Ep. 25 Pilote de drones
Thomas Abeel

Thomas Abeel est ingénieur et pilote de drone depuis près de dix ans. Il nous raconte son parcours et l’évolution d’un métier encore récent, entre captation audiovisuelle et applications techniques avancées. De la cartographie 3D à l’analyse thermique, il explique comment le drone révolutionne l’inspection des infrastructures et du bâtiment. Un échange passionnant sur la technologie, la réglementation et les usages concrets de ces outils en pleine expansion.


 SARA (S) bonjour Thomas Abel, bienvenue sur PodTaf.

THOMAS (T) Bonjour à toutes.

S Thomas, quel est ton métier ?

T Alors moi, je suis ingénieur et pilote de drone.

S En quoi consiste le métier de pilote de drone ?

T Vaste question. C’est un métier très divers, hein. On imagine pilote de drone, la captation d’images aériennes, ce qu’on voit un petit peu à la télé, avec ma formation d’ingénieur, moi, je propose des services en plus sur la cartographie en 3D, de l’analyse thermique, des modèles un peu plus complexes, mais toujours au niveau du drone.

S Du coup, pour te lancer là-dedans, comment tu t’y es pris ? Parce que c’est un métier plutôt nouveau.

T C’est une technologie nouvelle. Aujourd’hui, on en parle un petit peu dans les médias avec l’apparition justement des images et de la guerre en Ukraine qui a fait exploser un petit peu le drone.

Mais moi, je suis pilote de drone depuis neuf ans. Donc à l’époque, il y avait une grosse entreprise française qui était Parrot. Donc j’ai commencé avec un premier drone de cette marque-là.

La ville dans laquelle j’habitais, donc à proximité de Dunkerque, pendant ma jeunesse, finançait des bourses de permis d’avion. Donc j’ai commencé en réalisant du coup mon brevet de base aviation et mon instructeur était instructeur drone. Il m’a dit : « Bah, tu t’intéresses justement au drone, t’en pilotes dans ton jardin. Alors pourquoi ne passerais-tu pas ta formation professionnelle ? »

Donc j’ai fait cette petite formation, voilà, d’une semaine avec lui. Donc j’ai les qualifications professionnelles. Donc j’étais encore en études à ce moment-là, donc je n’ai pas exploité cette compétence, directement. Donc moi, j’ai fini mes études, j’en pilotais, j’avais ouvert après ma petite société, mais pour les week-ends, pour les amis, pour faire des prises de vues sympas, mais là, purement audiovisuel. Et donc j’ai continué après mes études.

LAURA (L) Donc, tu ne fais pas que des films audiovisuels, tu fais aussi des prestations plus techniques. Est-ce que tu peux nous en citer ? 

T Sur les réseaux sociaux, on a besoin de belles images. Moi le premier, je communique avec des belles images, rarement sur des prises de vues techniques. Parce qu’on ne cherche pas la beauté de l’image, mais on cherche justement, par exemple sur une analyse de toiture, ça va être détecter les fuites, détecter les tuiles cassées. Ça peut être de l’inspection technique pour des ouvrages d’art, par exemple les ponts, chercher des points de corrosion. On peut passer sur du thermique, on peut passer sur de la reconstruction complète. Donc là, je viens prendre cinq, dix, quinze, vingt mille photos, en fonction de la taille de l’ouvrage. Et derrière, on vient le reconstituer du coup en, en 3D, en post-traitement. Et derrière, on peut tourner, on peut zoomer. Ces 3D-là, ils sont assez précis.

L Tu captes des images, donc vraiment des photos. Tu peux traiter et modéliser en 3D ?

T Alors dans l’image, comme quand vous prenez une photo sur votre téléphone, il y a plein de données dans l’image. Donc ça peut être la date, l’heure, la position GPS. Et donc là, moi, je récupère la position GPS de l’image, donc la position GPS du drone. Et derrière, après, je reviens combiner toutes ces images, donc avec un logiciel. Pour obtenir après un modèle en 3D fiable, avec une bonne précision, ce qui fait que des fois les architectes s’appuient sur moi pour avoir, par exemple, des implantations quand ils veulent rajouter une antenne sur un bâtiment, des choses comme ça,   ils peuvent le faire du coup via ce modèle 3D. Ou même des, des géomètres sur de l’implantation d’antennes toujours.

S C’est génial. Franchement, je n’avais jamais pensé à ça. Genre pour moi, drone égal belles images prises de haut. Mais en fait, si tu veux voir le dessus d’un méga gros avion, prends un drone. Si tu veux aller au-dessus d’un château, prends un drone. Si tu veux aller voir un nid de frelons dans un baobab, tu prends un drone.

L Comment ils faisaient avant ?

T Je sais que sur plein d’ouvrages assez complexes, on était sur du travail avec des cordistes. Donc avant, ils descendaient en rappel. C’était des journées de travail, parfois risquées parce que les points d’accroche n’étaient pas forcément des meilleurs. On travaille sur un pont corrodé, accrocher quelqu’un, ce n’est peut-être pas la meilleure des idées. Mais là, du coup, avec le drone, on peut arriver justement à— certes, on va prendre moins de temps, mais surtout, on ne met pas l’humain en jeu. L’humain, il sera toujours utile pour repeindre s’il y a besoin de repeindre, pour venir souder s’il y a besoin de souder, mais on aura déjà une première analyse, qui permettra de faire une levée de doute.

L Tu prenais l’exemple même d’un pont, tu peux comprendre si le pont a un problème structurel grâce au drone ?

T Avec l’image que je vais prendre du pont. Derrière, après, donc avec mes compétences d’ingénieur, et des fois, je m’appuie sur des experts, pour détecter justement des fissures, des problèmes de corrosion et derrière faire intervenir des grosses entreprises, qui sont gestionnaires du coup de ces infrastructures et derrière, eux vont lancer le bon process, pour par exemple repeindre le pont, améliorer la structure, derrière.

L On parle beaucoup de rénovation énergétique. Tu dois aller observer le bâtiment et voir, s’il y a des pertes de chaleur à tel endroit. J’imagine que le drone, justement, sert à capter ce genre de données ?

T Alors totalement, je travaille avec des auditeurs énergétiques. Eux, ils sont à la caméra thermique au sol, donc ils peuvent déjà regarder tout ce qui est « murs ». Mais la toiture, en fait, on va avoir un angle et un recul qui ne sera pas suffisamment bon pour avoir des données exploitables. Du coup, là, le drone devient utile. Là, j’ai un cas assez concret. Ça a dû arriver il y a 15 jours, trois semaines, où une entreprise avait fait appel à des professionnels pour faire une rénovation de bâtiment. Ils avaient un doute, justement, là, sur nos périodes de canicule, il faisait quand même très chaud encore dans le bâtiment. Et bien, après analyse thermique, ils avaient posé une bande d’isolant sur deux…pour faire des économies de matière et voilà.

L Et justement, tes clients, ce sont des industriels. Ça peut être des particuliers sur une maison, par exemple ?

T Ça peut être du particulier sur une maison, ça peut être de l’industriel, ça peut être, là, un autre exemple de caméra thermique. Là, on va arriver dans la saison des moissons, pour faire de la recherche d’animaux. Donc ils ont une signature thermique propre à chaque animal. Donc, on peut justement faire un parcours. Donc là, on va faire de nuit pour avoir le plus grand delta de température, donc entre l’animal et du coup la température ambiante, pour pouvoir les détecter et justement éviter qu’ils passent dans la moisson.

S Tu pourrais travailler avec la gendarmerie en cas de disparition d’une personne ?

T Alors, on a fait une expérimentation à une époque avec des forces de secours.

L Est-ce que ça fonctionne ?

T Ça fonctionne.

S Et juste pour revenir sur ta formation d’une semaine quand tu étais un peu plus jeune, qu’est-ce qu’on apprend à quelqu’un qui veut se lancer dans le drone ? Disons, moi, demain, ça m’a l’air ouf ton métier, je veux me lancer. Qu’est-ce qu’il faut que je sache ?

T Ben, déjà comment on pilote un drone. C’est la partie pilotage, donc savoir comment faire des beaux plans, savoir comment exploiter des fois des données techniques. Et puis derrière, il y a tout le volet réglementaire. Donc, on est en France, mais on est aussi en Europe. Donc aujourd’hui, il y a la réglementation européenne qui est en vigueur. Et du coup, en fonction des zones et de l’endroit du survol, des demandes différentes [sont] à faire.

L Si je fais voler le drone au-dessus d’une zone qui est interdite, qu’est-ce qu’on risque ? On risque peut-être une amende peut-être même jusqu’au pénal ?

T Aujourd’hui, c’est plus des rappels à la loi et des confiscations de matériel, voire des petites amendes s’il y a vraiment une grosse infraction qui a été commise. Dès qu’on est sur de la zone densément peuplée, déjà, ça va être interdit pour le non-professionnel. Dès qu’on va être dans des zones style Orly, la zone est bien plus grande que l’aéroport en lui-même.

Elle peut s’étendre à une dizaine de kilomètres autour de l’aéroport. Donc, on arrive du coup dans des zones, dès qu’on a un petit peu de trafic, dès qu’on a un petit peu d’entreprises, ça peut être des zones Seveso, ça peut être des zones sensibles, des bâtiments sur lesquels on n’a pas le droit de la captation d’images. Parce que, voilà, bâtiments, soit d’État, soit d’entreprises privées qui traitent des données confidentielles.

L Les professionnels qui ont le droit de piloter des drones, ils ont donc peut-être plus d’autorisations et notamment, de survoler des endroits où il y a quand même peut-être, des personnes.

T Alors, dans tous les cas, le survol de personnes est interdit. C’est pour une question de sécurité. Donc en fonction des modèles de drones, on peut être de quelques centaines de grammes à plusieurs kilos quand même. Même 250 grammes, s’il est à 120 mètres, avec la vitesse de chute, ça fait tout de suite des dégâts, surtout sur les enfants, surtout sur les personnes âgées.

Donc, la réglementation impose que le survol de personnes est interdit, hormis si les personnes font partie de la mission. Par exemple, des comédiens, par exemple, voilà, une équipe technique qui est derrière. Là, on va pouvoir les survoler parce qu’en amont, ils ont signé une sorte de dérogation comme quoi…

L De décharge, de droit à mourir sous un drone. 

T C’est ça.

S Du coup, la question, je la poserai autrement. Où as-tu le droit de filmer en toute légalité ? 

T Donc il y a des cartes mises en place par le gouvernement, donc, Géoportail, voilà, où il y a toutes les zones interdites pour le grand public. En fonction des zones, donc il y a différentes demandes de dérogation à faire. Donc ça peut être si on est en agglomération à la préfecture, donc la préfecture compétente sur la zone, aux aéroports, aux héliports, si on est à proximité d’hôpitaux, donc tout un tas de zones ou même militaires, une fois qu’on a toutes ces autorisations, on pourra aller voler.

Donc ça prend un certain temps. Et donc sur une mission en drone, on voit la partie pilotage, mais il y a toute la préparation de mission avant, donc avec les données administratives qui sont quand même assez lourdes. Et puis toute la partie après, qui est le traitement des données.

L Et quelle est la hauteur maximum de vol d’un drone ?

T Alors sans trop de paperasse, on va être à 120 mètres.

S Tu as mentionné la guerre en Ukraine. Que fait un drone dans un milieu de guerre ?

T Dans un milieu de guerre, il a deux vocations, donc ce qui est l’identification de la zone ennemie. Toujours la donnée, c’est hyper important. Donc voir un petit peu le conflit, où se situe l’ennemi,   mais également l’emport de charges explosives.

L Mais justement, en fait, le drone, finalement, il est assimilé à quelque chose qui fait peur aussi, peut-être. Parce que, en fait, on se sent surveillé.

T Alors, c’est quelque chose qui fait peur. C’est aussi pour cette raison que je suis venu dans ce podcast. Demain, vous avez votre voisin qui fait décoller un drone, il regarde chez vous ce qui est totalement interdit. Mais derrière, s’il y a des professionnels, qui le font bien, votre vie privée, elle est respectée.

L Est-ce que tu peux nous dire comment tu es arrivé à ce métier-là ? Est-ce que quand tu étais petit, tu aimais déjà un petit peu les engins, même télécommandés et des choses comme ça qui t’ont donné cette passion, finalement ? Parce qu’on n’atterrit pas là-dedans par hasard.

T J’ai toujours construit. À l’époque, c’était les Meccano, voilà, des petites voitures en métal, des choses comme ça. Mon père est très bricoleur, j’ai eu une première imprimante 3D, assez jeune. J’étais en troisième, je crois. Du coup, ça m’a permis déjà d’être sur de la conception, aimer fabriquer des choses. J’ai construit des premiers drones à l’époque, donc ce qu’on appelle des drones FPV. C’était mes premières constructions et au fur et à mesure du temps, du coup, avec le fait de se professionnaliser, j’en ai fait mon métier.

S C’est-à-dire quoi FPV ? 

T First Personal View. C’est une prise de vue spécifique. C’est le retour caméra directement dans un masque. On vole en immersion, en fait.

L Quel est ton parcours ?

T Alors moi, j’ai fait un bac scientifique, option « sciences de l’ingénieur ». Et après, j’ai continué du coup avec deux années de classes préparatoires. Au Lycée de l’Europe à Dunkerque. Et puis après, je me suis dit : « Ben, quitte à choisir une ville loin, autant prendre la plus loin de Dunkerque ». Donc je suis parti à Biarritz, 

S un peu de soleil.

L Et quel était le nom de l’école

T L’ESTIA. J’ai fait une spécialisation en matériaux composites. Donc tout ce qui est carbone, et le deuxième diplôme où je l’ai passé à l’Université de Paris, en ergonomie et facteurs humains.

S Et quand tu t’es lancé dans ton parcours académique d’adulte, on va dire, tu avais déjà en tête que tu allais te lancer dans le drone ou pas spécialement ?

T Absolument pas. J’étais ingénieur, j’allais rester sur un cadre assez classique. Juste après, donc j’étais en apprentissage pendant cette école d’ingénieur. J’ai été embauché du coup par l’entreprise dans laquelle j’ai fait mon apprentissage. Je suis quand même resté pas loin de sept ans. Bon, j’avais fait un petit peu le tour de l’entreprise et je me suis dit : « Ben pourquoi ne pas lancer mon activité ? Je suis encore jeune, donc c’est– si je ne le lance pas aujourd’hui, je pense que je ne le lancerai jamais. Donc pourquoi pas me donner… » Au départ, je m’étais donné six mois pour voir si ça prenait.  Bon, là, maintenant, on est à une grosse année. 

L Et ça a pris. 

T Et donc je suis toujours là, donc c’est que ça, c’est que ça a pris.

L Comment tu es passé sur la partie technique ? Comment tu as fait pour avoir toute cette facette de ce métier-là que tu ne connaissais pas dans tes études, finalement ?

T Il y avait une partie quand même dans mes études, sur la modélisation, par exemple, 3D de bâtiments. Voilà, je voyais comment le faire. Après, sur la compétence purement technique, par exemple en thermique, ben je me suis appuyé sur des professionnels du milieu. Donc mes premières missions, mes premières prestations, c’était souvent missionné par des experts du milieu en question, qui avaient l’habitude d’utiliser soit des caméras au sol, soit qui faisaient déjà appel, à d’autres confrères en drone.

Je suis venu piocher, du coup, toutes ces informations auprès des gens qui connaissent le métier. Les technologies évoluent, les logiciels évoluent. Il y a des choses qu’on ne pouvait pas faire il y a deux ans, qu’on peut faire aujourd’hui. Il y a des choses qu’on ne peut pas faire aujourd’hui, qu’on pourra peut-être faire dans cinq ou dix ans.

S Et quelles sont tes plus belles prises de vue aériennes que tu as pu faire ? Sur des sites, sur du patrimoine culturel peut-être ?

T J’ai eu la chance de pouvoir faire un survol en drone au château de Chenonceau. 

S Magnifique. 

T Donc magnifique château. En plus, bon, on avait un beau soleil, lever de soleil et j’ai eu la chance d’avoir un décollage de montgolfière au même moment.

S Waouh ! Trop beau.

T Donc on a le château, lever de soleil et montgolfière. Ça, je pense que c’est un de mes plus beaux souvenirs et un des plus beaux plans en drone.

L Est-ce que tu as déjà crashé un drone dans ta carrière ?

T Alors, ça m’est arrivé une fois sur une prestation technique, c’était une zone très exiguë. Il y a eu un courant un peu spécifique de vent que je n’avais pas analysé avant. Et donc le drone, bon, n’a pas forcément aimé. J’avais une marge de manœuvre de 10 centimètres de chaque côté du drone, donc j’avais autant dire pas de manœuvre. La casse a été financée, on va dire, par mes clients d’après.   Mais j’ai toujours plusieurs drones, pour pouvoir continuer la mission quoi qu’il arrive.

S Est-ce que la France est un bon pays pour faire ton métier ou ce serait plus funky ailleurs ?

T Niveau réglementaire, je pense que les États-Unis sont un peu plus souples. Donc, si on souhaite pousser… j’ai vu des records par exemple de vitesse en drone, des choses comme ça. Tous les records sont faits aux États-Unis et pas en France. Ça ne me surprend pas. Mais sur le point de vue, déjà audiovisuel, on a un patrimoine exceptionnel, donc on peut s’amuser en France. Et d’un point de vue technique, on a des ouvrages aussi d’art et pas mal de ponts. Je pense que on est un des pays avec le plus de ponts.

S Tu en as recensé combien ?

L Il ne les a pas encore tous recensés. Il y a encore du boulot. 

S Les ponts et après les ronds-points et après…

L Est-ce que tu préfères aujourd’hui faire des images, des films audiovisuels ou plutôt des prestations techniques ?

T Il n’y a pas de préférence. Je pense ça dépend vraiment du lieu. Sur de la prestation audiovisuelle, derrière on raconte une histoire aussi. Derrière une prestation technique, c’est des faits. Il n’y a aucune histoire à raconter. Par contre, la prestation technique, ça fait quand même partie de mon métier, de ma formation d’ingénieur. Donc c’est vraiment deux univers très différents. Chacun a ses avantages, chacun a ses inconvénients, mais les deux sont très sympas à explorer.

S Est-ce que t’as une anecdote, un peu marrante qui t’est arrivée pendant une mission ? Je ne sais pas, par exemple, tu t’es pris un pigeon en plein vol. Enfin, ce ne serait pas marrant pour le pigeon.

T ça ne serait pas marrant pour le pigeon. Ma pire crainte, moi, c’est, étant originaire de Dunkerque, j’évolue quand même pas mal aussi dans cette zone géographique, c’est les goélands. Ils n’ont pas peur du drone. Donc ils… 

L Ils pourraient te détruire le drone

S C’est déjà arrivé ?

T Cà n’est jamais arrivé. C’est justement, je fais attention et je descends quand ils sont là. 

S Un radar anti goélands ?

T Dès qu’on les entend arriver, ils crient de partout. Ils sont plusieurs goélands à se rapprocher et ils n’aiment pas l’objet volant.

L Quelle est la durée d’autonomie d’un drone en moyenne sur tes drones que toi, tu utilises ?

T Ça va dépendre si on est vraiment sur du petit drone, donc qui va faire 250 grammes. On va être sur des batteries qui vont tenir une vingtaine de minutes. Sur du drone un peu plus technique, un peu plus lourd, avec plus de charge, on va être sur du 45-50 minutes.

S Tu le pilotes avec un téléphone, avec une télécommande spécifique ? 

T Alors, j’ai commencé au téléphone, c’était le moins cher quand je commençais. Là aujourd’hui, bon, c’est des télécommandes avec écran intégré, très bonne luminosité, justement pour toujours avoir l’image.

S Quand on voit les nouveaux feux d’artifice, entre guillemets, avec les… 

T Oui 

S …des centaines, des milliers de drones dans le ciel, on en pense quoi ça, c’est une aberration ? C’est trop stylé ? Quel est ton point de vue sur ça ?

T Pour moi, si c’est bien fait, ça peut être joli. Après, j’avoue, les feux d’artifice, j’aime bien la sensation de l’explosion, la petite vibration qu’on n’a pas avec un show en drone. C’est des, justement, des prestations qui sont hyper complexes, parce que il y a 100, 200, 1 000, 2 000, 10 000, 100 000, bon en France, pas tellement du 100 000, mais sur des pays asiatiques, beaucoup, qui volent en même temps. Donc tout le programme est fait en sorte que la figure soit jolie, que les mouvements soient jolis. Mais derrière, il y a un gros travail préparatoire et le jour J, d’installation.

S Ça, j’imagine, c’est via un logiciel qui automatise des vols. Tu n’as pas un pilote par drone qui…

T Non, non, c’est ça. 

S Ce serait complexe. 

T C’est ça, ce serait complexe. Et donc il y a un logiciel, voilà, qui fait tout de manière automatisée.  ar contre, il y a des pilotes capables de reprendre la main si besoin ou de désactiver les drones à distance en cas de souci.

S Est-ce que tu te marres dans ton métier ?

T Alors sur la partie réglementaire, non. C’est des journées seul et un petit peu longues. Mais par contre, oui, sur des prestations techniques, on rencontre énormément de gens, des gens de parcours, très différents et avec des envies, différents. Derrière, travailler par exemple avec un réalisateur pour faire des plans audiovisuels, ça ne va pas être pareil que travailler avec un thermicien, que travailler avec un particulier. C’est toute cette diversité qui fait, je pense, la richesse de mon métier.

L Est-ce que tu fais ton métier pour la gloire ou pour la fortune ?

T Alors, non, lancer son entreprise en France pour la fortune, je pense que déjà c’est mal parti. Donc moi, je le fais surtout par passion. Tout quitter et repartir de zéro, du coup avec un salaire de zéro, ça a été un choix. Donc je ne l’ai pas fait pour le salaire. Pour la gloire non plus. Après, ça fait toujours plaisir si on voit ces images ou si on voit ces projets qui sont réutilisés, forcément.

S Et quel conseil donnerais-tu à un jeune qui se dit : « Ah, ce n’est pas mal ce qu’il fait, je vais m’y intéresser. »

T Ben, il peut me contacter. Donc je répondrai à ses questions avec plaisir. Et puis, ben, se lancer. Donc j’ai commencé jeune. Certes, ce n’est pas simple. Voilà, il faut s’accrocher, surtout d’un point de vue entreprise. Voilà, il faut quand même avoir quelques bases, regarder, ne pas faire n’importe quoi, sinon on a nos amis de l’URSSAF qui vont nous rattraper rapidement. Mais il faut se lancer et puis voir où ça nous mène. Je pense que c’est le meilleur conseil à donner.

S Imaginons : un drone se balade dans un espace aérien où c’est interdit. Comment peut-on le détruire ? Techniquement parlant. 

L Oui, puisqu’il est plutôt haut quand même. 

S Tu prends un sac ? Tu le mets dedans ? Qu’est-ce que tu peux faire concrètement ? Ça survole. 

T Alors aujourd’hui, ben, il y a des dispositifs de détection, donc ils savent les identifier. Sur des zones sensibles, ils mettent des fois des filets anti-drone. Je pense aux prisons, par exemple. 

S OK. Euh- Mais du coup, ça doit être méga haut. 

T Donc le filet prend la globalité, on va dire de la prison. Ça existait déjà pour les hélicoptères. Il y avait des filets anti-hélicoptères, depuis qu’il y a eu certaines évasions en hélicoptère. Le drone, après, il peut être détruit. Donc il y a divers moyens. Donc il y a d’autres drones qui peuvent foncer dessus. Il y a des start-ups dans ce milieu-là qui se spécialisent. Il peut être détruit sur place avec une projection d’ondes qui vont le perturber.

S OK. Ouf.

T Il y a divers usages, voilà, plutôt civils, plutôt militaires. Ou alors il y a eu une histoire il n’y a pas très longtemps d’une municipalité qui faisait justement un survol en drone. Un octogénaire a fusillé le drone qui survolait sa propriété. 

S C’est efficace. Ben donc, il a fait un sacré tir, quand même.

T C’est ça. Il l’a neutralisé. 

L 120 mètres maximum de hauteur. 

S Il était en droit de le shooter ?

T Alors, ben déjà, la possession d’une arme à feu chez soi, je ne suis pas sûr que ça soit totalement légal. [si elle est déclarée, notamment un fusil de chasse, oui] 

L Et tirer encore moins que dans une zone qui n’est pas pour tirer. 

S Tu vois, moi, je suis impressionnée qu’il ait shooté le drone…

L Il a bien visé, en tout cas. 

T Il a bien visé. 

L Franchement, il a bien joué. 

T Pour l’exploit, moi, je peux le féliciter. 

S Pour la détention d’armes, on ne le félicite pas. 

T Voilà.

L Où est-ce qu’on peut te retrouver justement ? 

T Alors le nom de mon entreprise, c’est mon nom, mon prénom, Thomas Abeel. Donc sur les réseaux sociaux, je communique particulièrement de l’audiovisuel et sur mon site internet, du technique et de l’audiovisuel.

S Si tu pouvais découvrir un métier, n’importe quel métier sur PodTaf, ce serait quel métier ? 

T Je dirais, pâtissier.

L On n’a pas encore eu de pâtissier dans PodTaf. Il faut qu’on aille à la recherche d’un pâtissier ou une pâtissière.

S Trop cool. Ben écoute, merci beaucoup Thomas, c’était trop intéressant. 

T Merci à vous. 

L Merci beaucoup. Merci. À bientôt.