Ep. 14 Directeur Général Hôtel 5*
Michael

Nous recevons Michael, directeur général d’un hôtel cinq étoiles au cœur de Paris. Il dévoile les coulisses d’un métier exigeant où le sens du service, la gestion des équipes et la sécurité des clients sont au centre de tout. À travers son témoignage, on découvre que le luxe repose avant tout sur l’humain et l’attention portée aux détails. L’épisode est ponctué d’anecdotes étonnantes et parfois cocasses : clients atypiques, situations gênantes ou demandes improbables, révélant les réalités parfois méconnues du secteur.


Sara (S) Bonjour Michael, Bienvenue sur PodTaf !

Michael (M) Merci.

S Peux-tu nous dire quel est ton métier ?

M Je suis directeur général d’un hôtel cinq étoiles dans le centre de Paris.

S Alors, en quoi consiste ton métier ?

M Il est divers et varié, mais effectivement, la première chose, c’est d’accueillir des clients. Au-delà d’accueillir des clients, c’est la gestion d’un établissement qui reçoit du public. Donc, il y a tout l’aspect sécurité qui n’est pas anodin, qui est même assez important. Et puis, il y a la gestion des équipes, de l’humain. C’est quand même un petit établissement, mais on est entre 35 et 40 personnes. À noter que, dans les hôtels, ce n’est pas comme une banque ou un magasin. Ça tourne sept jours sur sept, 24 heures sur 24. Ça ne s’arrête jamais.

S Et quand tu dis hôtel de luxe, c’est quoi la définition d’un hôtel de luxe ?

M Le luxe, c’est avant tout le sens du service et de l’accueil. C’est les équipes. Ce sont les équipes qui font le lieu. Vous pouvez avoir le plus beau produit du monde. Si vous n’avez pas le personnel, si vous n’avez pas le sens du service, ça ne marche pas.

LAURA (L) Et comment obtient-on justement les étoiles au fur et à mesure ?

M Alors, l’obtention des étoiles, c’est codé. C’est Atout France qui s’occupe de ça. Donc, vous devez enregistrer votre hôtel, votre établissement sur le site d’Atout France et vous devez passer tous les cinq ans vos étoiles, d’accord ? Il faut les renouveler tous les cinq ans. Donc, il y a un cahier des charges à respecter. Vous êtes contrôlé. Il y a un inspecteur qui vient, donc en amont, bien évidemment, vous avez des rendez-vous pour expliquer, donner le détail de votre établissement. Donc, le nombre de chambres, le nombre de mètres carrés, parce que ça, c’est important. Des choses toutes bêtes auxquelles on ne pense pas, mais est-ce qu’il y a un téléphone dans la salle de bain ou pas ? Est-ce qu’il y a un téléphone dans les toilettes ? Est-ce que vous mettez des journaux à disposition des clients ? Est-ce que vous avez une piscine ? Tout ce genre de petits détails.

Alors, il y a des points obligatoires et des points optionnels, sachez que sur les points obligatoires, par exemple, la taille des chambres, il y a cinq points obligatoires. Si jamais vous chutez sur un point obligatoire, c’est-à-dire que ça arrive assez souvent à Paris, parce que les établissements peuvent manquer de taille. Donc, si vous n’avez pas le nombre de mètres carrés suffisants pour la taille des chambres, vous devez compenser ces cinq points obligatoires par des points optionnels. Chaque point obligatoire manquant doit être compensé par trois points optionnels annexes. 

S Est-ce que ta clientèle est très différente entre quatre et cinq étoiles ?

M Déjà, oui, elle est très différente. Alors, elle est très différente en fonction des quartiers. Elle est très différente en fonction des quartiers. Dans le XVI°, il y a quand même beaucoup de Moyen-Orientaux et là où je suis, il y a quand même beaucoup d’Américains. Ce ne sont pas du tout les mêmes clients.

S Peut-on être drôle dans le luxe ?

M On peut, 

S Mais il faut trouver la juste mesure. 

M Il ne faut pas déborder. 

S On ne va pas dans le gag, j’imagine. 

L Il faut s’adapter à la personne. 

M Il y a des gens qui sont demandeurs. D’autre part, il faut effectivement savoir s’adapter.

L On va peut-être reparler maintenant de ton métier. Comment s’articule une journée type? Elle commence comment pour toi?

M Le premier truc, c’est d’arriver, d’aller voir tout le monde et de voir si tout le monde va bien. Et en fait, tous les matins, je fais un briefing avec toutes les équipes, tous les chefs de service. Tous les matins, on se retrouve avec le responsable de la restauration, le chef de la réception, la gouvernante générale, le chef technique, et on annonce la couleur pour la journée. Donc, tu vas avoir effectivement le nombre d’arrivées, le nombre de départs, les personnes qui sont déjà parties, sur les arrivées, les spécificités, c’est des familles. Quel âge ont les enfants ? On a des accueils spécifiques pour les enfants. Parce que, voilà, ils sont en lune de miel, c’est l’anniversaire de mariage.

S Parce que c’est la maîtresse. L’amant…

M Ça, je veux te dire, j’ai des histoires là-dessus. C’est très drôle, mais voilà, on fait le briefing de la journée. Donc, les clients et aussi ce que la gouvernante peut dire, parce qu’elle rencontre des problèmes, même au quotidien, femme de chambre malade, pas malade. Cette chambre-là, la salle de bain ne va pas, il faut la refaire.

S Elle a un rôle crucial parce qu’elle est le repère.

M C’est une star. La gouvernante est une star.

S C‘est beau ce que tu dis.

M Mais, vraiment, œil de lynx.

S Elle sait tout, elle voit tout. Elle entend tout.

M Oui. 

L Oh, là, je vois à ton rire. Elle entend tout. Ça a l’air est très drôle.

S Comment protèges-tu ta gouvernante ? Parce qu’on est sur des employés qui rentrent dans des chambres d’hôtel où il peut y avoir des clients qui sont encore là. Comment protèges-tu tes employés des gens que tu ne connais pas ?

M Sur d’autres hôtels, j’ai déjà eu des clients qui ont fait des avances à la pauvre petite réceptionniste, qui était dans tous ses états. Je me souviens d’un bagagiste qui monte les bagages dans la chambre et qui se retrouve nez à nez avec le client, tout nu, et qui lui demande gentiment s’il ne veut pas venir participer 

S Wow !

M Pour ces clients, c’est blacklisté pour ne plus mettre les pieds chez nous.

S Tu peux avoir des clients d’une certaine sphère qui méprisent peut-être des petites mains. 

M Tous les jours, tous les jours. 

L Est-ce que tes employés sont formés sur cette partie-là, un peu psychologique de leur métier ?

M Tu peux avoir un manque d’effet de civisme, de politesse. Mais bon, s’il ne veut pas te dire bonjour, il ne te dit pas bonjour.

S Est-ce que cinq étoiles à Paris, c’est du cinq étoiles à Dubaï ?

M Le cinq étoiles à Dubaï va correspondre à des palaces à Paris.

S Alors, qu’est-ce qu’un palace ?

M Un palace, c’est forcément un cinq étoiles, mais il a fait la demande de l’appellation palace. Donc, tu as quand même une question de superficie. Et puis après, il y a aussi le service en plus, par exemple, les fleurs. En fait, ils ont un budget fleurs mais monstrueux, par centaines de milliers d’Euros. Et même sur la partie hébergement, le nombre d’équipes de staff qu’il y a, le client n’est jamais, jamais, jamais laissé seul. Il y a toujours quelqu’un pour l’accompagner.

S Comment donnes-tu ce sentiment de sécurité à des gens qui en ont besoin ?

M Mais déjà, il y a toujours quelqu’un à l’hôtel. L’hôtel n’est jamais vide, et puis quand tu es dans ta chambre, il y a des petits boutons qui te disent : « Tiens, viens faire le service, s’il te plaît. » Et puis tu as aussi le panneau « Ne pas déranger ». D’accord ? Quand tu cliques dessus, ça se met en rouge. Et là, la seule personne qui peut ouvrir la porte, c’est moi. Personne ne peut rentrer dans la chambre.

S La porte est fermée. 

M Les portes sont verrouillées. Donc, même quand tes clients ont un peu effectivement peur pour leur sécurité, cela leur donne quand même l’assurance que personne ne va rentrer dans ta chambre. Personne ne peut rentrer dans ta chambre, sauf le directeur ou la gouvernante.

L Quelle est la demande la plus improbable que tu aies reçue d’un client dans toute ta carrière ?

M C’est un peu toutes les mêmes. Évidemment, les demandes de prostitution, les clients vont demander relativement cash ce genre de choses aux réceptionnistes.

S  Le juicy, le croustillant, c’est le réceptionniste qui l’a.

L Et toi, est-ce que tu as déjà fait une très grosse bourde ?

M (rires)Oui. Alors ça date de l’époque où j’étais barman

S ça remonte

M ça remonte. Mais celle-là, j’en rougis encore. Bref. Donc le bar est au fond du lobby, la réception est devant et les toilettes clients, et toilettes tout court étaient juste à côté de la réception. Je vais aux toilettes et il y a une odeur immonde dans les toilettes, mais immonde, horrible. Je sors de là. Donc, c’était à côté de la réception. Et puis je regarde les deux réceptionnistes et j’ai dit : « Mais celui qui a fait ça, il a des rats au cul. »

Les deux me regardent, ne disent rien. Et puis là, je tourne la tête et je vois assis sur le canapé un monsieur. Et pourquoi il lève la main ? Il dit : « C’est moi ».

S&L Nooon ! c’est la solitude là. C’est la tristitude. Et tu fais quoi, du coup ?

M Je crois que je suis devenu rouge, bleu, violet.

S Tu lui offres un cocktail ? 

M C’est exactement ce que j’ai fait

L  Ah, ben non ! il avait déjà mal au ventre.

M Tu sais quoi ? il est venu, je me suis confondu en excuses. Je suis navré. Je vous prie de bien vouloir m’excuser. Est-ce que je peux vous offrir un cocktail pour me faire pardonner, s’il vous plaît ? Oui, oui. Celle-là m’est restée longtemps.

S Est-ce que tu as eu des rencontres qui t’ont particulièrement touché avec des clients ?

M Oui, assez cocasse. Je me souviens d’un client qui avait décidé de porter les sous-vêtements de sa femme.

S Mais comment tu l’as su ?

M Parce que, les pauvres, je ne sais pas comment ils ont fait leurs comptes. Ils se sont retrouvés à l’extérieur de leur chambre sans la carte. Et donc ils ont dû descendre, 

L ils sont peut-être juste exhibitionnistes ? Ils ont fait exprès, non ?

M Ils sont quand même descendus au lobby, les deux, 

L ça fait une bonne histoire. 

M Le mari avec les sous-vêtements de sa femme, porte-jarretelles etc. Il porte juste un string avec tout qui dépasse.

S My goodness ! Sa femme avec le caleçon ?

M Et non, sa femme toute nue, peut-être que c’est elle qui a donné sa culotte, je ne sais pas.

S Tu fais quoi dans ce moment-là ?

M Tu ris.

S Tu ne peux pas te contenir. Il se cachait les parties ?

M Ah non, non, non, très, très à l’aise.

L D’accord.

S Est-ce que tu as des clients qui refusent de payer ? Ils disent : « Oh non, ce n’était pas terrible ».

M ça m’est arrivé une fois. Un client n’a pas refusé en soi. Il a juste dit : « Je n’ai pas d’argent, je n’ai pas l’argent ». 

Comment ça, vous n’avez pas l’argent ?

« ma carte, ça ne va pas passer, ça ne marchera pas ». 

Je dis : « Mais, ok, mais là, je vais devoir rappeler la police. Qu’est-ce que vous voulez que je fasse d’autre ? Tu ne payes pas et tu en as pour 5000 euros ». 

« oui, je sais, appelez la police ». 

S Arrête …

M Il a fini au poste. 

L No way !

S Tu as récupéré l’argent ?

M non 

S du coup, qu’est-ce qu’ils vont faire, la police ?

M Ben rien. Dépôt de plainte pour grivèlerie et puis il rentre chez lui. 

S trop smart. 

L En fait, il fait ça toute sa vie et loge toute l’année. 

M C’est quand même rare.

S Est-ce qu’avec la longévité dans cette carrière, tu arrives à repérer l’ultra luxe qui est un peu caché chez les gens ?

M L’AMEX, l’AMEX noire, la caviar, elle est tellement épaisse qu’elle a du mal à rentrer dans le TPE.

S Est-ce que dans ta carrière, tu as eu des rencontres un peu insolites ?

M En fait, ce monsieur venait toutes les semaines avec toujours sa maîtresse.

S Ça coûte cher d’avoir une affaire comme ça.

M On en avait parlé. Parce qu’il voulait toujours la suite, à l’époque, elle était à 1500 €. Toutes les semaines, il venait avec toujours la même maîtresse.

L Mais au moins il gardait la même maîtresse. C’est chic !

S plutôt fidèle. 

M On peut être très fidèle avec sa maîtresse. Et un beau matin, justement, ça arrivait de temps en temps où il faisait la nuit complète, rarement, mais quand même de temps en temps. Ils étaient malins parce qu’ils ne partaient jamais en même temps. Toujours est-il qui il vient pour partir, pour faire son check-out et payer. Et là, je ne savais pas, je ne l’ai jamais rencontrée, mais sa femme rentre pour prendre un café au bar.

L Avec son amant ?

M En fait, il vivait dans le quartier,

S elle savait ! elle savait ! 

L elle avait pris un détective privé ?

S forcément !

M je n’en sais rien, mais ils se croisent. « Oh, Chéri, qu’est-ce que tu fais là ? »  « Je prends juste un café ». 

S est-ce que toi, tu t’enfonces dans ton fauteuil ?

M Lui, il avait quand même 1500 € à me payer. Il allait sortir sa carte. Il dit : « Non, non, mais je venais de prendre un café. J’ai fini là ». Son bureau est à côté, je présume.

S Tu as joué le jeu. 

M Il dit « Je vais bosser ». 

L Tu l’as laissé partir.

M Je l’ai laissé partir, 

L parce que tu savais qu’il reviendrait pour payer. 

M Oui, 

S la maîtresse était partie ou pas ? 

M La maîtresse n’était pas partie.

S Oh, là ! là !

M Une autre histoire qui m’a fait marrer, Fashion Week. Evidemment. Client fashion dans la suite, toujours pareil, avec plein de portants qui en plus faisait des défilés de mannequins dans sa chambre. Je pense qu’il faisait des castings, en fait. Bref, il sort, il sort faire sa journée. Et la gouvernante m’appelle, elle va dans la chambre pour faire le ménage en fait et elle m’appelle et me dit : « Chéri », c’est comme ça qu’elle me parlait, « je n’ai pas compris. Il y avait du sucre partout sur la table basse. J’ai tout aspiré ». 

« Tu as fait quoi ? »

« Mais il y avait du sucre. Je n’allais pas laisser ça ! » 

Oh, là, là ! La connaissant, il était hors de question que ça arrive dans mon établissement…

S mais tu vois, elle a peut-être sauvé une vie.

L Oui

S Est-ce que, comme dans Coup de foudre à Notting Hill, tu as des clients qui donnent des pseudos ?

M Oui, Scarlett Johanson en premier. 

L C’est vrai ? C’est quoi son petit nom ? 

M Ben non !

L Mais elle le change à chaque fois. 

M Je n’en sais rien

S Non, on ne saura jamais !

L Le mystère ne sera pas résolu sur PodTaf, 

S en même temps, tu n’as pas envie qu’on sache.

Et tout ça, tu l’as appris dans ta formation ou c’est sur le terrain ?

M Alors c’est sur le terrain, parce que je n’ai pas de formation. Je suis autodidacte. Ça, j’ai commencé dans l’hôtellerie, mais vraiment par hasard. A l’origine, dans ma première vie, j’étais cavalier professionnel.

L Alors raconte-nous, c’est quoi être cavalier professionnel ?

M Il y a plusieurs formats sur les épreuves hippiques, mais moi, je suis fan de saut d’obstacles et c’est toujours ma passion à l’heure actuelle. Et quand j’étais plus jeune, j’avais décidé que je voulais devenir cavalier professionnel. Donc, aller faire les Jeux olympiques et les coupes du monde, tout ça, tout ça. Bon, j’ai passé beaucoup de temps. J’ai réussi à travailler pour le numéro quatre mondial à l’époque. C’était de belles découvertes, vachement sympa. Il revenait des Jeux olympiques. C’était monsieur…

S Toi, tu faisais quoi pour lui ?

M J’étais son cavalier, cavalier maison. Donc, je m’entraînais avec lui. Bon, évidemment, j’ai arrêté pour deux raisons : un, le talent, parce qu’il faut quand même beaucoup de talent pour arriver à haut niveau. Et deuxièmement, l’argent. Il y a un adage qui vous explique la chose très facilement. C’est : « Comment est-ce qu’on devient millionnaire dans le milieu du cheval ? En commençant milliardaire ».

L D’accord, étais-tu milliardaire à la naissance ?

M Voilà, non. Donc ce monsieur, c’était en Angleterre. Donc j’ai passé un petit peu de temps, deux ans à travailler en Angleterre pour ce monsieur. Et puis j’ai été rappelé par un cavalier français qui avait eu l’invitation de l’entraîneur de l’équipe de France pour commencer les internationaux et il avait du sponsoring. Et puis il n’habitait pas trop loin de chez mes parents. Il m’a dit : « Écoute, ça y est, j’ai mes écuries. Tout se met un peu en place. Est-ce que tu veux revenir et bosser chez moi ? » Et je dis : « Banco, je rentre à la maison, c’est à côté, je continue ».

Et j’ai fait ça pendant un an. Et puis au bout d’un an, je me suis réveillé. Je ne faisais plus de concours, je ne faisais que monter à cheval dans l’écurie. Ce n’était pas du tout ce que je voulais. Je me suis réveillé un matin en disant : « Mais je ne veux plus. Je ne veux plus voir les chevaux, en fait. Ça y est. J’en ai marre. C’est mince. Qu’est-ce que je fais ? Qu’est-ce que je fais ? Complètement paumé ».

S Et finalement, avec pas tellement de cartes à jouer que cela ?

M Aucune.

S Tu t’étais dévoué à l’équitation

M A ce métier, avec rien en poche. La seule chose que j’avais en poche, c’était d’être bilingue de naissance puisque ma mère est anglaise. Et c’est ma sœur qui m’a dit : « Tu ne sais pas quoi faire ? Tu es bilingue, tu aimes bien voyager, tu présentes bien, va faire steward ! Au moins, tu feras le tour du monde. Et puis, tu verras, tu es encore jeune, tu as le temps ». 

Ok, très bien, très bonne idée. Faisons ça. Il y a une petite formation de six mois que j’ai trouvée très rigolote, je dois dire. J’ai beaucoup aimé la faire, c’est assez rigolo. Mais évidemment, dans toute ma splendeur, j’ai fait ça. Je me souviens, c’était en 2008. Donc c’était l’année où les banques Lehman Brothers ont fait faillite, crise immobilière. Et effectivement, un peu faillite, pas mondiale, mais compliqué, effectivement, tous les recrutements, les voyages se sont arrêtés, il n’y avait plus grand-chose. Donc, il n’y avait plus de recrutement dans le milieu aérien. Donc, j’avais mon diplôme en poche…

S carrière écourtée 

M carrière inexistante.

L Donc il fallait que tu voles vers de nouveaux horizons.

M C’est un peu ça. Et lors de cette formation, j’avais sympathisé donc avec un autre jeune homme qui faisait la même formation que moi et qui, lui, était rentré dans un hôtel en tant que réceptionniste.

Et il m’appelle, il me dit : « Est-ce que tu as trouvé, machin ? Est-ce que tu t’es fait recruter ? « 

Non, non, toujours rien. Il n’y a pas grand-chose. 

Il me dit : « Bah, écoute, je ne sais pas si ça t’intéresse, mais nous, à l’hôtel où je travaille, on cherche un réceptionniste de nuit en CDD juste pour trois mois, pour pallier le congé de celui qu’on a, qui est à plein temps et qui n’a pas pris ses vacances depuis, je ne sais pas combien de temps ». Donc il fallait qu’il parte trois mois. Et puis donc, j’ai fait mon CDD de trois mois et le directeur de l’hôtel, visiblement, m’avait bien aimé. Et à la fin des trois mois, il me dit : « Bon, écoute, notre barman s’en va. Est-ce que tu ne voudrais pas prendre sa place ? » 

S Tu as fait une formation en mixologie aussi ?

M Je n’ai rien fait du tout. Le directeur m’a dit : « Ne vous inquiétez pas. Rob, le barman, un Anglais aussi, va vous former. Il va vous montrer ». C’est lui qui avait fait la carte. « Il va vous montrer la carte et les cocktails. Apprenez les recettes et ça ira très bien ». Donc j’ai fait ça, bien, six-huit mois, je pense. Mais ça m’embêtait un peu de finir tous les soirs à minuit et demi, une heure. Donc je redis au directeur, je dis : « Bon, est-ce qu’on ne peut pas faire quelque chose ? » Il me dit : « Bah, si, on peut, on peut faire. On peut rechanger parce que le bar est un peu calme. Donc ce qui peut être pas mal, c’est que vous repreniez les petits déjeuners deux jours par semaine ». Bon, ok, je fais ça. Donc j’ai commencé à faire les petits déjeuners aussi.

S Ce qui est un autre métier encore.

M Qui est un autre métier encore. Que j’ai fait ça encore un petit moment. Et puis bon, je me lasse un peu. Et puis je vais voir le directeur. Je dis : « Pour moi, ça y est. Je voudrais quand même vraiment être en journée, quoi, retrouver une espèce d’équilibre ». Il me dit : « Bon, si vous voulez, il y a un poste en réception qui se libère. Si vous le voulez, vous pouvez ».

S Il t’a fait confiance quand même !

M Il m’aimait beaucoup. Il m’a permis cette chance. Mais donc du coup, je suis passé réceptionniste de jour. Donc, vous savez, l’horaire du matin, l’horaire du soir, parce que c’est quand même plus agréable que de finir à minuit et demi, une heure. Mais ce sont les métiers de l’hôtellerie. J’ai fait réceptionniste pendant une petite année là-bas. J’avais quand même fait un peu le tour de l’hôtel. Et puis j’étais rentré dedans. Je me suis dit que ça serait pas mal d’essayer d’évoluer. Et je vois passer une annonce pour un agent de réservation dans un hôtel cinq étoiles, sur les Champs-Élysées.

Et je postule. Je postule et je suis recruté.

Et donc je suis rentré dans cet hôtel, j’y suis resté dix ans et c’est là où j’ai fait mes gammes, en fait.

Donc je suis passé responsable de la réservation. J’ai fait ça un petit moment, puis je suis passé ensuite en ce qu’on appelle « en front », où je suis devenu chef de réception. Donc en fait, ils m’ont fait bouger dans l’établissement. J’ai fini ce qu’on appelle directeur d’hébergement. Donc directeur d’hébergement, vous êtes responsable de la réservation, de la réception et du service d’étage.

S Donc pas la restauration, 

M pas à la restauration, 

S Le bien être. 

L Et quand tu dis responsable, c’est-à-dire que tu dois manager toutes les personnes qui travaillent dans ces équipes-là.

M Oui, manager. Oui, effectivement, faire tourner l’hôtel.

S Les gestions de crise, c’est toi ?

M Oui. 

S Ok. C’est dingue, parce que tu as des gens qui font des écoles hyper cotées pour arriver à ce métier-là. Et je trouve ta force déjà, de ce qu’on sait de toi, c’est qu’on te propose un truc et tu dis : »Ok, je teste ».

M Oui. 

S Et bien, pas tant de gens que ça seraient à l’aise de faire ça. C’est hors de ta zone de confort. Et toi, même très jeune, tu te prêtes au jeu ? Et finalement, ça paie plutôt bien.

M Ça, ça a très bien payé. Mais j’ai eu quand même, j’ai quand même eu affaire à des gens qui étaient beaux, qui étaient bien. Mais ils m’ont laissé l’opportunité de le faire. Dix ans sur les Champs-Élysées et l’hôtel est racheté, une année avant le Covid.

S tatata…

M Là, il est racheté par un groupe français avec pas mal d’établissements et ça change la donne. Si vous voulez, le clap de fin, l’hôtel ferme, ça a duré un an et demi. Et puis au bout d’un an et demi, le groupe qui venait de racheter, voilà, me prend entre quat’z’yeux.

J’ai eu le droit à un licenciement économique. C’est particulier, parce que j’ai quand même passé un an et demi au chômage partiel. Je me suis dit : « Mais qu’est-ce que je vais faire ? En fait, si les hôtels ne rouvrent pas, je ne veux pas rester à me tourner les pouces chez moi ». Je crois que trois mois après, je retrouvais du travail et j’ai pris la direction. Je suis passé directeur d’exploitation d’un quatre étoiles. Je pense que c’est le pire hôtel que je n’aie jamais vu.

S C’était un luxe ou pas luxe ?

M Pas du tout, pas du tout. Il était quatre étoiles, mais alors, il y a quatre étoiles et quatre étoiles. 

Et le premier jour où j’arrive, je rentre dans l’hôtel et là, je vois un trou dans le plafond qui est recouvert par un drap parce qu’il y avait une fuite, un dégât des eaux. Il fallait réparer le plafond, les toilettes du lobby hors service avec écrit sur une feuille A4 au marqueur noir « H.S. »

Là, je passais d’un cinq étoiles où on dépensait une fortune pour que tout soit carré, à un hôtel quatre étoiles…

S Du coup, tu étais dépité ou tu t’es dit : « C’est un challenge, je vais le remonter » ?

M Gros, gros challenge. Ah non, non, j’étais moi. J’étais remonté. Ça faisait un an et demi que je ne travaillais pas. Je suis là pour, je suis assez fier, c’est que, l’année où j’ai pris l’hôtel, il devait renouveler sa quatrième étoile. Il fallait remettre un coup de propre et un coup de neuf. Donc j’ai passé un an à refaire de la peinture, à refaire du papier peint, à changer des lits, à racheter des couettes, à racheter des housses de couette, à tout remettre d’équerre, tout remettre au propre.

Quand j’ai passé ça, la quatrième étoile, mais j’étais tellement heureux, tellement fier. 

Et à peu près en même temps, je me fais chasser par un cabinet, chasseur de têtes, classique, un hôtel quatre étoiles avec restaurant dans le 16ème arrondissement proche de l’Arc de Triomphe. Ouverture.

« Est-ce que ça vous tente ? » Oui, allons passer les entretiens. Et je me suis fait recruter. Moi, je suis arrivé dans cet établissement. Il était en chantier, il est en travaux. Donc j’ai découvert un autre métier, en fait. Les chambres n’étaient pas finies. Le lobby n’était pas fini, les plafonds n’étaient pas fermés. On était sur un chantier. Il y avait encore les échafaudages 

S Avec ton casque jaune ?

M Ouais.Donc, j’ai passé mes journées sur le chantier et je n’étais pas mécontent de découvrir autre chose. Et puis, il y avait aussi le recrutement de toutes les équipes, l’ouverture du site internet, le positionnement tarifaire, la totalité, en fait, jusqu’au jour J. Où vous voilà, il y a la préfecture de police qui passe et qui vous donne l’autorisation d’ouvrir.

S On les reçoit plutôt bien, du coup.

M Oui, il vaut mieux. 

Non, non, mais ce sont des process. Vous êtes : soit vous avez, soit vous n’avez pas, il n’y a pas de très gros stress. Et puis, dans la foulée, le passage des étoiles.

S Du coup, obtention des quatre ?

M Obtention des quatre. 

S Ouverture ?

M Ouverture. C’était génial. En fait, la propriétaire du groupe, je l’avais invitée à prendre son petit déjeuner parce que l’hôtel est à côté, et elle venait déjeuner régulièrement, en fait. Quand elle avait des déjeuners professionnels à faire, donc, deux ans plus tard, elle est venue me chercher en disant :  » Écoutez, il y a le poste de directeur général qui se libère sur le cinq étoiles du groupe. Est-ce que vous le voulez ? »

J’ai réfléchi une heure, 

S Oui, d’accord, c’était le salaire ? 

M Non, non, non, non. Déjà, c’était pour… Est-ce que j’ai vraiment envie de retourner dans du cinq étoiles ? Ça a duré une heure. Et en fait, dans ma tête, je me suis dit : « Mais on te l’offre sur un plateau, on vient te chercher, tu ne peux pas dire non ».

L C’est valorisant. Ça veut dire qu’ils te font confiance, que tu fais un bon boulot. Et toi qui n’es pas du tout de ce milieu-là, à la base, même si tu as fait une longue carrière, finalement, dans l’hôtellerie, tu te sens légitime. Et c’est même rassurant qu’on vienne te chercher.

M Oui.

L C’est ce qui fait ta force, je trouve, dans ton métier, quand on t’écoute, c’est que toi, tu as touché un peu à tous les métiers de l’hôtellerie. Donc, finalement, tu sais comment ça fonctionne de l’intérieur. C’est ce qui pourrait aussi manquer à des employés qui font une seule partie de l’hôtel.

M C’est ce qu’on appelle du cross-training, où effectivement, tu vas aussi aller découvrir l’univers de la gouvernante. Pourquoi ça ne sert à rien de l’appeler quatre fois de suite pour lui demander si la chambre est prête ? Parce que si tu passes une journée avec la gouvernante, tu vas voir que sa journée à elle, elle galope dans les étages. Quand la chambre est prête, elle te le dira, en fait. C’est très important parce qu’effectivement, il y a différents services qui, même si tout le monde travaille ensemble, ils ne travaillent pas aux mêmes endroits dans l’établissement et ne comprennent pas forcément la difficulté que la personne peut avoir sur son poste, en fait.

S Et ça, ça vaut de même dans les entreprises qui ne font pas du tout l’hôtellerie. Si tu ne t’intéresses pas à tes collègues qui font autre chose, tu ne sais pas, en fait. Il faut poser des questions. Il faut se mettre dans la peau de l’autre. C’est super intéressant.

Comment tu te vois évoluer dans ce métier ?

M Ah, ça, c’est la question à laquelle je n’ai pas encore de réponse.

S Fais-tu ton métier pour la gloire ou pour la fortune ?

M Euh, il y a un peu des deux, quand même.

S Si tu pouvais découvrir n’importe quel métier sur PodTaf, ce serait quoi ?

M Journaliste politique.

S & L Ok, défi accepté.

S Merci beaucoup, Michael !

M Mais de rien. 

L Merci pour ton temps

S Trop bien ! Et on a très, très hâte d’aller visiter ton hôtel. 

M Allez, on fait ça !

S c’est parti !