Ep. 15 Journaliste TV
Sandy Heribert
Sandy partage un quotidien rythmé par des projets variés : animation d’événements prestigieux, tournages, interviews et déplacements à l’international. Elle dévoile les coulisses de son métier, où la préparation est essentielle pour incarner chaque événement avec justesse et crédibilité. Derrière l’image glamour se cache un travail rigoureux, mêlant recherches, écriture et gestion du direct. L’épisode est ponctué d’anecdotes marquantes : accidents, moments de solitude ou imprévus sur scène, révélant les exigences du métier et la capacité à rebondir en toutes circonstances.

SARA (S) Bonjour Sandy Heribert, bienvenue sur PodTaf !
SANDY (San) Bonjour à toutes les deux.
S Est-ce que tu peux nous expliquer ? Quel est ton métier ?
San Oh là là, vous avez trois heures ? Alors mon métier, à la base, je suis journaliste sportive. Et puis, au fur et à mesure, mon métier a un petit peu évolué au fur et à masure de mes rencontres et des opportunités professionnelles. Donc aujourd’hui, je suis journaliste sportive, speaker et, on en parlera tout à l’heure, maîtresse de cérémonie sur des événements.
S Tu travailles sur quoi pour qu’on ait un peu une illustration d’une semaine typique pour toi ou tu travailles sur plusieurs projets à la fois ?
San Oh là. Alors c’est toujours des semaines très atypiques. Je fais vraiment différentes choses. Alors là, par exemple, dans deux jours, je suis, pour le coup, maîtresse de cérémonie. On me connaît quand même pas mal pour la remise du Ballon d’Or, la cérémonie du Ballon d’Or avec Didier Drogba. J’ai fait six éditions. Donc six années de suite, c’était 400 000 000 de personnes dans le monde. Et donc c’était une remise de prix. Et donc aujourd’hui, on m’appelle très souvent pour faire des remises de prix en entreprise ou pour des institutions.
Et donc, du coup, on se dit que si je peux faire devant 400 000 000 de personnes, je peux faire devant 3 000 ou 4 000 personnes de la boîte. Donc là, je travaille pour la MatMut et on le remet, alors je ne le remets pas avec Didier Drogba, je ne remets pas les awards avec lui, mais je remets avec Djibril Cissé. Donc voilà, on me met en co-animation avec des footballeurs ou même souvent toute seule.
Donc ça, c’est jeudi. Et puis après, je décolle samedi pour Monaco pour faire, encore une fois, une remise de prix. Ça doit être un peu dans mon ADN. Je remets les étoiles Michelin aux nouveaux restaurants à Monaco. Je remets les étoiles à nos nouveaux gastronomes français.
Et puis ensuite, là, je vais vous donner une petite « exclu ». La semaine prochaine, je pars pour Madrid. Je décolle jeudi pour aller enregistrer un épisode de The Bridge que je co-anime avec Aurélien Tchouaméni, international français, qui joue donc au Real Madrid, et on a notre émission sur YouTube où on invite en fait des personnalités à parler de leur vie. On essaie de les amener un peu sur la vie privée. Donc, on reçoit des sportifs, des artistes, des entrepreneurs. Et donc là, on a un beau casting pour l’émission de la semaine prochaine.
Voilà, je fais pas mal de choses un peu….différentes
S C’est très éclectique.
San Ouais. Mais j’adore ça, j’avais besoin. Je savais que je ne ferais jamais un métier 9h-18h, lundi-vendredi, je l’ai fait peut-être une année quand j’étais chez Eurosport et j’ai cru crever quoi ? Donc ce n’était pas fait pour moi.
S Ça ne te correspondait pas.
San Non, pas du tout.
S Du coup, tu n’as pas de bureau.
San Je n’ai pas de bureau. Mon bureau, c’est le monde. C’est magnifique.
S Trop beau. Comment, tu vois, tu parles de maîtresse de cérémonie, ça se prépare ? Tu as une partie « tout ce qu’on ne voit pas ». C’est quoi en fait, l’iceberg ? On a la partie du haut, tout ce qui est visible, mais il y a un taf énorme derrière.
San Énormément. Tu vois, par exemple MatMut, si tu veux, ils vont avoir envie que je connaisse bien la boîte, que je connaisse les valeurs de la boîte, que je sache de quoi on parle, les awards que je vais donner, c’était alors c’était un challenge qu’ils avaient interentreprises si tu veux. Et donc on me nourrit en fait et je le réclame, pour ne pas arriver, tu vois, comme une carpe sur scène. Donc je me nourris de ce qu’ils peuvent m’envoyer, donc des dossiers de presse, tout ce qu’ils ont sur leur entreprise. Je voulais avoir tous les challenges.
Je voulais avoir, tu vois, les tenants et les aboutissants de ce challenge qui avait duré toute l’année. Ce qu’ils allaient gagner derrière. Et donc j’ai besoin de vraiment avoir l’impression de faire partie de la boîte pour avoir cette légitimité sur scène et en fait, le plus beau compliment qu’on puisse me donner. Donc vous, ce que vous voyez, l’iceberg, c’est juste, je suis sur scène, je donne des trophées, je parle dans un micro avec souvent des jolies robes. Mais derrière ça, c’est énormément de préparation, de travail. On fait des conférences de rédaction. J’écris, on a plusieurs aller-retours, plusieurs ping-pong. Il y a un conducteur qui est établi par une nana. Je dis « nana » parce que c’est souvent une « topeuse » en régie qui donne les tops.
On a des vidéos, on a des lancements, on a les lumières. Moi, on me dit voilà, il faut, il y a 90 minutes de prise d’antenne ou prise de parole, tu vois, sur la scène parce qu’après ils ont une soirée derrière, un DJ, des trucs. Moi, je suis maître du temps, maître de l’atmosphère, maître du propos, maître du ton, et le plus beau compliment qu’on puisse me faire quand je sors de scène, c’est : « Mais j’avais l’impression que vous faisiez partie de la boîte ».
Et donc ça, c’est les collaborateurs qui viennent me voir. Et là, je me dis, j’ai tout gagné. C’est dire qu’en fait, j’ai…, ils ont cru à mon histoire, à mon propos et j’ai vraiment réussi à m’immiscer dans leur tête et dans la boîte. Et donc ça, pour moi, c’est le plus beau compliment. Mais encore une fois, c’est beaucoup de travail.
LAURA (L) Tout à l’heure, tu disais on me met sur un projet ou un autre projet. En fait, ça fonctionne comment pour que tu sois placée sur un projet ?
San Alors c’est toujours des appels entrants. Soit c’est des appels entrants par les agences dans lesquelles je suis référencée, donc c’est des agences de placement. On appelle ça des agences de placement de personnalités. Soit ce sont des agences événementielles, qui donc sont contactées par la MatMut pour faire cet événement. « Tiens, on aimerait bien que vous proposiez des profils ». Et donc du coup, soit ils passent eux par l’agence de placement, soit ils m’ont déjà en tête parce que ça fait vraiment 15 ans que je fais ce métier, donc ils pensent à moi.
Ou alors c’est, par exemple, la MatMut en direct qui voulait Sandy Heribert à tout prix et Djibril Cissé, en dehors de l’agence événementielle qui s’occupe de tout le reste et de la logistique, et me contacte en direct. Ces trois, il y a trois canaux de prise de contact, je dirais, et souvent le réseau, c’est parce que ça fait 15 ans que je fais ça et que maintenant j’ai un nom en place et qu’on sait que voilà que ça se passe bien quand on m’emploie quoi. Donc c’est …, mais je ne démarche plus. J’ai de la chance, je ne démarche plus du tout.
L Et tu as dû démarcher au tout début de ta carrière.
San Oh bien sûr. En fait, je voulais faire du journalisme depuis mes neuf ans quand j’avais vu la mère d’Alexandra Laroche-Joubert [Martine LRJ] sur le terrain de la guerre du Golfe et j’avais neuf ans et on regardait, tu sais, le 20 h avec tes parents. Et j’ai regardé ma mère et j’ai dit : « Tiens, je vais faire le métier de la dame. Je vais aller raconter les histoires de ces familles, de ces enfants, etc ». Donc ça m’avait vraiment marqué, vraiment touché. Donc, reporter de guerre. Ça ne plaisait pas forcément à mes parents, surtout avec le risque, etc. Mais ça ne m’a jamais quitté. Je voulais aller raconter les histoires. Donc au moment du bac, je dis à mon père, je veux faire une école de journalisme. Souvent, tu dois faire 2 années. Je vous le dis, si vous ne le savez pas. Mais donc, une fac’ d’histoire ou une fac’ de lettres. Et après tu rentres en bac plus deux dans les écoles de journalisme.
Donc l’ESJ, le Celsa, enfin voilà, les écoles de journalisme prennent à bac +2. Mon père m’a dit « le journalisme, ma fille, c’est bouché. Je préfère que tu aies un bac plus quatre en ce que tu veux plutôt commerce-marketing, après, la passerelle sera plus simple. Au moins tu auras ton bagage. Tu pourras toujours trouver du boulot. Ce qui est finalement aujourd’hui quand je travaille avec beaucoup d’entreprises, quand tu vois, quand on a parlé du plan 2025 ou 2030, du compte de résultats, du bilan, ça me parle parce que j’ai fait une école de commerce en bac plus quatre. J’ai fait une cinquième année en marketing. J’ai eu un master en marketing des médias pour, si tu veux, je construisais déjà mon profil au fur et à mesure, tu vois, des années scolaires et je me suis dit au moins quand je vais vouloir bifurquer et faire du journalisme, au moins ça sera …donc tous mes stages, je les faisais dans les prod’, dans les boîtes de prod’ ou en télé. Donc si tu veux quand tu avais, donc tu avais peut-être le décès que les dirigeants et créateurs. Après tu avais le, j’ai fait à l’ISC, j’ai fait mon master en marketing des médias et tous mes stages étaient dans les dans les boîtes de prod’ et les télés.
Et je me suis dit au moment où j’allais basculer, ça serait cohérent. En fait, je suis rentrée chez Eurosport en tant que responsable marketing. D’un rallye voitures. Moi j’adorais la bagnole. J’aime toujours l’automobile. Et c’est pour ça que je suis devenue ensuite journaliste auto. Mais donc c’était en remplacement d’une nana qui partait en congé maternité. Je me suis dit, « c’est l’opportunité ». Il y a évidemment les journalistes, mais moi, donc j’étais au marketing de ce championnat-là. Donc j’ai fait quatre ans, j’ai fait quatre ans de tour du monde. C’était super. Mais quand je voyais la journaliste dans la pit lane [voie des stands], faire les interviews des pilotes, je me disais je savais au fond de moi que c’était ce que j’allais faire, mais j’étais en train de construire mon projet.
Et donc, en fait, pendant les quatre ans, j’ai accumulé des heures de droit à la formation. Donc, au bout de quatre ans de marketing, je suis allé voir la DRH. J’ai toqué à la porte. Et j’ai dit « voilà, ça fait quatre ans que je suis là. Vous aimez bien mon travail, mais ce que je veux, c’est être journaliste ». Et donc, du coup, je leur ai proposé de me sponsoriser mon master au Celsa. Donc j’ai fait une sixième année, donc j’ai un master en journalisme. Et donc j’ai intégré la rédaction tout en commençant à l’école. Et donc j’ai appris à l’école et j’ai appris sur le terrain en même temps.
Moi qui étais devenue directrice marketing, en quatre ans,je suis partie tout en bas avec les pigistes qui apprennent et qui font des petits reportages et moi, donc j’ai appris le montage, poser ma voix, écrire, et c’était super. Et au bout de six mois, on m’a fait passer des essais. Et donc j’ai fait mon premier live six mois après, je n’étais même pas encore diplômée, mais je savais que je voulais tellement faire ça et on me faisait passer des essais chez Eurosport en plateau.
S Du coup, là, on parle d’un cheminement avec des réussites, mais j’imagine, il y a des échecs. Il y a peut-être des projets qui n’ont pas abouti, des moments de déception, parce qu’on peut souvent se dire « cette personne-là, elle est super successful, tout marche. Mais la réalité, c’est non. Souvent, tu travailles et il y a des portes qui se ferment…Et ce que tu peux nous parler un peu de comment toi tu abordes les échecs si tu en as eus et as-tu une leçon de vie à partager pour ceux qui se prennent des portes en ce moment et leur dire « continue parce que ta porte à toi, elle arrive plus tard » ?
San Ouais, ce n’était pas évident quand tu arrives du marketing par exemple, je reprends le dernier exemple en date dont je parlais là à l’instant à Eurosport, on m’a vue comme la « blonde » qui voulait faire de la télé.
Mais quand je suis arrivée à la rédaction, il y avait quatre-vingt journalistes. Je ne me suis fait aucun pote. En fait, ils étaient tous contre moi, je ne me suis fait vraiment que des ennemis. Donc je suis arrivée dans un endroit où on ne voulait pas de moi. Tu sais qu’en fait à 22 h, tout le monde va à la cantine et personne ne te propose de descendre. Moi, je descendais à la cantine, je prenais mon plateau et je mangeais toute seule devant mon écran d’ordi. Quoi ?
L Ça fait mal
S ça fait mal. Mais c’est la réalité parce que c’est aussi un milieu peut-être où il y a de la jalousie.
San Oui, complètement. Je partageais ma vie à l’époque avec un champion du monde de kayak, un Italien, on s’était rencontrés par hasard. Donc je me rappelle l’appeler lui. Et je lui disais à quel point j’étais mise à l’écart que je n’avais que personne n’était mon allié, que c’était extrêmement difficile. Et j’en parle là, parce que c’est quelque chose qui m’a beaucoup aidé à l’époque, c’est que la résilience et la visualisation, tu sais, des athlètes de haut niveau. En gros, il n’a pas arrêté de me dire « mais tu n’en as rien à foutre. Tu vas vivre avec ces gens-là ? Non. Toi, ton objectif, c’est celui-ci. T’inquiète que toi, tu vas aller bien plus loin qu’eux ».
Et en fait, tous les jours, il me le rappelait. Tous les jours, il me le rappelait. « Ce n’est pas grave. Tu n’es pas là pour te faire des amis. Tu es là pour travailler. Montre ce que tu sais faire. Tu n’en as rien à foutre. Tu m’as moi, tu as tes amis, ta famille ». Et, honnêtement, je pense que s’il n’avait pas été dans ma vie à ce moment-là, je pense que je sombrais parce que je suis quelqu’un d’assez sensible. Je suis un bulldozer dans le boulot, mais j’ai besoin aussi du contact humain. J’ai été harcelée, je n’ai pas eu d’amis, mais je n’étais pas là pour me faire des potes. On a été donc on m’a rapidement envoyé pour couvrir les jeux olympiques de Sotchi. Donc là, je ne te raconte pas…
S Tu étais bien contente de de partir.
San J’étais heureuse, mais je ne te raconte pas parce que pendant les deux mois de prépa, enfin moi, j’étais vraiment à fond dans ma préparation, on m’a mis beaucoup de bâtons dans les roues. Je ne savais pas vraiment si j’étais heureuse ou pas de partir. C’était très compliqué, très heureuse pour le parti professionnel, mais je m’étais encore fait moins d’amis, tu vois. Beaucoup de critiques. « De toute façon, on l’envoie là-bas parce que c’est une grande blonde aux yeux bleus. Tu vois, avec des gros seins ». Moi, les gars, je fais peine un 85-A ! quoi, je n’ai pas de seins ! Franchement.
S Heureusement, ils auraient été pires. On est d’accord
L « sois plus moche, s’il te plaît ». En fait, c’est ça dans ton métier
S c’est super dur parce que plus tu es successful, plus on te jalouse. D’ailleurs maintenant, j’imagine, la tendance est inversée. J’imagine les gens. Ils sont plus que heureux de t’inviter à partager leur déjeuner. On voudrait t’inviter sur des projets, etc. Donc c’est peut-être l’inverse, mais j’imagine que tu n’oublies pas en toi ces années derrière, tu ne te fais pas leurrer, non ?
San Là, c’est vrai, la roue a tourné et là où Alberto, donc, c’était mon amoureux de l’époque, a raison, c’est que, en revenant de Sotchi, j’avais plein de projets. J’en ai, j’ai convaincu mes boss de me faire confiance sur des documentaires, des reportages, plein d’idées. Donc j’avais plein de trucs dans le « Pipe ». Et puis on s’est fait racheter par Discovery, un groupe américain. Et là, on nous a dit pendant deux ans, on ne fait rien de nouveau. Donc on va rester à faire ce qu’on fait là et moi, ça faisait un an et demi. J’avais un peu fait le tour. J’avais vraiment envie de tellement autre chose. J’avais mon nouveau diplôme en poche. Je venais de présenter les jeux de Sotchi. J’ai dit « Ben tu sais quoi ? J’ai 31 ans. C’est maintenant, il faut que je parte maintenant ». Je suis partie, j’ai fait ma bande démo, moi qui faisais du montage. Et je suis allée taper à toutes les boîtes de prod’.
S C’est quoi, une bande démo ?
San Une bande démo, c’est que, en fait, j’ai pris tout ce que j’avais fait à l’antenne sur Eurosport. J’ai fait un petit montage, un petit mix de tout ce que je savais faire. En gros, et après, c’est une minute trente. C’est un peu comme mon CV, mais en image sur ce que je sais faire.
Et donc après, j’ai balancé, balancé, balancé. Il n’y avait pas vraiment LinkedIn à l’époque, il y a 10 ans. Et donc, du coup, c’était trouver les mails TF1, France2, M6, des chaînes d’info pour faire les bulletins sport. J’ai commencé par présenter les bulletins sport sur E-télé à l’époque, donc C-News. Donc, j’ai fait ça pendant un an et demi, en me levant à minuit et demi pour être là-bas à deux heures.
Je faisais les matinales week-end avec Bruce Toussaint, tout ça c’était super. J’avais la légitimité. J’avais deux ans d’expérience. On ne m’a pas remise en question. J’ai fait du bon boulot. Donc en fait, toute la rédaction sport de E-télé était devenue des copains.
C’est des métiers encore très compétitifs, quoi. On a tous envie de la même place. Et il y en a très peu, en fait. Il y a très peu de postes, tu vois et on veut tous le même boulot.
J’ai eu la chance de raconter tellement de belles histoires dans le sport, mais on a vraiment énormément à apprendre des sportifs puisque quand tu sais qu’ils se lèvent, je prends par exemple juste la natation. Je suis très copine avec Camille Lacourt et Alain Bernard. Je les ai eus en podcast, donc j’avais un podcast sur Chérie FM qui s’appelait Haut Niveau. Et quand, quand tu as 12, 13 ans et que tu te lèves à quatre heures du matin, alors qu’un ado est crevé, on sait que les ados sont crevés et tu te lèves à quatre heures pour être dans l’eau à quatre heures et demie pour nager pendant deux ou trois heures avant d’aller à l’école, renager à midi, renager le soir et en fait, et ça, c’est juste de la résilience.
C’est juste de la rigueur et de la discipline. Mais la résilience, c’est se prendre des bâches, des bâches, des bâches, être une seconde derrière le premier. Et en fait, tu continues à y croire. Tu te fais mal et on te répare. Et après tu retournes et c’est vraiment de belles histoires.
S Et cette sensibilité-là au sport, ça remonte à quelque chose d’autre de ton enfance ? Ça doit faire résonner en toi quelque chose qui te touche ?
San On regardait les Jeux Olympiques avec mon père. On regardait beaucoup de sports à la télé. On en faisait aussi beaucoup. Et je crois juste que c’était voir ces larmes de joie qui m’émeut vraiment. Ça me faisait vraiment vibrer.
Il y a encore une heure, j’ai une amie qui m’a dit : « Tu vas toujours au fond des choses ». Et en fait, ça, c’est très, c’est le mental d’un sportif. C’est de ne jamais rien lâcher. Et c’est que c’est vrai. Effectivement, quand j’ai un projet, je le mène vraiment jusqu’au bout. Et je pense que c’est ce que m’ont appris, en fait, les sportifs, c’est que c’est de ne jamais rien lâcher, quoi ? C’est dur, tu as mal à des bobos, etc. Mais en fait, il faut vraiment aller jusqu’au bout.
S Et est-ce que tu as participé à des événements ? Et tu as regretté après, tu t’es dit « je n’aurais pas dû » pour des questions de valeur ou avec les personnes avec qui tu étais, ça ne passait pas. Est-ce que d’ailleurs, est-ce que parfois tu vas être mal à l’aise à côté de quelqu’un alors qu’il y a une caméra face à toi et tu vas faire comme si tout va bien ?
San Est-ce que j’ai un regret ? Je pense qu’une fois j’ai eu un regret, mais j’aurais dû le sentir. C’était un festival de cinéma à La Baule et on m’a dit « il n’y a pas de budget ». Mais comme voilà, j’étais en train de me chercher un peu. Je voulais faire des trucs un peu différents du sport, « est-ce que tu es d’accord pour le faire gratuitement ? » Alors j’étais déjà quand même pas mal établie et je me suis dit, « pourquoi pas ? » Et en fait, ça a été énormément de travail et finalement pas beaucoup de retombées. Et eux m’avaient dit voilà, parce qu’on a envie de faire un événement comme celui-là, tu vois, trois ou quatre fois dans l’année. Ils ne m’ont jamais répondu, ils ne m’ont jamais rappelée.
Et en fait, j’ai su une fois là-bas, qu’ils avaient déjà fait le coup à trois ou quatre autres consœurs. Et je me suis dit que ça, ce n’était pas cool. Et donc, du coup, en fait, je me suis dit depuis ce jour-là, je ne l’ai fait qu’une fois en 15 ans de travail gratuitement. Et en fait, si je peux vous donner une leçon, c’est que tout travail mérite salaire et que quand ils disent « il n’y a pas de budget », il y en a toujours, même 1000 balles, tu vois ou 1200 balles, mais qu’au moins le travail que je fournis, en fait, il soit juste pris en considération.
L Tu évoquais le fait que tu ne travaillais jamais gratuitement et tu as bien raison, mais est-ce que tu fais partie d’associations et que là, peut-être, tu travailles gratuitement ?
San Je suis marraine de plusieurs associations, notamment Mécénat Chirurgie Cardiaque, qui opère les cœurs des enfants africains et ils viennent pendant trois mois se faire soigner en France dans des familles d’accueil. Et donc je suis marraine de cette association depuis cinq ou six ans. Et je fais tous les événements caritatifs qu’on me propose. Si je suis dispo, je le fais.
Je présente aussi les galas caritatifs d’Eva Longoria depuis trois ans, j’anime celui de Paris, de Monaco et de Cannes. Et donc là, c’est la Global Gift Foundation qu’elle a montée avec sa meilleure amie Maria. Et elles ont une association qui aide dès qu’il y a un événement climatique, tu vois, ou un tremblement de terre ou une guerre civile, etc. Elles vont dans les pays, elles récoltent de l’argent, du matériel scolaire. Elles ont deux orphelinats à Marbella en Espagne. Et donc elles récoltent de l’argent et elles font de la vente aux enchères pendant ces soirées-là, des artistes donnent des œuvres gratuitement et donc, il y a une vente aux enchères. Donc moi, j’anime cette soirée-là, mais ça, je le fais vraiment bien volontiers parce que je trouve ça complètement normal.
S Comment as-tu rencontré Eva Longoria ?
San Alors, c’est marrant, c’est par Bernard Montiel que je connais un peu. Bernard m’a dit qu’Eva l’adore. Bref, mais donc il m’a contacté, il m’a appelé. Il me dit « écoute, dans trois semaines, il y a le premier gala d’Eva à Paris. Comme il y a beaucoup d’Américains, il faudrait que moi je fasse la partie française et toi, la partie anglaise ». Donc le tout premier à Paris, on l’a fait tous les deux. Et ensuite, je me suis retrouvée, j’étais au Festival de Cannes et toute l’équipe a vu que j’allais être là-bas parce que je l’avais annoncé. Et donc ils m’ont dit « est-ce que tu pourrais faire Cannes aussi ? » « Oui, bien sûr, avec plaisir ». Et Bernard n’était pas dispo. Et du coup maintenant, c’est moi toute seule. Donc je fais le français-anglais et elle a fait son tout premier à Monaco l’année dernière. Et c’est pareil, elle m’a dit « I only want Sandy now ».
S Wow
L Et est-ce que tu as déjà vécu un moment peut-être gênant, ou exemple peut-être en direct et tu as fait une grosse bourde ?
San Peut-être pas en direct à l’antenne, mais sur des gros événements de 4 à 5 000 personnes. J’appelle le big boss, le big CEO avec qui j’ai fait 1000 rendez-vous de conférences de rédaction et que j’ai coaché. J’ai fait du média training. Le mec, je le connais par cœur, il s’appelle Jean-Michel et je l’appelle François. Quoi ! Tu vas après deux heures et demie de convention. Et je suis là, « Et encore merci, François ». Mais sur quelle planète je suis « Pardon, Jean-Michel ! » Et là, je lui dis « Oh, put…, la crédibilité ! » Je repars à zéro. Heureusement, je fais des petites pirouettes. Et puis à un moment, et donc j’ai réussi à bien m’en sortir. Mais moi, je m’en veux à ce moment-là, je m’en veux parce que je me dis, j’étais déjà en fait, en gros, le François, c’était le CEO que j’avais la semaine suivante et que jusqu’au bout, je n’étais pas allée. Tu vois, jusqu’à j’avais sûrement pensé à autre chose.
Donc j’ai eu ça. Oui, deux ou trois fois ça m’est arrivé. Clarisse Agbegnenou. Je ne sais pas pourquoi, à un moment, j’ai buggé sur la prononciation de son nom de famille et on est en direct. Je ne sais plus, c’était à la radio et je dis « Abegdenou ». Et là, je me rappelle, j’ai mon mari qui écoutait et qui m’a envoyé un petit texto. Donc j’avais comme vous, j’avais mon téléphone, etc. Et il m’a dit, je crois qu’il me l’a écrit en phonétique, comme je l’avais dit, dit bravo. Donc j’ai dit « ok, c’est entendu, super, j’adore ». Au moins, il m’écoutait, en direct.
S c’est vrai.
San Et puis sinon, non, une fois, alors moi, j’ai toujours peur de faire tomber mes fiches. Donc quand je commence deux heures et demie de séminaire, j’ai une quarantaine de fiches,
S tout en ordre,
San Ouais, elles sont heureusement numérotées. Mais un jour, j’ai trébuché sur mon talon dans un escalier. Mais je venais de lancer une vidéo. C’était pour les Trophées Sporsora et là, il y a 4000 personnes, on est au Carrousel du Louvre. Et puis la salle est bizarre parce qu’il y a des grands escaliers, puis un runway, tu vois ? Et donc au bout, je devais faire mes interviews et lancer les vidéos. Après les vidéos pour avoir le nouvel invité, il fallait que je marche. Donc, en gros, je faisais un défilé dans ma tête. Atroce. Je suis une nana sur talons, on me fait faire un défilé, mais bon, les gens regardent la vidéo. Et donc là, je remonte, il y avait genre 15 marches. Et là, j’arrive, je suis quasiment à la fin. J’ai quasiment terminé. Je suis peut-être à la dernière vidéo.
Donc j’ai quand même, si tu veux, donc j’avais commencé avec 50 fiches, mais je suis sur les trois dernières, mais j’ai toutes les autres derrière. Et donc, en fait, il fallait juste que j’arrive à trouver les trois dernières fiches, tu vois ? Parce qu’on est vraiment à la fin de l’événement. Et donc j’arrive, et là j’ai mon talon qui se prend dans la dernière marche. Heureusement, moi, je ne tombe pas, mais là tout le monde me voit, la salle rigole. Il y a la vidéo et il me restait 30 secondes pour trouver mes trois dernières fiches ou je recevais, je crois pour finir, c’était Tony Estanguet, j’avais une petite interview de trois questions. Et là, je suis là par terre avec ma jupe crayon et je cherche mes fiches désespérément dans le noir. Voilà ça. Ça a été mon petit moment de solitude. Mais bon, j’ai fait une petite pirouette et je crois que la lumière est revenue. J’étais encore accroupie et j’ai dit « bon, c’est les risques du métier ». Ça les a fait rire, quoi ?
L Est-ce que tu as réussi l’interview ?
San Ouais, alors, heureusement, comme c’est moi qui l’avais écrite, encore une fois, c’est que je n’ai pas retrouvé ma fiche avec l’interview, mais j’avais trois ou quatre questions pour Tony. Et comme je le connais bien, voilà, c’est passé. C’est passé. Je n’ai peut-être pas remercié les bons partenaires du coup, j’en ai peut-être oublié un ou deux parce que sur ma fiche, j’avais dix partenaires à remercier à la fin de l’événement.
L Tu peux les remercier maintenant si tu veux.
San Alors je remercie…
[Rires]
S Mais en vrai, l’erreur est humaine. Tout le monde bafouille au pire moment. Je suis sûre que les prêtres bafouillent pendant le baptême, ils disent le mauvais prénom.
San Mais oui, bien sûr
S Mais il y a un peu cet idéal peut-être de LA journaliste à la télé. Il faut que tout soit impec’ et très lisse. Et puis, en plus, on est dans le milieu sportif où c’est l’excellence absolue. Donc tu ne peux pas trop être bof à côté de quelqu’un qui a fait un truc de dingue.
San Comme je vous ai dit tout à l’heure, la blonde qui veut faire la grande blonde aux yeux bleus qui veut faire du journalisme, je savais qu’il fallait que je sois irréprochable parce qu’en plus, si je faisais des boulettes, mais alors là déjà, je sautais très vite. J’ai le droit à une seule erreur. Et puis là, on ne pardonne pas. Alors que bizarrement, un mec, ce n’est pas grave si tu donnes une médaille ou deux ou finalement il dit « c’était les JO de 63 et pas de 64 ». Ce n’est pas grave. Toi en revanche, toi, fille, femme, je peux te dire que toi, on ne te ratera pas. Et donc c’est pour ça que je me fais vraiment cette promesse à moi-même de toujours arriver ultra préparée. Je ne peux pas, il faut que je sois vraiment au top niveau et au top niveau sur le fond, et au top niveau aussi sur la forme.
S Et d’ailleurs, si tu as le rhume de la mort ou tu as tes règles, ton enfant a été malade toute la nuit et tu es au bout de ta vie…
San Ça m’est arrivé tellement de fois.
S Comment tu fais, quelle drogue prends-tu le matin,
L du maquillage ?
San Mais je bénis le maquillage. J’ai de la chance, je suis maquillée sur chaque événement que je fais. Donc je bénis la maquilleuse, mais je suis arrivée des nuits… J’ai une petite fille de quatre ans et demi. Les otites, les gastro, tu vois, tu ne vas pas dormir. En fait, tu ne t’écoutes même pas. On vient, on vient te chercher pour : de la fraîcheur, de la bonne humeur, de l’énergie, du dynamisme, du fond. Alors, du fond, ben moi, que j’ai mal dormi ou pas, je l’ai. Je l’ai écrit, tout. Je l’ai sur mes fiches. Je sais de quoi on parle, mais en fait, je n’ai pas le droit de m’écouter.
Je me rappelle la pire, j’ai vraiment un très, très mauvais souvenir, mais j’y suis allée quand même. J’animais pour la RATP, un jeu type « Question pour un Champion ». On est à La Salle Wagram, il y a, genre, 2000 personnes et j’ai trois ou quatre équipes avec, tu vois, des pupitres de chaque côté.
Et là, j’ai eu la gastro, toute la nuit, j’ai vomi cinq fois. J’arrive, j’ai le teint vert, je n’ai qu’une envie, c’est d’aller aux toilettes. Je leur dis « je suis venue, mais je ne sais pas honnêtement si à un moment donné je vais courir aux toilettes ». Ouais, je n’avais pas le choix. J’ai dit « je n’arrive pas à arrêter de vomir » et c’était un truc de fou parce que le cerveau est bien fait, certes que je monte sur scène. Je ne suis vraiment pas bien. Je te jure, je suis à bout. J’ai demandé une bassine en coulisse. J’ai fait les deux heures de direct.
S c’est l’enfer !
San Ouais, mais parce qu’en fait, tu sais, je pense que ton cerveau, c’est toi qui…
S c’est la survie.
San Et en fait, voilà. Et j’ai dit « tu sais quoi ? Je ne vais pas vomir sur scène. C’est hors de question. Je ne vais pas faire de galette sur scène ». Je fais le truc. Je donne toute ma vie et ouais, « Et trois points pour l’équipe ! » Dans ma tête, je n’ai qu’une envie c’est d’aller me coucher et mettre la tête au fond des chiottes. Je sors de scène, on me dit « waouh putain, tu as assuré ». Et je suis, j’ai couru vomir aux toilettes.
L C’était incroyable.
San Ah ouais.
L Toi, quand je t’entends, tu as vraiment un comportement de sportif finalement.
S Parce que si eux, ils ont un rhume, ils font quand même la compétition à fond.
L Ils attendent les JO, pendant quatre ans à fond, ils y vont, même s’ils ont la gastro, dans la piscine, tant pis, ils y vont.
San Et c’est ça qui est terrible, c’est parce qu’en fait, le millième de seconde, le rhume, il te met dedans. Ils font leur course, mais ils savent qu’ils ne vont pas gagner. Quoi ?
S Tu t’étouffes dans l’eau avec ton nez bouché, c’est horrible.
L d’ailleurs, récemment, il y a la patineuse artistique américaine qui disait « là, j’ai raté ma compétition. J’avais mes règles. Je souffrais. Et c’est ça qui m’a fait rater ». Et c’est dur de se dire qu’ils préparent ça pendant quatre ans.
S Puis il n’y a pas de pitié derrière.
L Il n’y a pas de pitié, comme tu disais, comme toi dans ton métier…
S si un homme avait un testicule tourné. On serait « Oh mon dieu », tu vois [rires], c’est vrai !
L Mais tu ne te laisses pas le choix.
San Je n’ai pas le choix. C’est ce que j’aime aussi dans ce métier. C’est cette rigueur, et il faut toujours être prête quoi, et toujours être au niveau.
L Est-ce que tu ressens du stress aussi ?
San Je ne suis pas stressée parce que je suis très préparée. En revanche, je ressens de l’excitation, et ça, c’est différent. En fait, c’est du bon stress, je pense, tu vois ? Mais j’ai hâte que ça commence. Quand j’attends depuis, je suis équipée avec mon micro, l’oreillette. Je n’ai qu’une envie, c’est d’y aller. Et cette excitation, elle me porte, c’est l’adrénaline, en fait. Elle me porte pendant les deux ou trois heures d’antenne ou de scène. Quoi ?
Alors, peut-être que j’ai menti du coup, parce que je pense que j’ai ressenti une fois du stress, c’est quand ma sœur est venue à un Ballon d’Or. Et de savoir qu’en fait, quand j’ai ma famille dans la salle, je vais être un petit peu moins à l’aise, en fait, parce que je me mets un peu plus de pression. Alors finalement, tu sais, quand tu rentres sur une scène, tu les imagines tous, tout nus. Je rigole…
S sauf ta famille,
San sauf ma famille, là.
Ce qui me permet de ne pas stresser surtout, c’est que je me dis, je ne sauve pas des vies. Vraiment, je me dis, j’ai le droit à l’erreur. Si j’en mets une à côté, je vais me reprendre et ça ne sera pas grave. On n’est pas en train de sauver quelqu’un qui meurt.
L En fait, si tu te plantes, c’est surtout un peu ton image et ton ego, finalement, et tu te rattrapes et tu repartiras
San demain tu te sentiras mieux.
L On enquête beaucoup en ce moment pour trouver les gens qui aiment leur lundi matin. Et donc, à priori, tu en fais partie.
San Mais moi, j’aime mon samedi, mon dimanche, parce que je travaille un peu tous les weekends. Mais non, moi, j’adore me réveiller. Et souvent, comme j’ai des journées extrêmement différentes et des semaines extrêmement différentes, ce matin, j’ai ouvert les yeux. « Ah, tiens, qu’est-ce que j’ai ? J’ai le podcast ». Ça m’a mise en joie.
S So sweet !
San Mais vraiment, j’étais honorée que vous m’invitiez. Et c’est hyper cool.
S Le jour du Ballon d’or, comment se déroule ta journée ? Tu te réveilles …
San Alors, le jour du Ballon d’or, on a une répétition générale avec absolument tout le monde. La régie, c’est-à-dire, les caméras, les lumières, le régisseur en plateau, la script qui fait des notes-conducteur, comme si on était en direct. Donc on fait un vrai filage, une filée on appelle ça. De 14 heures à 16 heures. Avant ça, on nous laisse un peu, parce qu’on finit tard, tu vois, on finit vers 1 heure et demie du matin. On dort, on vient à midi. Le petit restau à côté du Chatelet, où on mange un morceau. Ensuite, en place, micro, 14 heures-16 heures. C’est les 2 heures de cérémonie. Puis on est libéré. De 16 heures à 19 heures, on est dans notre loge, on écoute de la musique.
On se détend, on se fait maquiller, coiffer, on t’habille. Et à 19 heures, on descend pour le tapis rouge. Voilà notre journée. On descend avec mon mari. Didier descend avec sa femme. On fait toute la partie coulisses, puis on arrive dehors. Et au moment du tapis rouge « Allez, on switche ! » Je relègue mon mari derrière, avec la femme de Didier. Puis Didier et moi on traverse le tapis en faisant toutes les photos sur le photo-call. Après, on a 2-3 petites interviews avant, sur un petit plateau avec la chaîne L’Equipe, avec Messaoud et toute son équipe, Djibril Cissé, …On nous demande un peu la température. On dit qu’on est prêt ! ça fait six années de suite qu’on fait ça et après on nous met en coulisses et il y a une petite demi-heure d’attente, le temps que tout le monde rentre en salle. Et après… GO !
L Il y a une question qu’on pose souvent dans PodTaf et qui s’y prête bien : « Fais-tu ce métier pour la gloire ou pour la fortune ? »
San Euh, non. Je fais ce métier pour la petite de 9 ans qui voulait faire ça, qui avait ça en tête toute sa vie, c’est le dream job !
S Tu disais tout à l’heure que tu as été journaliste sur le terrain avec la F1, c’est ça ? T’es-tu retrouvée dans des situations de fou ? Genre : conduire une voiture qui va trop vite. Ou un autre projet journalistique, comme pole dance dans une montgolfière ? Je n’en sais rien…
San Oh, là, là ! Mais j’ai fait tout ça !
L Raconte-nous !
San J’ai eu un programme de voyage, j’ai plongé sous la glace, j’ai sauté d’un hélicoptère, j’ai dormi contre le flanc d’une montagne. Mais honnêtement ce n’était vraiment pas le projet métier. Et je n’étais pas beaucoup payée, c’était une toute petite chaîne, la chaîne Voyages, mais c’étais le plus beau projet de ma vie.
S Une rémunération autre, en fait.
San On est d’accord. C’était des rencontres, de l’expérience. Je partais avec ma planche de snowboard à la découverte des stations emblématiques des Alpes en Europe, donc j’ai fait toutes les plus belles stations. C’était coupé en 5 petits épisodes de l’émission « sur les Alpes perché« . Et donc il y avait une partie découverte de la montagne, une partie découverte de l’artisanat local, il y avait la gastronomie. Donc j’ai mangé des trucs de ouf, les raclettes, des trucs…Mais il y avait aussi une partie, le truc insolite à faire. J’ai fait, je ne sais plus, 16 épisodes. Donc, ça a été un truc de fou, vraiment un super beau projet.
Donc j’ai fait des trucs un peu fous dans ma vie. Mais surtout, j’ai conduit une Formule E électrique…et j’ai eu un accident
L Oh ! Raconte-nous, là
San Alors j’ai été invitée à faire le 4L Trophy, ce n’est pas de la F1, au Maroc et j’ai fait 2 étapes avec une copine qui lisait la carte et moi, voilà, j’étais invitée en guest pour venir voir le 4L Trophy, ce que c’était, l’ambiance etc. Pour le coup, un peu influenceuse et faire quelques stories de l’événement. Donc, j’arrive. La dernière étape est à Marrakech et la Formule électrique venait de terminer. On arrive le samedi, jour de la course pour la formule électrique avec tous les pilotes du monde entier et le dimanche, ils invitent 5 journalistes à essayer une voiture. Le journaliste français a eu un problème d’avion et donc le samedi, l’Allemand, l’Italien, le Danois, le Japonais et le Mexicain sont là. Mais il n’y a personne qui représente la France. Ils ont vu sur mes réseaux que j’étais là, donc la nana de la Comm’ que je connais un peu, me dit : »Ecoute Sandy, le journaliste français n’est pas là. Est-ce que tu veux venir essayer une Formule électrique sur le circuit demain ? »
S Mais bien sûr !!
San Evidemment, par contre j’ai mon avion à 10 heures. « Aucun souci, tu passeras avant les autres ». Je n’ai pas beaucoup dormi – 3 heures – mais je suis super excitée parce que je vais conduire une formule électrique qui monte à 400 km/h. On arrive, on nous met en combi, on fait un briefing d’une minute trente. On nous montre vite fait le circuit, vite fait comment ça marche et je pars avec la voiture. Donc, je prépare bien le terrain pour vous dire que ce n’était pas de ma faute et on me dit « Tu as droit à un tour et à un tour lancé ». Une fois que tu sors de la ligne des stands tu fais un tour et après tu es déjà sur le circuit et au lieu de rentrer dans la ligne des stands, tu continues pour un deuxième tour.
S Mode ‘à fond les ballons !’
San Ouais. Là, je la prends, dans la ligne droite je monte à, genre, 320 et tu ne te rends pas compte parce que tu es très bas dans la voiture en fait et c’est juste en regardant [le compteur] « Putain, je suis à 320 ! » Je ralentis un peu et me dis que j’ai une bagnole qui vaut quand même 15 millions d’Euros dans les mains. Donc je fais mon petit tour et ça va quand même assez vite et je ne sais pas où j’en suis, si j’ai fait mon deuxième tour ou pas. Et au moment où j’arrive en fait devant la ligne des stands, qui part à gauche, avec la ligne droite face à moi et juste cette petite réflexion dans ma tête où je me dis « au fait, j’en suis où ? » me fait perdre le contrôle de la voiture. Je ne roulais pas très vite, parce que j’arrive, je sors d’un virage, je suis à 90 et en fait tu vois que ma tête remonte avec la GoPro et là j’ai perdu le contrôle et j’ai tapé dedans.
S Oh my God ! ça aurait pu être super grave.
San Ça aurait pu être grave, j’aurais pu me faire très mal, mais j’étais à 90, extrêmement harnachée, vraiment ça me faisait tellement mal, tellement ils m’avaient serrée. J’ai tapé le nez et je suis partie en toupie comme ça et là, tu vois sur la GoPro mes épaules qui se baissent et je me dis « what the fuck ! J’ai niqué la voiture, quoi »
S Et pas « j’ai eu un accident ! »
San Non, non, non. Je pense qu’il y a cinq autres gugusses qui sont avec leur combinaison, leur casque, qui attendent de faire leur tour et que moi, j’ai niqué la bagnole. Et là, elle ne redémarre pas Il y a « drapeau rouge ». Les mecs, ils font ça : session terminée. Donc je la remets en route mais je suis à l’opposé de la piste, je pars et j’ai embouti tout le nez de la bagnole. J’ai toute la carrosserie qui fait « kre ke ke ke, kre ke ke ke, kre ke ke ke » et je suis à 2 km/h. Je remonte, du coup, je fais le tour, je remonte toute la ligne des stands, avec tous les mécanos de la veille qui rangent les boxes et les garages
S Est-ce qu’ils ont tous leur main, comme ça ?
San Ils ont tous fait ça, ils ont fait la main et le truc, c’est qu’on voit mes cheveux blonds qui sortent du casque. La BLONDE qui ne sait pas conduire ! Et ça, ça a été pire que tout, encore, que l’accident en lui-même et je me dis que je ne me fais pas une bonne presse, tu vois. Ils ne sont pas venus me voir, ils étaient tous tellement dégoutés. Ils m’ont laissée dix minutes et moi, je me suis mise, avec l’accident, après, en arrivant, donc là, ils m’ont tous extrêmement énervée. Les cinq journalistes font demi-tour, ils partent, il n’y en a pas un qui me demande si ça va.
S Mais c’est horrible Sandy, ce que tu racontes !
San Et au bout de dix minutes, on voit à la GoPro qu’il se passe dix minutes. Ce n’est pas dans ma tête parce qu’après ils m’ont envoyé les images. Et on voit que pendant dix minutes, il n’y a personne qui me demande comment ça va ?
L Mais c’est un monde un peu cruel, quand même !
San Surtout dans l’Automobile
S Tu n’as pas droit à l’erreur
San Et ils sont venus me voir. Il y a le mécano qui fait : » Are you all right ? » Et là, le fait qu’il me demande, je me suis mise à pleurer et j’ai fait « I’m so sorry, I’m so sorry, I’m so sorry ! » et je n’ai fait que dire ça pendant une minute trente, j’ai encore le casque. Il fallait que ça sorte. Surtout que je me suis dit que j’allais payer. Heureusement on avait signé des décharges pour l’assurance. Non, mais là, il y en avait quand même pour 700 000 €. Mais j’ai quand même demandé : « Do I have to pay ? »
Elle me dit : « Non, tu as signé une décharge ». Mais ils étaient dégoutés, tu vois.
S Ben heureusement
San Et là, il y a quand même un mec qui a été sympa. Je suis en train d’enlever ma combi, il s’était passé au moins une demi-heure, le temps que j’enlève tout, le casque, le machin. Je suis en train de me changer, je sors et je leur redis « I’m SO sorry ! » J’ai les yeux tout rouges, ils voient que j’ai pleuré et il me dit « Allez, vas-y, t’inquiète, l’année dernière, on a eu Orlando Bloom…on a mis la voiture à la casse ». Non, mais c’est Orlando Bloom, ce n’est pas Sandy Heribert.
S Tu es trop jeune pour être à la retraite et en même temps, combien de temps ça va durer ? Combien de temps ça peut durer avec les standards qu’il y a ? Et c’est quoi l’après en fait ?
San Je sais que j’ai 10 ans et après je suis finie, mais ça me va en fait, parce que je suis en train de penser à l’après. Je regarderai ma carrière en disant que j’ai adoré ce que je faisais, mais après, un peu « place aux jeunes », la jeunesse, la fraîcheur, tant physique que mentale. Je pense que moi, dans 10 ans, c’est terminé.
L Et qu’est-ce que tu voudrais faire ?
San J’ai fait une formation récemment de EquiCoaching. Donc, c’est du développement personnel à travers le cheval. Donc, j’ai fait beaucoup d’équitation et j’ai voulu remettre le cheval dans ma vie. Et donc, j’ai fait cette formation. Et donc, ça, c’est déjà préparer un peu l’avenir, préparer l’après, je sentais que j’avais besoin du cheval maintenant. Mais voilà, tout en réfléchissant intelligemment à comment il pourrait revenir et pas juste, tu vois, remonter bêtement. Moi, ce que j’aime, c’est le contact avec le cheval et tout ce qu’il peut nous apporter. Et je pense que moi qui fais déjà du media training, media coaching pour que les personnes excellent ensuite, tu vois, dans leur prise de parole dans leur métier, etc. Je me dis peut-être que grâce au cheval, je peux peut-être faire ensuite de la formation et du développement personnel ou développement leadership business à travers le cheval qui est vraiment un outil extraordinaire.
C’est un métier d’images. Donc je pense que à 50-52 piges, c’est fini.
Et dans l’authenticité, grâce aux réseaux sociaux, moi, je suis en train d’aller sur un autre terrain qui est la prise de parole sur la PMA. Parce que ça fait deux ans que j’essaie de faire un bébé, un deuxième bébé et que je galère parce que j’ai 42 ans et que c’est tard pour faire un enfant. Mais je suis dans ce combat là, dans la normalisation de faire des bébés après 40 ans, et grâce à mes réseaux sociaux qui ne sont pas juste finalement ma vitrine de boulot, mais sur la PMA, je me dis qu’il y a un vrai, un vrai truc à faire puisque c’est un vrai tabou encore aujourd’hui. Et donc, avec ma petite notoriété, j’essaie de faire bouger les mentalités. Et ce n’est pas évident, il y a encore des aberrations dans le parcours des femmes en France où on nous pousse à aller en Espagne parce qu’on ne fait pas les recherches chromosomiques. C’est des mois d’attente. Et donc ça, c’est un sujet qui est très important pour moi en ce moment. Et je suis heureuse de pouvoir avoir cette vitrine, cette tribune, en fait, de pouvoir essayer de normaliser le combat. Et je pense que je fais du bien aux gens et ça, ça fait du bien.
Et donc, c’est vrai que souvent, quand je dis « ben oui, j’essaie de faire un bébé depuis deux ans, je suis en PMA », j’ai des gros yeux qui s’ouvrent devant moi parce qu’elles sont étonnées que j’en parle aussi. Et en fait, c’est en ça que c’est comme ça que ça va pouvoir être normal et que ce sera un bébé comme un autre, quoi, tu vois ? Mais ça choque toujours un peu.
Voilà, pareil, moi je pensais être enceinte il y a quatre jours, j’ai eu mes règles donc ça a été très compliqué. Donc je suis dans une période vraiment un peu triste. Et je l’ai, et je l’ai, ça faisait longtemps que je n’avais pas pris la parole. Et donc j’avais fait beaucoup de soirées, un peu mondaines, tu vois ? Il y avait la Fashion Week. J’ai fait des trucs un peu cool. C’était sympa et on me voit rire, sourire, etc. Et en fait, le lendemain, c’était le lendemain d’une grosse soirée où j’ai fait des défilés, etc. C’était mon fameux test de grossesse précoce. Tu vois, à quatre jours avant les règles, et il y avait écrit « pas enceinte » et là, je suis passé de là, tu vois, à j’étais sous terre et je me suis dit « tiens, je vais le mettre » parce qu’en fait, si moi je suis déçue aujourd’hui, on a plein d’autres aujourd’hui qui sont déçues et vous n’êtes pas seules.
L Et c’est le mot de la fin ? Où est-ce qu’on peut te retrouver sur les réseaux, sur une page, quelque part ?
San Alors mon actu, c’est que je suis co-animatrice de The Bridge avec Aurélien Tchouaméni émission à retrouver sur YouTube, où on reçoit des artistes, des entrepreneurs, des sportifs. Donc voilà, ça sort une fois par mois. Et donc ça, on apprend plein de choses. Donc ça, c’est vraiment mon actu médias. Et puis après, vous me retrouvez peut-être dans votre entreprise sur scène si vous faites des événements. Et sinon, je suis sur mes réseaux sociaux, c’est @sandyheribert sur Insta.
S Dernière question : si tu pouvais découvrir un métier dans un prochain épisode de PodTaf, n’importe lequel, ce serait quoi ?
San Astronaute ? Et j’adore Thomas Pesquet.
L Est-ce que, Thomas Pesquet, est-ce que tu peux nous contacter, s’il te plaît ?
San Le message est passé et je viendrai écouter.
S Sandy, c’était trop génial.
San Merci à vous pour l’invitation.
L À bientôt.
San A bientôt.




