut avoir comme ça des choses qui arrivent, on se dit : « OK, là, faut créer une guideline ». Et là, on se dit « oui ou non » etc.

S : Toi, à Noël, ta famille, ils se rapprochent direct de toi pour avoir des milliers de cadeaux ou pas ?

M : [rires] Non, malheureusement, nous, on n’a aucun prix préférentiel, rien du tout. Pour la simple raison que notre PDG considère que les marques nous confient leur stock et que ça doit profiter au plus grand nombre et pas seulement aux collaborateurs. 

S : Tu n’as pas un panier garni plein de caviar à nous refiler à Noël ?

M : Non, malheureusement. Après, dans notre entreprise, on a quand même beaucoup de petits événements. On a quand même beaucoup de soirées organisées. C’est toujours hyper qualitatif. C’est toujours dans des super endroits, que ce soit à Paris ou ailleurs. Et donc on a cette chance d’avoir une équipe comm’ interne qui nous organise beaucoup de beaux événements.

S : Alors, une dernière question quand même. Marion, si tu pouvais découvrir n’importe quel métier dans un prochain épisode de PodTaf, ce serait quel métier ?

M : Un métier d’artisan. Par exemple, de maroquinier ou de joaillier, dans des grandes maisons. Ça, ce serait dingue.

S : Défi accepté ?

L : Défi accepté !

L : Je pense qu’on peut dire que maintenant, quand on sera sur un site de e-commerce, on pensera à toi, Marion, et à tout le travail que tu fais derrière.

M : Eh bien. J’espère. Merci. Merci beaucoup.